25/07/2013

Elections au Parlement européen : L’Europe est bien conduite ?

 


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La semaine dernière, le Collège universitaire Henry Dunant a organisé à Malaga avec les Chaires UNESCO de La Rioja et Malaga un cours d’été sur la citoyenneté européenne. On a constaté la crise de la citoyenneté en général et de la citoyenneté européenne en particulier. Une crise dont le symptôme le plus clair est le désintéressement pour les affaires publiques.

On a parlé de l’histoire de l’Europe et de Rousseau. Un texte du Contrat social me semble bien  décrire la situation. Elle fait un diagnostique pertinent et à la fois inquiétant. « Dans une cité bien conduite, chacun vole aux assemblées ; sous un mauvais gouvernement, nul n’aime à faire un pas pour s’y rendre, parce que nul ne prend intérêt à ce qui s’y fait, qu’on prévoit que la volonté générale n’y dominera pas, et qu’enfin les soins domestiques absorbent tout. Les bonnes lois en font faire de meilleures, les mauvaises en amènent de pires. Sitôt que quelqu’un dit des affaires de l’État : Que m’importe ? on doit compter que l’État est perdu. »

Alfred Fernandez, directeur

03/09/2012

XVIIIème Université d'été des droits de l'homme: Rousseau et la démocratie

 

Dans une liberté plus grande, titre emprunté au rapport de Koffi Annan (voir post précedant) est le leitmotiv de la XVIIIème Université d’été des droits de l’homme qui s’ouvre le lundi 3 septembre à Genève au siège de la Fondation Jeantet.

 Pendant quinze jours les participants se pencheront sur les relations entre démocratie et droits de l’homme en prenant comme point de départ les textes de la philosophie politique de Rousseau (voir notre blog http://droitshumains.blog.tdg.ch). L’objectif est de dépasser l’opposition fréquente entre démocratie et développement. Les participants auront la possibilité de débattre du premier rapport présenté au Conseil sur le nouvel ordre démocratique international par l’expert indépendant M. de Zayas.

 Un thème central de la session sera la réflexion sur la solidarité internationale et le développement. La solidarité a été définie par les Nations Unies comme une des valeurs fondamentales communes. Peut-elle débloquer les problèmes où est enlisé le droit au développement ? Les participants suivront un colloque organisé par la Plateforme des ONG sur le droit au développement et l’experte indépendante sur la solidarité internationale, Mme Dandan.

04/06/2012

La crise de la démocratie selon Rousseau

 

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Voici ce que dit Rousseau dans le Contral Social:

Sitôt que le service public cesse d’être la principale affaire des citoyens, et qu’ils aiment mieux servir de leur bourse que de leur personne, l’État est déjà près de sa ruine. Faut-il marcher au combat ? ils payent des troupes et restent chez eux ; faut-il aller au conseil ? ils nomment des députés et restent chez eux. À force de paresse et d’argent, ils ont enfin des soldats pour asservir la patrie, et des représentants pour la vendre.

C’est le tracas du commerce et des arts, c’est l’avide intérêt du gain, c’est la mollesse et l’amour des commodités, qui changent les services personnels en argent. On cède une partie de son profit pour l’augmenter à son aise. Donnez de l’argent, et bientôt vous aurez des fers. Ce mot de finance est un mot d’esclave, il est inconnu dans la cité. Dans un pays vraiment libre, les citoyens font tout avec leurs bras, et rien avec de l’argent ; loin de payer pour s’exempter de leurs devoirs, ils payeraient pour les remplir eux-mêmes. Je suis bien loin des idées communes ; je crois les corvées moins contraires à la liberté que les taxes.
Mieux l’État est constitué, plus les affaires publiques  l’emportent sur les privées, dans l’esprit des citoyens. Il y a même beaucoup moins d’affaires privées, parce que la somme du bonheur commun fournissant une portion plus considérable à celui de chaque individu, il lui en reste moins à chercher dans les soins particuliers. Dans une cité bien conduite, chacun vole aux assemblées ; sous un mauvais gouvernement, nul n’aime à faire un pas pour s’y rendre, parce que nul ne prend intérêt à ce qui s’y fait, qu’on prévoit que la volonté générale n’y dominera pas, et qu’enfin les soins domestiques absorbent tout. Les bonnes lois en font faire de meilleures, les mauvaises en amènent de pires. Sitôt que quelqu’un dit des affaires de l’État : Que m’importe ? on doit compter que l’État est perdu.

