18/07/2017

Un ancien participant nommé au CERD

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Monsieur Bakari Sidiki Diaby, diplômé du Collège Universitaire Henry Dunant en 2015, vient d’être nommé membre du Comité de l'ONU pour l'élimination de la discrimination raciale.

Il participe actuellement au programme de doctorants mis en place entre le Collège Universitaire Henry Dunant et l’Universitat Internacional de Catalunya.

Né en 1976 en Côte d’Ivoire, il choisit de s’orienter vers des études de droit public fondamental l’Université de Bouaké (Côte d’Ivoire). Dès 2007, il se spécialise dans le domaine des droits de l’Homme avec le Diplôme d’Etudes Supérieures Spécialisées en droit de l’Homme et le Certificat en Droits de l’Homme et Culture de la Paix de l’Institut de la Dignité et des Droits Humains du Cerap à Abidjan (Côte d’Ivoire). Il devient très actif en 2011 en promouvant les droits de l’Homme et le droit international au sein des Armées Africaines en tant que coordinateur général de la Coordination National des Droits de l’Homme pour les Armées. La même année, il est le pionnier de l’Institut Africain des Droits de l’homme pour les Armées (IADHA) et de la Coordination Africaine des Droits de l’Homme pour les Armées (Camp Gallieni, Abidjan, Plateau).

Il est actuellement Secrétaire Exécutif Adjoint de la Commission Nationale des Droits de l’Homme de Côte d’Ivoire (CNDHCI) et le Secrétaire Permanent des Institutions Nationales des Monétaire Ouest Afrique.

Maéva Guyot

22/11/2016

SYRIE : LE CONSEIL DE SECURITE DEBAT DE LA SYRIE UN MOIS APRES LA SESSION EXTRAORDINAIRE DU CONSEIL DES DROITS DE L’HOMME SUR LA SITUATION A ALEP

 

Le Conseil de Sécurité a débattu lundi 21 novembre de la situation en Syrie – sans pouvoir adopter une résolution ni même une déclaration de son Président -  un mois exactement après la session extraordinaire du Conseil des Droits de l’Homme le vendredi 21 octobre au Palais des Nations à Genève sur la situation des Droits de l’Homme à Alep. Cette session extraordinaire avait été convoquée à la demande du Royaume-Uni, au nom d’une trentaine d’États, occidentaux et arabes.[1]

 Dans l’intervalle, après une brève « trève humanitaire », les hostilités se sont intensifiées, civils et hôpitaux n’ont pas été épargnés, et les dénonciations de la gravité de la situation humanitaire, particulièrement à Alep, se sont multipliées : Staffan de Mistura, Envoyé spécial du Secrétaire général, déclarait craindre la destruction totale de la partie orientale d’Alep d’ici la fin de l’année.[2]

 Au Conseil de sécurité, lundi 21 novembre, Stephen O’Brien, Responsable des opérations humanitaires (OCHA) de l’ONU,[3] avouait être à court de mots (« I am more or less at my wits’ end as a human being »). Et d’ajouter qu’aucun convoi humanitaire n’avait pu franchir les lignes de front. Il devait aussi regretter qu’en octobre le Conseil de sécurité n’ait pas pu adopter deux projets de résolutions, l’un présenté par la France et l’Espagne, l’autre par la Russie, demandant, entre autres, l’accès des humanitaires aux victimes du conflit. Depuis l’adoption à l’unanimité, le 3 mai 2016, de la Résolution 2286 (« Protection des civils »),[4] plus de 130 attaques contre des hôpitaux ont été répertoriées. Le Rapport du Secrétaire général (S/2016/962) sur l’application des résolutions du Conseil de sécurité,[5] La représentante de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré que les services de santé de la Syrie, qui étaient parmi les meilleurs du monde, étaient aujourd’hui dévastés. A relever que les Etats-Unis ont mis en garde 12 officiers supérieurs syriens qu’ils devraient rendre des comptes pour avoir donné l’ordre d’attaquer des civils. Le même jour, à La Haye, le Ministre français des Affaires étrangères a déclaré que la France est prête à coopérer avec la Cour pénale internationale (CPI) dans le cadre d'éventuelles poursuites contre des combattants du groupe Etat islamique (EI) qui sont des ressortissants nationaux.[6]

