26/02/2012

Culture des droits de l'homme: un espace pour la dignité humaine

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Parvenir à une culture des droits de l’homme : voilà l’objectif dernier du travail du Conseil des droits de l’homme qui commence lundi. La culture des droits de l’homme s’inspire, des instruments, des traités internationaux,  des droits de l’homme. Ces instruments renferment une conception de la personne humaine que devrait fonder cette culture. Car, au fond, la culture des droits de l’homme vise tout simplement à mettre en place un lieu, un espace, pour l’épanouissement de la personne humaine.

Il vaut la peine de relire les propos du diplomate chilien Hernán Santa Cruz, un des rédacteurs de la Déclaration, lorsqu’il se souvient de ce 10 décembre 1948 au Palais de Chaillot (photo) : J’ai eu le sentiment très clair que je participais à un événement d’une portée vraiment historique au cours duquel un consensus s’était fait sur la valeur suprême de la personne humaine, une valeur qui n’a pas trouvé son origine dans la décision d’une puissance de ce monde, mais plutôt du fait même de son existence qui a donné naissance au droit inaliénable de vivre à l’abri du besoin et de l’oppression et de développer pleinement sa personnalité.  Il y avait dans la grande salle…une  atmosphère de solidarité et de fraternité authentiques entre des hommes et des femmes de toutes latitudes, une atmosphère que je n’ai jamais retrouvée dans une quelconque instance internationale.

La Déclaration universelle des droits de l’homme nous offre une définition de l’être humain, c’est cette définition la pierre de touche de tous les instruments internationaux et de la société internationale elle –même. Que dit l’article premier de la Déclaration ? :

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Liberté et égalité de droits, conscience et rationalité, fraternité, appartenance fondamentale à la même famille humaine.  L’être humain est caractérisé comme un être doué de rationalité, capable de connaître la réalité et de la comprendre, de dialogue avec autrui sur une base commune : la commune rationalité.  Le philosophe C. S. Peirce l’exprime simplement : Donnons à un être humain quelconque une information suffisante sur une question quelconque, amenons-le à examiner cette question de façon suffisamment approfondie, le résultat sera qu'il arrivera à une certaine conclusion définie ; cette conclusion sera exactement la même que celle que tous les autres atteindront dans des circonstances suffisamment favorables.

L’être humain est également un être moral. Parce qu’il est libre, il peut décider de ses actes et sa conscience –éclairé par sa raison -  le guide dans la poursuite de son devoir.  Rousseau l’a exprimé de façon brillante dans l’Émile : Conscience ! Conscience ! Instinct divin, immortelle et céleste voix, guide assuré d’un être ignorant et borné, mais intelligent et libre ; juge infaillible du bien et du mal, qui rend l’homme semblable à Dieu, c’est toi qui fais l’excellence de sa nature et la moralité de ses actions ; sans toi, je ne sens rien en moi qui m’élève au-dessus des bêtes.

Alfred Fernandez

01/03/2010

Pour bien commencer le Conseil des droits de l'homme

Aujourd'hui commence la session principale du Conseil des droits de l'homme. A chaque nouvelle session les questions fondamentales se reposent: l'effectivité et l'universalité des droits de la personne humaine.

Une des questions essentielles dans cette période relativiste de l’histoire - qui met en doute l’universalité des droits de la personne humaine - est celle de savoir comment fonder les droits de l’homme sur une base solide, une base qui soit acceptable pour tous, et qui ne se borne donc pas à une culture ou région du monde. Il semble que la notion de dignité humaine est utile dans ce sens. En effet, il existe un consensus sur le fait que l’être humain détient une dignité spéciale et que, en raison de cela, il est titulaire de droits. Ces droits sont des facultés pour jouir des biens indispensables à la réalisation de ses potentialités, et donc pour parvenir à son plein développement, par exemple le droit à l’éducation pour développer une vie culturelle.

Selon les instruments internationaux des droits de l’homme « tous les hommes naissent libres et égaux en dignité et droits doués comme ils sont de raison et de conscience» (art. 1 DUDH). Selon cet article, la dignité humaine résulte de la rationalité et de la conscience morale. La philosophie occidentale a retenu ces caractéristiques de la personne comme marquant la différence entre l’homme et les autres êtres : animaux et végétaux. Ainsi Francisco de Vitoria, qui est considéré comme l’un des fondateurs du droit international, disait déjà : « La nature a donne à l’homme la raisons et la vertu pour sa défense et son perfectionnement alors qu’il a donnée aux autres êtres vivants des moyens purement corporel. ». Et dans un autre texte : « L’homme a été créé en liberté. Par droit naturel tous les hommes sont libres. La liberté est plus utile que tout autre bien privé »