23/05/2012

La bonne gouvernance selon Rousseau

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En 2012, l’Université été des droits de l’homme aura comme thème transversal : Repenser la démocratie en lien avec Rousseau, considéré comme l’un des fondateurs de la démocratie moderne. Dans notre blog nous vous proposerons de temps en temps de textes du penseur genevois. Des textes plus ou moins connus qui aident à «repenser la démocratie » . Le premier texte concerne la bonne gouvernance des Etats. Il se trouve dans le Contrat Social. Le voici :

Quand donc on demande absolument quel est le meilleur gouvernement, on fait une question insoluble comme indéterminée ; ou, si l’on veut, elle a autant de bonnes solutions qu’il y a de combinaisons possibles dans les positions absolues et relatives des peuples.
Mais si l’on demandait à quel signe on peut connaître qu’un peuple donné est bien ou mal gouverné, ce serait autre chose, et la question de fait pourrait se résoudre.
Cependant on ne la résout point, parce que chacun veut la résoudre à sa manière. Les sujets vantent la tranquillité publique, les citoyens la liberté des particuliers ; l’un préfère la sûreté des possessions, et l’autre celle des personnes ; l’un veut que le meilleur gouvernement soit le plus sévère, l’autre soutient que c’est le plus doux ; celui-ci veut qu’on punisse les crimes, et celui-là qu’on les prévienne ; l’un trouve beau qu’on soit craint des voisins, l’autre aime mieux qu’on en soit ignoré ; l’un est content quand l’argent circule, l’autre exige que le peuple ait du pain. Quand même on conviendrait sur ces points et d’autres semblables, en serait-on plus avancé ? Les qualités morales manquant de mesure précise, fût-on d’accord sur le signe, comment l’être sur l’estimation ?
Pour moi, je m’étonne toujours qu’on méconnaisse un signe aussi simple, ou qu’on ait la mauvaise foi de n’en pas convenir. Quelle est la fin de l’association politique ? C’est la conservation et la prospérité de ses membres. Et quel est le signe le plus sûr qu’ils se conservent et prospèrent ? C’est leur nombre et leur population. N’allez donc pas chercher ailleurs ce signe si disputé. Toute chose d’ailleurs égale, le gouvernement sous lequel, sans moyens étrangers, sans naturalisation, sans colonies, les citoyens peuplent et multiplient davantage, est infailliblement le meilleur. Celui sous lequel un peuple diminue et dépérit est le pire. Calculateurs, c’est maintenant votre affaire ; comptez, mesurez, comparez (a).

08/08/2011

Avant les élections: la citoyenneté démocratique

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En période pré-electorale, je viens de relire la Charte européenne pour l'éducation à la citoyenneté démocratique adoptée dans le cadre du Conseil de l'Europe en mai 2010. Dans la Charte on peut relever deux affirmations importantes. La Charte parle de:

(...)donner les moyens d'exercer et de défendre leurs droits et leurs responsabilités démocratiques dans la société, d'apprécier la diversité et de jouer un rôle actif dans la vie démocratique

    1. (...) donner les moyens de participer à la construction et à la défense d'une culture universelle des droits de l'homme dans la société

    Remarquons en premier lieu la mention de droits et responsabilités qui rappellent la conception traditionnelle de la citoyenneté. Un citoyen exerce et défend ses droits. Il doit jouer un rôle actif. Mais un citoyen doit apprécier la diversité.

    La tolérance doit être intégrée dans le système éducatif à sa juste valeur, envisagée comme le respect de l'autre, et plus encore comme une attitude de compréhension de l'autre, de ses points de vue, de ses convictions, de ses coutumes, de son mode de vie. Tolérance qui signifie respect des options des personnes, de leur conscience, de leur vision du monde. Tolérance qui ne signifie ni indifférence, ni relativisme, ni manque de convictions propres.

    Que signifie jouer un rôle actif ? S'agit-il simplement de voter ? S'agit-il de s'impliquer, de devenir acteur politique ? Ou bien faut-il concevoir une action citoyenne qui aille au-delà de l'acteur public, de l'État ?  Les ONG appartiennent-elles à la citoyenneté ?

    Le deuxième point fait référence à une « culture des droits de l'homme». Une culture qui s'oppose à une culture de la violence, à une culture de la discrimination, à une culture de l'efficacité ou encore à une culture de la perfection technique.

    Défendre, garantir une culture des droits de l'homme est une manière de structurer la société fondée sur une approche des politiques basée sur les droits de la personne humaine. Une société dans laquelle l'être humain est le centre. Une culture qui s'inspire des instruments internationaux des droits de l'homme. Une culture qui permet à chacun de faire valoir ses droits et aux décideurs, aux autorités politiques de les protéger. Une culture enfin dans laquelle la personne non seulement elle possède plus mais elle est plus. Une culture qui ne regarde pas l'autre comme un bien utile, mais qui comme membre de la même famille : la famille humaine.

    Alfred Fernandez