30/12/2009

Le besoin et la peur de l'autre

Qu’est-ce que la dignité humaine ?. Comment la cerner ?. La dignité humaine est le concept clé, la clé de voûte de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Dignité, source des droits et des devoirs, dignité qui introduit le monde de la culture, le mode d’être spécifique de l’humain. Manière d’exister impliquant un « plus » impalpable. « La faim est plus que la faim » affirmait J. P Sartre. La faim blesse la dignité humaine, elle est aussi un « acte » culturel. 

La Déclaration universelle dans son article premier explique cette dignité à partir de la raison et la conscience morale. Sans raison et conscience morale l’existence des droits serait impensable.

« La réflexion – explique M. Zundel - nous décroche de la spontanéité animale : elle ouvre une espace illimité que celle-ci ne peut plus remplir. Terrible éclair de l’esprit qui nous fait franchir un seuil irréversible, en nous jetant dans une espèce d’ »au-delà » ou il faut tout réinventer »

Cet espace illimité est l’espace de la liberté, l’espace de la moralité, l’espace du droit, comme nous avons dit. Vie humaine conçue comme projet à construire avec nos actes par chacun de nous de manière solitaire, personne ne peut le faire à notre place, mais aussi solidaire comme disait Victor Hugo car il n’y pas de je sans tu. 

Ce besoin de l’autre pour la construction de la propre identité constitue la nécessité et la difficulté du dialogue interculturel, d’une relation ouverte avec autrui. J’ai besoin de l’autre et j’en ai peur pour mon identité. Rof Carballo, fort de son expérience clinique, affirme que tout être humain depuis son enfance a trois besoins fondamentaux: celui de trouver appui  dans un groupe, celui de dépendre de quelqu’un avec autorité qui l’oriente dans le maniement de la réalité externe et celle enfin d’être protagoniste de sa propre existence.

24/11/2009

Le droit à l'éducation: le droit à la vie (culturelle)

 

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L'intérêt porté au droit à l’éducation ne vient pas du fait qu’il est plus important qu'un autre droit, économique, social ou culturel mais du fait qu’il es un droit fondateur de l’indivisibilité des droits de la personne.

La notion d' empowerment right traduit parfaitement le caractère fondateur du droit à l'éducation et ce n’est pas sans raison que certains auteurs le définissent fort judicieusement comme étant ’instrument des droits de l'homme L'éducation est la base sur laquelle peut être édifié un développement humain durable, concept qui ne saurait valoir pour les seuls pays du Sud mais qui a également tout son sens dans les zones, dites développées, du Nord. A chaque nouvelle génération toute société humaine doit en effet refaire le chemin de son humanité, et l’éducation par sa nature même est une tâche qui demeure toujours à accomplir.

L'éducation c’est l’initiation à l'humanité et de toutes les métaphores qui désignent le processus éducatif, l'initiation, ou chemin qu’il faut parcourir soi-même, est sans doute celle qui convient le mieux. L'éducation c’est le passage obligé par lequel le “ petit de l'homme ” pénètre dans le monde humain (O. Reboul), ou, on peut aussi l'exprimer ainsi, dans le monde culturel où droits et devoirs puisent leur signification.

Malheureusement, nombreux sont ceux qui n’ont pas une conscience suffisamment claire de l'importance de l'éducation qui, du point de vue culturel, équivaut au droit à la vie, entendons par là droit à la vie culturelle, et donc droit à une vie proprement humaine. L'éducation n'est pas donc seulement affaire de communication ou d'intégration, ce n'est pas seulement une affaire d’alphabétisation, une histoire de lecture ou de calcul, voire de promotion de la démocratie ; c’ est, pour les peuples comme pour l’individu, une affaire de vie ou de mort.

02/05/2008

Culture: le droit d'être (humain)

Cette semaine, le vendredi 9,  le Comité des droits économiques sociaux et culturels débattra de l’article 15 du Pacte des droits économiques sociaux et culturels relatif au droit de participer a la vie culturelle. C’est la première fois que la culture est prise au sérieux par les Nations Unies.

Les droits culturels impliquent l’accès aux ressources qui permettent de se forger une identité. "Une culture donne à l'homme la capacité de réflexion sur lui-même. C'est elle qui fait de nous des êtres spécifiquement humains, rationnels, critiques et éthiquement engagés. C'est par elle que nous discernons des valeurs et effectuons des choix. C'est par elle que l'homme s'exprime, prend conscience de lui-même, se reconnaît comme un projet inachevé, remet en question ses propres réalisations, recherche inlassablement de nouvelles significations et crée des oeuvres qui le transcendent" (Conférence Mondiacult UNESCO, 1982).

La culture n’est pas une simple consommation de biens culturels. Si la culture est l’objet d’un droit, si l’on y attache juridiquement des libertés, l’enjeu est bien plus profond. Le PNUD relève dans son Rapport 2004 sor le développement humain, que les libertés culturelles touchent à l’identité même de l’humain. Il y va donc non seulement d’une « technique »  mais bien d’une valeur liée à l’identité même de l’homme, à ce dont il a besoin pour être un homme.

Une bonne gouvernance, au sens d’une gouvernance non seulement irréprochable sur le plan technique, mais démocratique et soucieuse de promotion des droits fondamentaux, requiert une action résolue en faveur de la liberté de choisir un mode de vie culturellement adéquat. L’Etat, quand il « intervient en renforcement des capacités de l’autre (société civile, secteur privé), (doit) respecter et développer les capacités de celui-ci » (Observatoire de la diversité et des droits culturels, Document de Bergame, 2007).

18/04/2008

Droits culturels: accueiller les différences

Les droits culturels sont à l’ordre du jour. En mai prochain le Comité des droits économiques sociaux et culturels débattra de l’article 15 du Pacte relatif au droit de participer a la vie culturelle.

Il est nécessaire de repenser les sociétés en tenant compte de la différence et du droit à la différence parce que le système démocratique actuel (libéral) a voulu se détacher des valeurs pour rester dans le domaine purement formel, opérationnel, dans le but d’accueillir toutes les différences. Mais, de facto, il se montre incapable de les accueillir, car l’application des mêmes règles pour tous ne respecte pas le différent dans ce qu’il a de différent. Il faut bien reconnaître que contrairement à ses prétentions le système n’est pas neutre : « il n’est pas un terrain possible de rencontre pour toutes les cultures, mais il est l’expression politique d’une variété de cultures – tout à fait incompatible avec d'autres.  Le libéralisme est aussi un credo de combat" (C. Taylor).

Il y a erreur à interpréter le droit comme un cadre purement opérationnel. La notion même de libertés publiques, par exemple, n’est pas seulement formelle. La liberté d’expression ne consiste pas dans le droit de dire n’importe quoi, elle est capacité de dialogue, de débat dans l’espace public.

La différence est constitutive de la culture que R. Girard définit « comme un système d’échanges ». Poser la question de la différence dans les termes actuels est donc fausser le point de départ. « Il n’est pas de culture à l’intérieur de laquelle chacun ne se sente « différent » des autres et ne pense les « différences » comme légitimes et nécessaires. Loin d’être radicale et progressiste, l’exaltation contemporaine de la différence n’est que l’expression abstraite d’une façon de voir commune à toutes les cultures. » (R. Girard.)