12/11/2013

L'épanouissement de la personne: le but du développement

 

 

Je rentre de la Conférence Générale de l'UNESCO. Voilà ce que j'ai dit dans la Commission Education.

 

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L’article 26 de la Déclaration universelle et aussi l’article 13 du Pacte des droits économiques, sociaux et culturels, stipulent que « L’éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et du sens de  sa dignité ( …) Sans l’éducation – comprise comme droit - il n’y a pas d’autonomisation des personnes. Le développement humain durable coïncide donc avec l’éducation telle qu’elle est définie par les instruments internationaux. Ce qui revient à dire que si le droit à l’éducation est véritablement mis en œuvre, le développement est garanti car il consiste en des personnes qui vivent une vie conforme à leur dignité.

 Dans ce contexte, il est tout d’abord essentiel qu’une approche basée sur les droits de l’homme serve de point de départ. Cette approche doit imprégner l’intégralité du processus et toute la substance du programme. Elle ne peut que lui assurer solidité et légitimité. Comme le dit le Rapporteur Spécial :« Une approche fondée sur les droits repose sur des obligations légales et non politiques (…). Les gouvernements sont tenus de donner une éducation et leurs obligations découlent du droit national et du droit international ». Le droit à l’éducation est bel et bien un droit justiciable et cela doit être pris en compte dans le futur programme.

 Ce cadre du développement post 2015 doit être l’occasion d’élargir la réalisation du droit à l’éducation, c’est à dire son accès à tous, en respectant les principes d’équité, d’inclusion et de non-discrimination. L’éducation post-2015 ne doit pas seulement être comprise comme un objectif parmi d’autres, comme c’est actuellement le cas pour les OMDs, mais désigner une composante de toutes les dimensions du développement : de la santé, de l’économie, du travail, du logement, de l’alimentation ou de la démocratie. Tous les objectifs universels ont des aspects liés à l’éducation. D’autre part, le droit à l’éducation et le droit au développement se renforcent mutuellement

Claire de Lavernette

23/11/2012

Education: Pink Floyd ou l'ONU

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Dans nos sociétés multiculturelles que les migrations rendent de plus en plus métissées, il est opportun de se demander quel est le rôle de l’éducation et si ce rôle restera le même par le passé. A la fin des années ‘70, le groupe de musique rock Pink Floyd portait sur cette question un regard critique, voire même féroce et, face à l’éducation, il résumait son attente en ces termes :

 “We don’t need no education
We don’t need thought control…
Teachers them kids alone…
All in all it's just another brick in the wall…”

C’est ainsi en effet que Pink Floyd critiquait le rôle classique de l’instruction publique, rôle qui pour lui ne consisterait ni plus ni moins qu’à consolider l’Etat-nation. Plus d’un siècle auparavant, en 1805 déjà, cette conception ressortait clairement d’une note rédigée par Napoléon qui déclarait: “Il n’y aura pas d’Etat politique fixe s’il n’existe pas un corps de professeurs avec des principes fixes. Tant qu’on n’enseignera pas dès l’enfance qu’il faut être républicain ou monarchiste, catholique ou irréligieux, l’Etat ne formera pas une nation” (Napoléon, 1939: 213).
 
De nos jours, la Déclaration sur la diversité culturelle propose une formulation du droit à l’éducation radicalement opposée à cette conception de l’empereur et même aux idées républicaines du début du XIXe siècle. Ainsi dispose-t-elle dans son article 5: “Toute personne à droit à une éducation et une formation de qualité qui respecte pleinement son identité culturelle” (UNESCO, 2001).

L’approche napoléonienne se fondait sur la notion de citoyenneté républicaine qui, selon Albala-Bertrand (1996), met l’accent sur l’individu en tant que membre d’une société politique par rapport à certains principes fondamentaux: le sentiment d’appartenance à une communauté politique, la loyauté envers la patrie et la prédominance des devoirs civiques sur les intérêts individuels. Pour mieux cerner le contenu, cette notion peut être opposée à celle de citoyenneté libérale. L’idée centrale de celle-ci est que tous les individus sont égaux et dépositaires de droits inaliénables qui ne peuvent être annulés par l’Etat. Cette idée est à l’origine des droits de l’homme tels que nous les connaissons (droits civils et politiques).