 Le 21 octobre, à Genève, le Conseil des droits de l'homme avait entendu les déclarations liminaires du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, du Président de la Commission internationale indépendante d’enquête sur la Syrie et d’une représentante du Comité de coordination des procédures spéciales du Conseil, avant que ne s’expriment, dans le cadre d’un débat général, une soixantaine de délégations d’États membres et observateurs – dont celle de la République arabe syrienne. 

 Dans un message vidéo enregistré, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, M. Zeid Ra'ad Al Hussein, a pressé les membres du Conseil des droits de l’homme de mettre de côté leurs désaccords politiques et à « se concentrer uniquement sur les femmes, les hommes et les enfants qui nous appellent à l’aide ». Les livraisons d’armes et d’équipements aux parties au conflit doivent cesser et la situation doit être référée de toute urgence à la Cour pénale internationale (CPI), a-t-il ajouté – suivi sur ce point par de nombreuses délégations qui devaient s’exprimer dans le même sens au cours du débat qui a suivi.  À Alep, un cessez-le-feu durable doit être immédiatement mis en œuvre par toutes les parties, a poursuivi le Haut-Commissaire.  Il a demandé que le travail de la Commission internationale indépendante d’enquête sur la République arabe syrienne, qui est «l’honneur du Conseil», bénéficie du soutien de tous.

  Le Président de cette dernière Commission, le Professeur Paulo Sergio Pinheiro (Brésil), a quant à lui déclaré que les normes juridiques internationales relatives au droit de la guerre censées constituer des principes protégeant les civils étaient ignorés délibérément par toutes les parties au conflit dans l’espoir d’obtenir un avantage militaire.  Pour, lui, les auteurs de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité cesseront de violer les lois du droit de la guerre uniquement lorsqu’il sera clair qu’ils auront à rendre des comptes.  C’est pourquoi le renvoi du conflit en Syrie devant la Cour pénale internationale (CPI) ou devant un mécanisme de justice ad hoc est essentiel à la résolution de ce conflit, a déclaré M. Pinheiro.  Il faut engager au plus tôt des négociations politiques en abandonnant l’idée sans fondement selon laquelle une victoire militaire serait possible, a-t-il ajouté.

 Quant à la représentante du Comité de coordination des Procédures spéciales du Conseil, Mme Catalina Devandas Aguilar, elle a appuyé l’appel du Haut-Commissaire des Droits de l’Homme au Conseil de sécurité pour que cette instance adopte des critères permettant de limiter l’usage du droit de veto lorsqu’existent des allégations de commission de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité ou de génocide.  Pour le Comité de coordination, seule la limitation du droit de veto peut permettre au Conseil de sécurité de renvoyer la situation syrienne à la Cour pénale internationale (CPI).  

  La République arabe syrienne a dénoncé, quant à elle, ceux ayant fait le choix d’armer des groupes terroristes, montrant ainsi le peu de cas qu’ils font des civils, contrairement à ce qu’ils prétendent. Elle a assuré avoir tout fait pour parvenir à un cessez-le-feu, qui permettrait à tous ceux qui le souhaitent, y compris les malades et les blessés, de quitter la ville d’Alep ou d’en être évacués. Selon elle, certains groupes terroristes empêchent les départs de la ville.

