03/09/2012

XVIIIème Université d'été des droits de l'homme: Rousseau et la démocratie

 

Dans une liberté plus grande, titre emprunté au rapport de Koffi Annan (voir post précedant) est le leitmotiv de la XVIIIème Université d’été des droits de l’homme qui s’ouvre le lundi 3 septembre à Genève au siège de la Fondation Jeantet.

 Pendant quinze jours les participants se pencheront sur les relations entre démocratie et droits de l’homme en prenant comme point de départ les textes de la philosophie politique de Rousseau (voir notre blog http://droitshumains.blog.tdg.ch). L’objectif est de dépasser l’opposition fréquente entre démocratie et développement. Les participants auront la possibilité de débattre du premier rapport présenté au Conseil sur le nouvel ordre démocratique international par l’expert indépendant M. de Zayas.

 Un thème central de la session sera la réflexion sur la solidarité internationale et le développement. La solidarité a été définie par les Nations Unies comme une des valeurs fondamentales communes. Peut-elle débloquer les problèmes où est enlisé le droit au développement ? Les participants suivront un colloque organisé par la Plateforme des ONG sur le droit au développement et l’experte indépendante sur la solidarité internationale, Mme Dandan.

14/08/2012

Le droit d’être gouvernés selon notre volonté et dans le respect de la loi

Dans quelques semaines débute la XVIIIème Université d'été des droits de l'homme qui aura lieu lors de la prochaine session du Conseil des droits de l'homme. En cette année du tricentenaire de Rousseau, elle traitera des liens entre développement, démocratie et libertés. Ces extraits du Rapport du Secrétaire Général « Dans une liberté plus grande » serviront de canevas à la formation :

Ce sont les besoins et les espoirs des peuples du monde qui doivent nous servir de phare. Dans le rapport que j’ai publié à l’occasion du millénaire, intitulé « Nous, les peuples » (A/54/2000), j’ai repris les premiers mots de la Charte pour bien montrer que si l’ONU rassemble des États souverains, c’est pour répondre auxbesoins des peuples qu’elle existe et c’est vers cela que doit tendre son action. Comme je l’ai dit quand j’ai été élu pour la première fois il y a huit ans, nous devons à cette fin « parfaire le triangle que forment le développement, la liberté et la paix ».

Les auteurs de la Charte l’ont clairement vu. S’ils ont parlé de préserver les générations futures du fléau de la guerre, c’était en sachant que cet objectif ne pourrait être atteint s’il était conçu de façon trop restrictive. Ils ont donc décidé de créer une organisation chargée de veiller au respect des droits de l’homme, de créerles conditions nécessaires au maintien de la justice et de l’état de droit, de favoriser le progrès social et d’instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande.

J’ai intitulé mon rapport « Dans une liberté plus grande » pour souligner que la Charte reste d’actualité et que les buts qui y sont énoncés doivent se concrétiser dans la vie des hommes et des femmes du monde. En parlant de liberté plus grande, j’ai voulu dire aussi que le développement, la sécurité et les droits de l’homme sont indissociables.

Même s’il a le droit de vote, un jeune homme atteint du sida, analphabète et affamé, est loin d’être libre. Même si elle gagne assez pour vivre, la femme dont le quotidien est marqué par la violence et qui n’a pas son mot à dire sur la façon dont son pays est gouverné n’est pas libre non plus. Parler d’une liberté plus grande, c’est dire que les hommes et les femmes du monde entier ont le droit d’être gouvernés selon leur volonté et dans le respect de la loi, et de vivre dans une société où chacun peut librement, sans discrimination ou sanction, s’exprimer, pratiquer une religion et s’associer à d’autres. C’est dire qu’ils doivent aussi être à l’abri du besoin, ne pas vivre sous le couperet de la misère ou des maladies infectieuses, et à l’abri de la peur, ne pas avoir à craindre que la violence et la guerre viennent bouleverser leur vie ou les priver de tout moyen de subsistance. Chacun a droit à la sécurité et au développement.

