27/09/2010

Revoir les OMD dans l’optique des droits de la personne humaine

P1020432.JPG

La session francophone de la XVIème Université d’été des droits de l’homme vient de s’acher à Genève. 40 participants de 24 pays de Afrique, d’Europe et du Maghreb, sélectionnés parmi 250 candidats, ont participé à la session qui s’est déroulé du 6 au 17 septembre. La session a coïncidé avec le Sommet de bilan des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) et la session du Conseil des droits de l’homme. 

Les participants ont travaillé pendant quinze jours sur les questions de la diffamation des religions, de la pornographie infantile, de la Déclaration sur l’éducation aux droits de l’homme et évidemment des Objectifs du Millénaire pour le Développement, thème transversal de la session.

Le bilan des OMD ne peut se passer de l’approche des droits de l’homme, car le développement est un droit et non seulement des bonnes intentions ou des engagements moraux. Ainsi la session s'est penché sur l’approche basée sur le droits au développement et le renforcement des mécanismes de protection des droits sociaux.

Le corps professoral de cette session a été aussi très international : 15 nationalités étaient représentés.

La session finale a été dirigée par l’Ambassadeur Libère Bararunyeretse, représentant permanent de la Francophonie qui a présenté l’action de l’OIF dans le domaine des droits humains, à la veille du Sommet de Montreux.

 

Photo: Angela Melo, Directrice de la Division des droits de l'homme, UNESCO (colloque de la session hispanophone)

19/12/2008

Droits de l'homme: la nouvelle la plus importante de 2008

Voilà la nouvelle la plus importante concernant les droits de l’homme de l’année 2008. Elle est restée presque confidentielle et pourtant représente 15 ans de travail : le Protocole facultatif au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC) des Nations unies (1966) vient d'être adopté par l'Assemblée générale des Nations unies le 10 décembre 2008.

Ce nouveau protocole permettra de s'adresser au Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations unies pour déposer de plaintes relatives au non respect par l’Etat des droits économiques, sociaux et culturels.

Ainsi, la "justiciabilité" des droits à l'alimentation, au travail, à la santé, à l'éducation, au logement, à la culture, à l'égalité hommes-femmes ou à une vie digne se trouve considérablement renforcée.

Pour arriver à ce résultat, de nombreux efforts ont été nécessaires.  Il faut saluer le rôle de la France, du Portugal, de la Finlande, du Mexique, du Comité des droits économiques sociaux et culturels  et surtout, surtout, de la présidente-rapporteuse du groupe de travail du Conseil des droits de l'Homme des Nations unies, à qui l'on doit en grande partie le succès de cette adoption, Catarina de Alburquerque.


29/09/2008

Privilégier les droits civils: forme subtile de racisme

CIMG8831.JPG

Session francophone 2008 (prof E. Decaux, membre du Comité Consultatif) 


La Déclaration sur la race et les préjugés raciaux adoptée par  Conférence générale de l'Unesco le 27 novembre 1978 définissait le racisme comme "toute théorie faisant état de la supériorité ou de l'infériorité intrinsèque de groupes raciaux ou ethniques [...]" (article 2).

Il s'agit d'une définition technique qui ne correspond pas au sens du mot tel qu'on l'utilise dans le langage courant. Pour éviter tout malentendu entre le sens technique et le sens courant, qui est beaucoup plus large, le mot "racisme" n'est presque plus employé seul, car on préfère expliciter les notions comprises sous ce mot. Ainsi, en lieu et place du mot "racisme" trouve-t-on toujours dans les textes une énumération telle que formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et toutes formes de discriminations (cf. E/CN.4/2003/24). Au sens large, le mot racisme a donc perdu sa signification première et est devenu pratiquement synonyme de discrimination.

En remplacement de la définition restrictive de l'UNESCO, est-il possible de donner une définition du racisme dans son acception actuelle ? Une attitude raciste consiste toujours à ne pas reconnaître à l'autre un droit que l'on reconnaît pour soi-même. Selon le droit nié chez l'autre, on trouvera tout l'éventail des différentes formes de discriminations, depuis le droit à la vie pour les formes les plus graves jusqu'au non-respect d'un droit économique, social et culturel pour les formes les plus subtiles.

Dans ce contexte, nous voudrions mettre en lumière qu'une promotion unilatérale des droits civils et politiques est une démarche, non seulement non conforme au droit, mais aussi discriminatoire.
 
Face à des situations humaines complexes ou tragiques, certains croient que le mieux à faire est de concentrer tous leurs efforts sur les droits civils et politiques, qu'il convient d'assurer avant que de promouvoir les droits économiques sociaux et culturels. Une telle attitude, même si elle part d'une volonté de préserver ce qui leur paraît essentiel, est contraire au principe de l'indivisibilité du droit.  

Le principe de l'indivisibilité ne doit pas être perçu simplement comme une convention juridique visant à harmoniser les différents droits entre eux, car il constitue la reconnaissance juridique de l'unité de la personne humaine. Considérer les droits civils et politiques indépendamment des droits économiques sociaux et culturels revient à vider ces droits de leur raison d'être. En effet, les droits à la vie, à l'alimentation, à l'eau et à l'hébergement ne se comprennent que s'il s'agit d'assurer la survie d'un sujet appelé à s'épanouir par l'éducation, et à devenir un acteur de la société civile, libre de s'exprimer, de fonder un foyer et de s'engager dans divers types d'initiatives... En d'autres termes, on ne proclame pas le droit à la vie pour que les hommes se contentent de vivre et le droit à l'alimentation seulement pour qu'ils se nourrissent, mais pour qu'ils puissent vivre en tant qu'homme. En laissant de côté les droits dits "de seconde génération", on néglige ce qui est propre à l'homme et on se concentre uniquement sur ce que l'homme partage avec les autres êtres vivants. Or si l'homme n'avait rien de différent des autres êtres vivants, il n'y aurait jamais eu besoin de droit.