Pour K. Tomasevski, ancienne rapporteuse des Nations Unies sur le droit à l'éducation,  la réalisation progressive du droit à l’éducation passe par les trois principales étapes suivantes de la lutte contre l’exclusion:
•    “La première étape consiste à accorder le droit à l’éducation à ceux qui en étaient traditionnellement privés (comme les peuples autochtones ou les non-ressortissants) ou à ceux qui n’y ont toujours pas accès (…)
•    La deuxième étape consiste à lutter contre la ségrégation en matière d’éducation et à favoriser l’intégration (…)
•    La troisième étape nécessite une adaptation de l’enseignement aux divers sujets du droit à l’éducation, c’est-à-dire que ce ne sont plus les nouvelles catégories d’individus ayant accès à l’enseignement qui devront s’adapter aux conditions existantes, mais plutôt le système éducatif qui devra être mis en conformité avec les principes du droit de chacun à l’éducation et de l’égalité de droits dans ce domaine”

Alfred Fernandez

14/07/2011

Droit à l’éducation : Clé pour les OMDs

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Lors du débat de haut niveau de l’ECOSOC, un événement parallèle organisé par la Plateforme d’ONG sur le droit à l’éducation et la Mission permanente de l’Uruguay a réuni de nombreux représentants des missions permanentes, dont celles du Portugal et du Maroc qui l’ont parrainé.

L’Ambassadrice de l’Uruguay, Madame Dupuy-Lasserre, nouvelle Présidente du Conseil des droits de l’homme, a entamé les présentations. Rappelant que l’éducation publique, gratuite et obligatoire existait depuis 1877 en Uruguay, elle a souligné les nombreux efforts et bons résultats de son pays pour atteindre les populations encore vulnérables, comme les personnes âgées, les populations rurales ou les très jeunes enfants issus de familles en difficulté. « Transformer un privilège en droit », telle est la devise de l’Uruguay en termes d’éducation. Parmi les bonnes pratiques, le plan CEIBAL, dont le principe est de donner un ordinateur portable à chaque enfant, a retenu l’attention de l’auditoire. Une vidéo illustrant le plan, qui bénéficie autant aux familles qu’aux jeunes utilisateurs, a clôturé cette présentation.
http://youtu.be/CtNkXUdr33s

Le Rapporteur Spécial sur le droit à l’éducation, Mr Kishore Singh, a rappelé l’importance pour les états de réaliser le droit à l’éducation. Il a insisté sur le droit de chaque enfant à une éducation primaire réellement gratuite, sans discrimination ni exclusion. Les OMDs 2 et 3 sont étroitement liés à l’OMD 1 de lutte contre la pauvreté et tous s’appuient sur les obligations juridiques, légales et politiques de la communauté internationale. Les bases sont solides, le tout est de « parler d’une seule voix » au sein de la famille onusienne. Mr Singh a également rappelé l’importance de la société civile qui doit être partie prenante dans la réalisation du droit à l’éducation.

Le Ministre de l’Education du Sénégal, Mr Kalidou Diallo, a décrit les progrès de l’éducation dans son pays malgré les défis qui restent nombreux. Insistant sur le respect de la liberté d’éducation qui revient aux parents et qui est un droit garanti au Sénégal, Mr Diallo a souligné que les principaux obstacles étaient dus aux contraintes financières et matérielles : si 85% des sommes allouées à l’éducation proviennent de son pays, on compte 10% pour le secteur financier et seulement 5% pour la communauté internationale qui, selon lui, n’aurait pas respecté ses engagements.