 

 

29/06/2012

Le bien et le mal selon Rousseau

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Voici un extrait de la Lettre à Mgr de Beaumont

Le principe fondamental de toute morale, sur lequel j'ai raisonné dans tous mes écrits et que j'ai développé dans ce dernier avec toute la clarté dont j'étais capable, est que l'homme est un être naturellement bon, aimant la justice et l'ordre ; qu'il n'y a point de perversité originelle dans le cœur humain, et que les premiers mouvements de la nature sont toujours droits. J'ai fait voir que l'unique passion qui naisse avec l'homme, savoir l'amour de soi, est une passion indifférente en elle-même au bien et au mal ; qu'elle ne devient bonne ou mauvaise que par accident, et selon les circonstances dans lesquelles elle se développe. (...)

J'ai encore expliqué ce que j'entendais par cette bonté originelle, qui ne semble pas se déduire de l'indifférence au bien et au mal, naturelle à l'amour de soi. L'homme n'est pas un être simple ; il est composé de deux substances. Si tout le monde ne convient pas de cela, nous en convenons vous et moi, et j'ai tâché de le prouver aux autres. Cela prouvé, l'amour de soi n'est plus une passion simple mais elle a deux principes, savoir, l'être intelligent et l'être sensitif dont le bien-être n'est pas le même. L'appétit des sens tend à celui du corps, et l'amour de l'ordre à celui de l'âme. Ce dernier amour, développé et rendu actif, porte le nom de conscience ; mais la conscience ne se développe et n'agit qu'avec les lumières de l'homme. Ce n'est que par ces lumières qu'il parvient à connaître l'ordre, et ce n'est que quand il le connaît que sa conscience le porte à l'aimer. La conscience est donc nulle dans l'homme qui n'a rien comparé et qui n'a point vu ses rapports. Dans cet état, l'homme ne connaît que lui ; il ne voit son bien-être opposé ni conforme à celui de personne ; il ne hait ni n'aime rien ; borné au seul instinct physique, il est nul, il est bête : c'est ce que j'ai fait voir dans mon Discours sur l'inégalité.

11/06/2012

L'être humain selon Rousseau: liberté et éducation

Tout animal a des idées puisqu’il a des sens, il combine même ses idées jusqu’à un certain point, et l’homme ne diffère à cet égard de la bête que du plus au moins. Quelques philosophes ont même avancé qu’il y a plus de différence de tel homme à tel homme que de tel homme à telle bête ; ce n’est donc pas tant l’entendement qui fait parmi les animaux la distinction spécifique de l’homme que sa qualité d’agent libre. La nature commande à tout animal, et la bête obéit. L’homme éprouve la même impression, mais il se reconnaît libre d’acquiescer, ou de résister ; et c’est surtout dans la conscience de cette liberté que se montre la spiritualité de son âme : car la physique explique en quelque manière le mécanisme des sens et la formation des idées ; mais dans la puissance de vouloir ou plutôt de choisir, et dans le sentiment de cette puissance on ne trouve que des actes purement spirituels, dont on n’explique rien par les lois de la mécanique.

Mais, quand les difficultés qui environnent toutes ces questions, laisseraient quelque lieu de disputer sur cette différence de l’homme et de l’animal, il y a une autre qualité très spécifique qui les distingue, et sur laquelle il ne peut y avoir de contestation, c’est la faculté de se perfectionner ; faculté qui, à l’aide des circonstances, développe successivement toutes les autres, et réside parmi nous tant dans l’espèce que dans l’individu, au lieu qu’un animal est, au bout de quelques mois, ce qu’il sera toute sa vie, et son espèce, au bout de mille ans, ce qu’elle était la première année de ces mille ans

23/05/2012

La bonne gouvernance selon Rousseau

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En 2012, l’Université été des droits de l’homme aura comme thème transversal : Repenser la démocratie en lien avec Rousseau, considéré comme l’un des fondateurs de la démocratie moderne. Dans notre blog nous vous proposerons de temps en temps de textes du penseur genevois. Des textes plus ou moins connus qui aident à «repenser la démocratie » . Le premier texte concerne la bonne gouvernance des Etats. Il se trouve dans le Contrat Social. Le voici :