  Lors du débat qui a suivi ces déclarations liminaires, la majorité des intervenants ont insisté sur la nécessité d’instaurer un cessez-le-feu durable, condition préalable au démarrage véritable d’un processus politique permettant de mettre fin au conflit, ce processus devant être mené par les Syriens eux-mêmes avec l’appui de la communauté internationale, a-t-il maintes fois été souligné. L’accent a été mis sur l’impérieuse nécessité de veiller à ce que les responsables des crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis en Syrie aient à répondre de leurs actes

 Quelques délégations ont mis en cause l’impartialité des auteurs du projet de résolution : au lieu de soutenir la Syrie dans son combat  contre le terrorisme, les coauteurs du projet de résolution essaient de sauver les terroristes de la destruction, a, par exemple, estimé la Fédération de Russie.  Plusieurs intervenants ont insisté sur l’importance de respecter la souveraineté, l’intégrité et l’unité territoriales de la Syrie et a été rappelé le principe de non-ingérence dans les affaires internes d’un Etat.

  Les ambassadeurs de Russie et de Syrie ont souligné que leurs forces observaient une trêve diurne de onze heures par jour à Alep pour permettre l’évacuation des blessés et aux civils qui le souhaitent de partir. Mais les Nations unies ont annoncé vendredi que les évacuations médicales de l’est d’Alep n’avaient toujours pas commencé, l’absence de garanties de sécurité empêchant les secouristes de profiter de la pause dans les bombardements annoncée par la Russie.

 La résolution adoptée par 24 voix[7] contre 7,[8] avec 16 abstentions,[9] rappelle les obligations qu’imposent à toutes les parties au conflit le droit international humanitaire et les Droits de l’Homme, et toutes les résolutions du Conseil de sécurité sur la situation en Syrie. La résolution demande que la Commission d’enquête internationale indépendante sur la République arabe syrienne procède à une enquête spéciale approfondie et indépendante sur les événements survenus à Alep et qu’elle soumette au Conseil des Droits de l’Homme un rapport complet sur ses conclusions au plus tard à sa session de mars 2017.

 A un mois de distance, ces deux débats n’ont été que des constats d’échec.

Peut-être serait-il opportun d’écouter le Vice-Secrétaire général des Nations Unies, Jan Eliasson, qui, lors de sa dernière visite à Genève vendredi 18 novembre, se demandait si les Nations Unies ne devraient pas s’inspirer de l’Eglise catholique, du monde d’élection du Pape, en conclave : comme les cardinaux, les diplomates seraient enfermés jusqu’à l’obtention d’un accord…

 Michel Veuthey

 

[1] Incluant l’Allemagne, la France, l’Italie, la Jordanie, le Koweït, le Maroc, le Qatar, l’Arabie saoudite, la Turquie, le Royaume-Uni et les États-Unis, et soutenue par 33 États, dont les 16 États membres du Conseil suivants : Belgique, France, Géorgie, Allemagne, Lettonie, Mexique, Pays-Bas, Paraguay, Portugal, Qatar, République de Corée, Arabie saoudite, Slovénie, Suisse, Emirats arabes unis et Royaume-Uni.  La demande de convocation de cette session extraordinaire était également soutenue par les 17 États observateurs suivants : Autriche, Bulgarie, Croatie, République tchèque, Danemark, Estonie, Finlande, Islande, Irlande, Italie, Lituanie, Luxembourg, Norvège, Roumanie, Espagne, Suède et Turquie.

[2] « Syrie : Alep-Est pourrait être « totalement détruite » d’ici à la fin 2016, selon l’ONU »

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/syrie/article/2016/10/06/syrie-l-onu-estime-que-l-est-d-alep-pourrait-etre-totalement-detruit-d-ici-a-la-fin-de-l-annee_5009291_1618247.html#1AIE5BhjJjMqRdXt.99

[3] Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence (Under-Secretary-General for Humanitarian Affairs and Emergency Relief Coordinator). Voir
https://www.un.org/press/en/2016/sc12597.doc.htm

[4] https://www.un.org/press/fr/2016/cs12347.doc.htm

[5] Application des résolutions 2139 (2014), 2165 (2014), 2191 (2014) et 2258 (2015) du Conseil de sécurité