Enfin, Alfred Fernandez  porte-parole de la plateforme d’ONGs sur le droit à l’éducation a rappelé que c’était un droit transversal, non seulement économique, social ou culturel mais également un droit civil et politique. D’autre part, la qualité est aussi un impératif, chacun ayant droit à une éducation de qualité qui respecte pleinement son identité culturelle. A. Fernandez a rappelé l’importance d’adopter une approche basée sur les droits. Puis, insistant sur l’accès universel, il a cité le Comité des DESC : « l’enseignement primaire ne doit être à la charge ni des enfants, ni des parents ». Il a conclu sur l’importance de la société civile, dont on attend qu’elle soit une conscience publique mais qui doit aussi épauler l’action des gouvernements pour susciter l’adhésion du corps social. « L’éducation est l’apprentissage de l’humanité, de la liberté, c’est là que s’enracine son importance. Son déni, c’est un déni d’humanité ».

Claire de Lavernette

18/04/2011

L'éducation aux droits de l'homme, une utopie ? Interview

AFportrait.jpgMonsieur Alfred Fernandez, vous êtes Directeur du collège universitaire Henry Dunant (CUHD) et responsable de la formation «Education aux droits de l’homme, Education pour tous (EPT), droit à l'éducation» qui se déroule à Genève. Rentrons si vous le voulez bien dans le vif du sujet. Est-ce que l’Education Pour Tous (EPT) n’est pas une utopie dans un monde en proie à la guerre, à la misère, aux conflits et à une érosion du tissu social et économique dans tous les pays, y compris les pays dits riches, à l’initiative pour la majorité d’entre eux de la déclaration des droits de l’homme?

Oui, pour beaucoup l’EPT peut apparaître comme une utopie. Mais cela ne doit décourager aucune bonne volonté, car comme a dit le Téméraire: «point n’est besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer». L’histoire a prouvé que dans le domaine du progrès humain et social, des batailles qui semblaient perdues ont été gagnées grâce à l’énergie et à la volonté inébranlables de ceux qui les ont menées.

Ensemble, nous avons évoqué la liberté d’enseignement et la liberté académique, une question me vient à l’esprit. Comment offrir une éducation scolaire et universitaire quand il y a un manque ou une absence totale de ressources humaines, matérielles, financières ?...

Cette question touche sur le fond la question des moyens économiques des pays et des personnes intéressées. Plusieurs pays s’efforcent de résoudre ce problème. Nous pourrions citer les écoles des rues en Inde, où un enseignement de base est donné dans ce cadre avec une extrême économie de moyens, là où il n’y a pas ou seulement très peu de moyens financiers. Quant au problème posé par l’absence d’école à proximité des enfants, le cas de l’Australie est intéressant, car dans les zones rurales où les fermes sont souvent éloignées de dizaines de km les unes des autres, ou de centaines de km de l’école la plus proche, les cours sont donnés grâce à la télévision. Evidemment, quand il n’y a pas de moyens et que les distances entre les élèves et les lieux d’enseignements sont très grandes, le problème peut devenir insoluble. Et, il n’est pas rare qu’il le devienne…

Si je vous comprends bien, nous pourrions être amenés à penser que selon les pays, leur développement économique et leur système politique en vigueur, il existe un espace plus ou moins grand entre l’idéal et la réalité effective du droit à l’éducation ?

Malheureusement, tel est bien le cas. Mais cela doit amener chacune des personnes concernées et chaque institution à se responsabiliser et à agir de manière à se rapprocher toujours davantage de l’idéal à atteindre qui doit constituer un principe de base. Il faut continuer de reconnaître que le droit à l’éducation est un droit universel inhérent à la personne humaine.

On constate de plus en plus une éducation à deux vitesses dans les pays en développement, phénomène qui touche également les pays émergents et en développement de manière plus visible. D’un côté ceux qui ont les moyens de s’offrir une scolarité privée, de l’autre, quand elle existe de bénéficier d’une éducation publique gratuite. En quoi le droit à l’éducation peut-il éviter que cette éducation à deux vitesses creuse davantage la fracture sociale ?

La prise de conscience de l’existence du droit à l’éducation pour toute personne humaine doit dans tous les pays amener les responsables, toutes les personnes impliquées dans cette problématique et toutes les institutions concernées à mettre en œuvre le maximum de moyens en vue d’instaurer partout et pour tous une éducation publique gratuite.

Pour finir, vos étudiants venus du monde entier repartiront de Genève avec un bagage d’enseignements pratiques et théoriques, comment pourront-il le mettre en œuvre sur le terrain ?