Quand donc on demande absolument quel est le meilleur gouvernement, on fait une question insoluble comme indéterminée ; ou, si l’on veut, elle a autant de bonnes solutions qu’il y a de combinaisons possibles dans les positions absolues et relatives des peuples.
Mais si l’on demandait à quel signe on peut connaître qu’un peuple donné est bien ou mal gouverné, ce serait autre chose, et la question de fait pourrait se résoudre.
Cependant on ne la résout point, parce que chacun veut la résoudre à sa manière. Les sujets vantent la tranquillité publique, les citoyens la liberté des particuliers ; l’un préfère la sûreté des possessions, et l’autre celle des personnes ; l’un veut que le meilleur gouvernement soit le plus sévère, l’autre soutient que c’est le plus doux ; celui-ci veut qu’on punisse les crimes, et celui-là qu’on les prévienne ; l’un trouve beau qu’on soit craint des voisins, l’autre aime mieux qu’on en soit ignoré ; l’un est content quand l’argent circule, l’autre exige que le peuple ait du pain. Quand même on conviendrait sur ces points et d’autres semblables, en serait-on plus avancé ? Les qualités morales manquant de mesure précise, fût-on d’accord sur le signe, comment l’être sur l’estimation ?
Pour moi, je m’étonne toujours qu’on méconnaisse un signe aussi simple, ou qu’on ait la mauvaise foi de n’en pas convenir. Quelle est la fin de l’association politique ? C’est la conservation et la prospérité de ses membres. Et quel est le signe le plus sûr qu’ils se conservent et prospèrent ? C’est leur nombre et leur population. N’allez donc pas chercher ailleurs ce signe si disputé. Toute chose d’ailleurs égale, le gouvernement sous lequel, sans moyens étrangers, sans naturalisation, sans colonies, les citoyens peuplent et multiplient davantage, est infailliblement le meilleur. Celui sous lequel un peuple diminue et dépérit est le pire. Calculateurs, c’est maintenant votre affaire ; comptez, mesurez, comparez (a).

26/02/2012

Culture des droits de l'homme: un espace pour la dignité humaine

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Parvenir à une culture des droits de l’homme : voilà l’objectif dernier du travail du Conseil des droits de l’homme qui commence lundi. La culture des droits de l’homme s’inspire, des instruments, des traités internationaux,  des droits de l’homme. Ces instruments renferment une conception de la personne humaine que devrait fonder cette culture. Car, au fond, la culture des droits de l’homme vise tout simplement à mettre en place un lieu, un espace, pour l’épanouissement de la personne humaine.

Il vaut la peine de relire les propos du diplomate chilien Hernán Santa Cruz, un des rédacteurs de la Déclaration, lorsqu’il se souvient de ce 10 décembre 1948 au Palais de Chaillot (photo) : J’ai eu le sentiment très clair que je participais à un événement d’une portée vraiment historique au cours duquel un consensus s’était fait sur la valeur suprême de la personne humaine, une valeur qui n’a pas trouvé son origine dans la décision d’une puissance de ce monde, mais plutôt du fait même de son existence qui a donné naissance au droit inaliénable de vivre à l’abri du besoin et de l’oppression et de développer pleinement sa personnalité.  Il y avait dans la grande salle…une  atmosphère de solidarité et de fraternité authentiques entre des hommes et des femmes de toutes latitudes, une atmosphère que je n’ai jamais retrouvée dans une quelconque instance internationale.

La Déclaration universelle des droits de l’homme nous offre une définition de l’être humain, c’est cette définition la pierre de touche de tous les instruments internationaux et de la société internationale elle –même. Que dit l’article premier de la Déclaration ? :

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Liberté et égalité de droits, conscience et rationalité, fraternité, appartenance fondamentale à la même famille humaine.  L’être humain est caractérisé comme un être doué de rationalité, capable de connaître la réalité et de la comprendre, de dialogue avec autrui sur une base commune : la commune rationalité.  Le philosophe C. S. Peirce l’exprime simplement : Donnons à un être humain quelconque une information suffisante sur une question quelconque, amenons-le à examiner cette question de façon suffisamment approfondie, le résultat sera qu'il arrivera à une certaine conclusion définie ; cette conclusion sera exactement la même que celle que tous les autres atteindront dans des circonstances suffisamment favorables.

L’être humain est également un être moral. Parce qu’il est libre, il peut décider de ses actes et sa conscience –éclairé par sa raison -  le guide dans la poursuite de son devoir.  Rousseau l’a exprimé de façon brillante dans l’Émile : Conscience ! Conscience ! Instinct divin, immortelle et céleste voix, guide assuré d’un être ignorant et borné, mais intelligent et libre ; juge infaillible du bien et du mal, qui rend l’homme semblable à Dieu, c’est toi qui fais l’excellence de sa nature et la moralité de ses actions ; sans toi, je ne sens rien en moi qui m’élève au-dessus des bêtes.

Alfred Fernandez