[6] Même si la Syrie n'a pas ratifié le Statut de Rome, le traité fondateur de la CPI, des plaintes peuvent être instruites si elles concernent des ressortissants nationaux qui sont engagés dans la guerre en Syrie auprès de Daech, l'acronyme arabe de l'EI, a indiqué à l'AFP Jean-Marc Ayrault, après une rencontre avec la procureure de la CPI, Fatou Bensouda, à La Haye.
www.romandie.com/news/Syriecombattants-de-lEI-la-France-prete-a-cooperer-avec-la-CPI/754946.rom

[7] Ont voté pour : Albanie, Allemagne, Arabie saoudite, Belgique, Botswana, Côte d’Ivoire, El Salvador, Emirats arabes unis, FYROM (ex-République yougoslave de Macédoine), France, Géorgie, Lettonie,  Maldives, Maroc, Mexique, Mongolie, Pays-Bas, Portugal, Qatar, République de Corée, Royaume-Uni, Slovénie, Suisse, Togo.

[8] Ont voté contre : Algérie, Bolivie, Burundi, Chine, Cuba, Russie, Venezuela.

[9] Se sont abstenus : Afrique du Sud, Bangladesh, Congo, Equateur, Ethiopie, Ghana, Inde, Indonésie, Kenya, Kirghizstan, Namibie, Nigéria, Panama, Paraguay, Philippines, Viet Nam.

25/07/2013

Elections au Parlement européen : L’Europe est bien conduite ?

 


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La semaine dernière, le Collège universitaire Henry Dunant a organisé à Malaga avec les Chaires UNESCO de La Rioja et Malaga un cours d’été sur la citoyenneté européenne. On a constaté la crise de la citoyenneté en général et de la citoyenneté européenne en particulier. Une crise dont le symptôme le plus clair est le désintéressement pour les affaires publiques.

On a parlé de l’histoire de l’Europe et de Rousseau. Un texte du Contrat social me semble bien  décrire la situation. Elle fait un diagnostique pertinent et à la fois inquiétant. « Dans une cité bien conduite, chacun vole aux assemblées ; sous un mauvais gouvernement, nul n’aime à faire un pas pour s’y rendre, parce que nul ne prend intérêt à ce qui s’y fait, qu’on prévoit que la volonté générale n’y dominera pas, et qu’enfin les soins domestiques absorbent tout. Les bonnes lois en font faire de meilleures, les mauvaises en amènent de pires. Sitôt que quelqu’un dit des affaires de l’État : Que m’importe ? on doit compter que l’État est perdu. »

Alfred Fernandez, directeur

10/12/2012

L'invention des droits de l'homme

 

Droits de l'homme, universalité, loi naturelle

Aujourd'hui c'est la journée des droits de l'homme. Bon moment pour revoir nos classiques. Voici deux textes du stoïcien romain Cicéron. Il s'agit de l'invention théorique du concept.

’’Il existe une loi vraie, c’est la droite raison, conforme à la nature, répandue dans tous les êtres, toujours d’accord avec elle-même, non sujette à périr, qui nous appelle impérieusement à remplir notre fonction, nous interdit la fraude et nous détourne. L’honnête homme n’est jamais sourd à ses commandements et à ses défenses ; ils sont sans action sur le pervers. A cette loi, nul amendement n’est permis, il n’est licite de l’abroger ni en totalité ni en partie. Ni le Sénat ni le peuple ne peuvent nous dispenser de lui obéir et point n’est besoin de chercher  un Sectus Aelius pour l’expliquer ou l’interpréter. Cette loi n’est pas autre à Athènes, autre à Rome, autre aujourd’hui, autre demain, c’est une seule et même loi éternelle et immuable, qui régit toutes les nations et, en tout temps, il y a pour l’enseigner et la prescrire à tous un dieu unique : conception, délibération, mise en vigueur de la loi lui appartiennent également. Qui n’obéit pas à cette loi s’ignore lui-même et, parce qu’il aura méconnu la nature humaine, il subira pour cela même le plus grand châtiment, même s’il échappe aux autres supplices’’. (De la République, liv. III-XXII)