Nos étudiants repartent aussi de Genève avec plus de courage et d’espoir, car une fois revenus dans leur milieu, ils savent qu’ils ne sont pas seuls à lutter pour faire triompher le respect des droits de l’homme. Qu’ils travaillent au niveau gouvernemental –comme fonctionnaires, enseignants, juristes, économistes ingénieurs, médecins ou simples employés- dans le cadre de la société civile, dans leurs associations nationales – comme la très active association marocaine que dirige notre ancien participant, le professeur Rachid Aboutaieb – Président de l’Alliance Genève-Afrique-Caraïbes-Pacifique pour les droits de l’homme, Maroc : www.acpdh.org - et parmi les minorités de tous genres (peuples autochtones, minorités linguistiques, personnes défavorisées, migrants, réfugiés, handicapés, et autres), le simple fait pour nos anciens participants de mieux connaître leurs droits leur permet de les faire valoir de manière souvent bien plus efficace… sans parler de tous ceux qui, comme les femmes leaders autochtones que nous formons chaque année, se chargent de transmettre autour d’eux l’enseignement suivi au CUHD. www.enlacecontinentalmujeresindigenas.org

A quand la prochaine formation dispensée par le Collège universitaire Henry Dunant ?

Notre formation de caractère général va commencer début mai. Il s’agit de celle de l’Université d’été des droits de l’homme qui propose une formation au système de protection des droits de l’homme des Nations Unies, mention «droits économiques, sociaux et culturels».
Quant au cours de formation spécialisé «Droits à l’éducation, Education pour tous (EPT), éducation aux droits de l’homme», il sera donné du 3 au 7 octobre prochain. www.cuhd.org

__________________________________
Entretien de Nicolas Rozeau du Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme publié dans le N°705 d’avril 2011, pp.32-33, de la revue UN Special (www.unspecial.org)

16/08/2010

Nouvelle formation: le programme

100807_FEUX_ARTIFICES_22.jpgCe nouveau programme se focalise sur les droits et les libertés dans le domaine éducatif. Il est fait en collaboration avec le Rapporteur spécial sur le droit à l'éducation des Nations Unies.

Lundi 1 novembre
§ Introduction, méthodologie et contexte international du droit à l'éducation

Mardi 2 novembre
§ Instruments internationaux sur le droit à l'éducation
§ Les mécanismes de contrôle institués par les traités (Comité de droits de l'enfant, Comité des droits économiques, sociaux et culturels)

Mercredi 3 novembre
§ Le Conseil des droits de l'homme et ses mécanismes de suivi du droit à l'éducation
§ Education pour tous (EPT)

Jeudi 4 novembre
§ Comment mesurer le droit à l'éducation: l'utilisation d'indicateurs
§ Le droit à l'éducation comme droit transversal: civil, culturel et social

Vendredi 5 novembre
§ L'éducation aux droits de l'homme. Le projet de Déclaration du Conseil des droits de l'homme
§ Le Programme mondial pour l'éducation en droits de l'homme (Deuxième phase)

L'inscription s'effectue en ligne. Délai d'inscription: 30 septembre 2010

http://cuhd.org/uni/Programmes/droit_educ.htm

 

 

07/07/2010

Nouveau programme: les droits et les libertés dans le domaine éducatif


Ce nouveau programme prévu pour novembre 2010 est composé de deux volets: l’un consacré à l’enseignement et l’autre au suivi des organes de protection des droits de l’homme. La langue du programme dans la session 2010 est le français.

Il comporte des cours sur le contexte international du droit à l’éducation, les instruments internationaux sur le droit à l’éducation et les obligations des Etats ainsi que les droits des personnes vulnerables. 

Le programme s'occupera ensuite de l'éducation aux droits de l’homme et notamment du projet de Déclaration du Conseil des droits de l’homme et de la deuxième phase du Programme mondial pour l’éducation en droits de l’homme, consacrée à l'enseignement supérieur.

La formation, axée sur la pratique des mécanismes de protection des droits de l’homme, s’adresse surtout aux parties prenantes de l’éducation (fonctionnaires, enseignants, membres d'ONG, journalistes, etc.). La formation promeut d’entrée de cause la diversité entre eux (âges, couches sociales, cultures, professions, religions, expériences). A la fin du programme les participants auront acquis des compétences leur permettant de mettre en place des mécanismes de suivi du droit à l’éducation et adopter une approche des politiques basée sur les droits dans le domaine éducatif.

En quinze jours déjà près de 20 personnes se sont inscrites. Le délai d'inscription est fixé au 30 septembre 2010.

Plus d'information: www.cuhd.org

 

24/05/2010

Rapporteur sur le droit à l'éducation: l'heure de l'effectivité

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La nomination du Rapporteur Spécial du Conseil des droits de l'homme sur le droit à l'éducation intervient à un moment crucial pour l’avenir de l’éducation dans le monde. En ce moment, les Nations Unies ont besoin d’une personnalité qui rende effectif le droit à l’éducation par une collaboration étroite avec les pays et le système des Nations Unies. Notre Collège soutient la candidature de K. Singh,  quiqui est une autorité internationalement reconnue dans le droit à l’éducation.

Mr Singh a non seulement des hautes qualités académiques, mais surtout un longue expérience de collaboration avec des gouvernements, nombreux déjà, avec lesquels il a travaillé à la mise en œuvre concrète des législations sur l’éducation.En tant que Secrétaire du groupe conjoint d’experts UNESCO/ECOSOC (CESCR), il a prouvé sa capacité à coordonner le travail développé par l’UNESCO avec celui des organes de protection des droits de l’homme sur cette problématique. Cette expérience fait de lui un « homme clé » capable d’unifier le droit à l’éducation au sein des institutions internationales.

Après deux titulaires de ce mandat venant respectivement des aires occidentale et latino-américaine, il est extrêmement important qu’un ressortissant de la région Asie soit nommé dans cette fonction. En effet, c’est surtout en Asie et en Afrique que se trouvent les pays qui ont le plus besoin d’être soutenus dans la mise en œuvre du droit à l’éducation.

Présentation K. Singh.pdf

Photo: K. Singh à l'Université d'été des droits de l'homme 2009

24/03/2010

L'éducation aux droits de l'homme un droit en soi

Alors que le Conseil se penche sur le projet de Déclaration sur l’éducation aux droits de l’homme l’existence d’un droit à cette éducation a été sujet de débat. Déjà en 1993 le Congrès international sur l'éducation aux droits de l'homme et à la démocratie de Montréal organiséDSCN3640rec.JPG par l'UNESCO à la veille de la Conférence de Vienne avait affirmé : 

" L’éducation aux droits de l'homme et à la démocratie est elle-même un droit de l'homme et un préalable à la pleine réalisation de la justice sociale, de la paix et du développement. L'exercice d'un tel droit contribuerait à la sauvegarde de la démocratie et au développement, compris dans son sens le plus large ".

Et Mary Robinson, ancien Haut Commissaire aux droits de l’homme des Nations Unies avait souligné: 

" En proclamant la Décennie sur l’éducation aux droits de l’homme (1995 – 2005) , il a été réaffirmé, comme cela avait déjà été déclaré dans plusieurs instruments internationaux relatifs aux droits de l'homme, que l'éducation dans le domaine des droits de l'homme est un droit en soi, c'est-à-dire le droit pour tout individu d'être amené à prendre conscience des droits et de la dignité de tous ainsi que des moyens d'en assurer le respect. "

Ces considérations qui ne relèvent pas du droit international se fondent sur le Préambule même de la Déclaration universelle:

" L'Assemblée générale, proclame la présente Déclaration universelle des droits de l'homme comme l'idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations afin que tous (…) s'efforcent, par l'enseignement et l'éducation, de développer le respect de ces droits et libertés. "

28/01/2010

L'éducation aux droits de l'homme: les choses sérieuses commençent


Le Comité Consultatif des droits de l'homme achève la rédaction du projet de Déclaration sur l'éducation aux droits de l'homme. Exercice difficile.