 ’’Nous sommes nés pour la justice et …le droit a son fondement, non dans une convention, mais dans la nature’’…’’Il suit de là que la nature a mis en nous le sentiment de la justice pour que nous nous venions en aide l’un à l’autre et nous rattachions l’un à l’autre ; et c’est dans toute cette discussion ce que j’entends par nature. Mais telle est la corruption causée par les mauvaises habitudes, qu’elle éteint en quelque sorte la flamme allumée en nous par la nature, engendre et fortifie les noirceurs qui lui sont opposés. Si, se conformant à la nature, les hommes jugeaient, comme le dit le poète, que ‘’rien d’humain ne leur est étranger’’,  tous respecteraient également le droit. Car avec la raison, la nature leur a donné encore la droite raison ; donc aussi la loi, qui n’est autre chose que la droite raison considérée dans ses injonctions et ses interdictions. Et si elle a donné la loi, elle a aussi donné le droit. Or, la raison est commune à tous ; le droit leur a donc été donné aussi’’ (Des Lois, liv I-X)

02/12/2012

L'après 2015: le développement pour une société inclusive



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Le Recteur de l'Université de Bergamo, Mme Melo et le professeur Rizzi titulaire de la Chaire (Bergamo)

Le monde pensa à l'après OMD, à l'après 2015. Pour Amartya Sen, le développement « peut être considéré comme le processus par lequel les libertés réelles des personnes s’accroissent ». Je peux me considérer développé, si je suis libre, libre de choisir le type de vie qui me semble bon. Le développement inclut ainsi les libertés, la liberté politique et la démocratie. Cette notion de développement permet de dépasser le débat entre droits civils et politiques d’un côté et droits sociaux de l’autre, ainsi que le débat entre libertés et droits. Une société ne peut être inclusive que sur la base de ce concept de développement.

C’était le thème du colloque organisé par la Chaire UNESCO de l’Université de Bergamo en collaboration avec la Chaire UNESCO de l’Université de Fribourg, la Chaire UNESCO de l’UNAM à Mexico, la Chaire UNESCO de l’Université de La Rioja, la Chaire UNESCO de l’Université de La Havane et la Chaire Unesco de l’Université Shahid Behesthi de Téhéran, le Collège Universitaire Henry Dunant et l’UNESCO le mois dernier. Dans ce mini sommet de Chaires UNESCO des droits de l'homme a participé Angela Melo, Directrice à la Section des Sciences Sociales et Humaines  et responsable de l’Approche des droits dans les politiques de l’UNESCO.

Les deux axes principaux d’un colloque de haut niveau qui a réuni une trentaine d’experts d’Afrique, Asie des Amériques et d’Europe étaient :
a. L’interdépendance des droits de l’homme : fin et moyen du développement. Chaque droit de l’homme peut être considéré comme une capacité à respecter et à valoriser en tant que fin et moyen du développement. De plus, toutes ces capacités fondamentales se renforcent mutuellement selon le principe de leur indivisibilité et de leur interdépendance.
b. La valeur transversale de chaque droit de l'homme. Le principe d’interdépendance des droits de l’homme implique que tous les droits peuvent se renforcer mutuellement. L’égalité entre tous les droits de l'homme ne signifie pas, cependant, leur uniformité. Dans une perspective de progrès dans l’interprétation il est utile de chercher à identifier des droits qui ont une fonction transversale accrue en raison de la position stratégique qu’ils occupent dans le système des droits de l’homme; par exemple les droits à l’éducation, à l’information et à la propriété.
Une publication recueillera l’ensemble des interventions au colloque.