Trois points nous paraissent de la plus haute importance pour que cette Déclaration donne un signal fort aux Etats:

1. L’insertion de l’éducation aux droits de l’homme dans le droit à l’éducation.
2. Le lien entre l’éducation et la formation aux droits de l’homme d’une part et la diversité culturelle et religieuse d’autre part.
3. L’impact de l’éducation aux droits de l’homme sur le système éducatif tout entier.


1. L’insertion de l’éducation aux droits de l’homme dans le droit à l’éducation. Deux thèmes devraient être pris davantage en considération :

1.a.) La formation des enseignants sans laquelle tout effort serait vain comme le démontrent l’expérience et l’expertise que nos organisations ont accumulées depuis plusieurs années grâce à leur travail de terrain. Rappelons à ce propos que l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe dans sa Recommandation 1849 (2008) souligne que « les compétences requises pour promouvoir en classe la culture de la démocratie et des droits de l’homme doivent être introduites dans le programme d’éducation des enseignants de toutes les matières (5.2) ».

1. b.) Le rôle des parents qui, selon les normes internationales, sont les premiers responsables de l’éducation des enfants. M. Decaux dans son rapport a rappelé que l’Etat doit respecter ce rôle qui leur est dévolu. Ainsi, Iil est important que dans le cadre de l’éducation et la formation aux droits de l’homme, les droits des parents, notamment leurs options éthiques, religieuses ou pédagogiques soient respectées. Des exemples récents dans plusieurs pays ont mis en évidence la difficulté de concilier l’éducation aux droits de l’homme et à la citoyenneté avec le respect du pluralisme. Les sentences de la Cour européenne des droits de l’homme Folgero c/ Norvège et Zengin c/ Turquie en sont un bon exemple.

2. Le lien entre l’éducation aux droits de l’homme et la diversité culturelle et religieuse. Ce lien qui figure bien au paragraphe 10 du texte, mais la formulation est trop peu exigeante. Les droits de l’homme, en tant que patrimoine culturel de l’humanité, rassemblent les valeurs communes à toutes les cultures, religions et philosophies. «Ils émanent du tissu même des cultures» en paroles du Rapport mondial sur la diversité culturelle. Leur enseignement doit être dispensé de manière à bien mettre en lumière cette appartenance. Cela demande un effort nettement plus soutenu de la part des cultures et religions d’une part et des Etats d’autre part.

C’est une heureuse coïncidence que le Comité consultatif doit présenter son projet en cette année 2010 déclarée par l’Assemblée Générale «Année du rapprochement des cultures ». Lors de sa dernière session, la Conférence générale de l’UNESCO insistait sur le fait qu’ «un vaste sentiment de communauté de valeurs s’est fait jour à l’échelle internationale sur les éléments qui composent ce cadre général de dialogue. Ce sont des valeurs comme la liberté, l'égalité, la solidarité, la tolérance, le respect de la nature et le partage des responsabilités - dont la Déclaration du Millénaire a réaffirmé la valeur « éternelle et universelle ».
Ces valeurs fondamentales sont attachées à l’idéal de tolérance, qui comprend le respect de l'autre, quelles que soient ses croyances, sa culture ou sa langue. D'autres valeurs universelles importantes sont le respect et la défense de la diversité culturelle, l'attachement à la paix, à la non-violence et à des pratiques pacifiques, le respect de la dignité humaine et le respect des droits de l'homme » La Déclaration doit contribuer à rendre pleinement effective cette communauté de valeurs en permettant son apprentissage raisonné.

3. L’impact de l’éducation aux droits de l’homme sur le système éducatif tout entier.
Le Plan d’action de la première phase du Programme mondial en faveur de l’éducation aux droits de l’homme l’a mis en relief. L’éducation aux droits de l’homme exige une nouvelle démocratisation du système scolaire, une nouvelle gouvernance. Elle implique l’adoption d’une approche fondée sur les droits de l’homme des politiques éducatives afin que ceux qui ont des obligations puissent mieux s’en acquitter et que les bénéficiaires des droits puissent mieux les faire valoir. (Cf UNESCO, Stratégie relative aux droits de l’homme, 2003 p. 5)