Alfred Fernandez

17/09/2012

La solidarité: pas seulement à bien plaire

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Vendredi dernier, l'Experte indépendante sur la Solidarité internationale et les droits de l'homme, Mme Virginia Dandan, a dialogué avec la société civile sur le contenu d'une Déclaration des Nations Unies sur la solidarité internationale. La question essentielle était celle de déterminer si la solidarité peut être considerée comme étant un principe de droit international.

En realité, on ne peut pas concevoir la communauté internationale sans la solidarité, qui est elle-même à l’origine des Nations Unies. Approfondir la notion de solidarité, c’est revenir aux origines du droit international public.  A ce propos, nous pouvons citer la phrase bien connue de Francisco Suarez: “L’humanité, quoique divisée en plusieurs royaumes et peuples, a toujours une unité non seulement spécifique mais également quasi politique et morale, indiquée par le précepte naturel de l’amour mutuel».

Il existe une communauté d’intérêts entre les nations. Et cette communauté a été renforcée par le processus de mondialisation. La question de la solidarité est devenue urgente du fait de ces nouvelles relations d’interdépendance entre les hommes et les peuples. D’après le dernier rapport de l’OECD sur les indicateurs de la mondialisation: Economic Globalisation Indicators, on assiste depuis quelques cinq ans à une mondialisation accélérée de l’activité économique ; le commerce international et les investissements directs à l’étranger se sont non seulement développés mais aussi complexifiés et depuis 2005 la Chine et les BRIICS sont devenus des acteurs importants des investissements internationaux.

La solidarité doit être le principe régulateur d’un nouvel ordre économique mondial qui établisse des relations entre les peuples basées sur la justice sociale. Mais, comme le souligne l’experte indépendante, un droit à la solidarité internationale va au-delà de la sphère économique et s’étend à d’autres domaines, contribuant en cela à la réalisation de tous les autres droits de l’homme.

Le Préambule de la Déclaration et plan d’action de Vienne exprime de façon explicite la valeur fondamentale de solidarité, lorsqu’il est question des valeurs qui doivent fonder le système international de protection des droits de l’homme, puis en précisant qu’il ne sera pas possible d’arriver à des progrès substantiels en termes de droits de l’homme sans coopération internationale ni solidarité.

De même, la Déclaration du Millénaire estime que les défis mondiaux ne pourront pas être relevés sans la solidarité internationale, considérée et réaffirmée comme une valeur fondatrice de la communauté internationale. On ne peut pas concevoir la communauté internationale sans la solidarité, qui est elle-même à l’origine des Nations Unies. Approfondir la notion de solidarité, c’est revenir aux origines du droit international public.  A ce propos, nous pouvons citer la phrase bien connue de Francisco Suarez: “L’humanité, quoique divisée en plusieurs royaumes et peuples, a toujours une unité non seulement spécifique mais également quasi politique et morale, indiquée par le précepte naturel de l’amour mutuel (…) ».

La solidarité est certes une valeur morale mais elle est aussi un principe de droit international. Il existe une communauté d’intérêts entre les nations. Et cette communauté a été renforcée par le processus de mondialisation. La question de la solidarité est devenue urgente du fait de ces nouvelles relations d’interdépendance entre les hommes et les peuples. D’après le dernier rapport de l’OECD sur les indicateurs de la mondialisation: Economic Globalisation Indicators, on assiste depuis quelques cinq ans à une mondialisation accélérée de l’activité économique ; le commerce international et les investissements directs à l’étranger se sont non seulement développés mais aussi complexifiés et depuis 2005 la Chine et les BRIICS sont devenus des acteurs importants des investissements internationaux.

La solidarité doit être le principe régulateur d’un nouvel ordre économique mondial qui établisse des relations entre les peuples basées sur la justice sociale. Mais, comme le souligne l’experte indépendante, un droit à la solidarité internationale va au-delà de la sphère économique et s’étend à d’autres domaines, contribuant en cela à la réalisation de tous les autres droits de l’homme.

Le Préambule de la Déclaration de Vienne exprime de façon explicite la valeur fondamentale de solidarité, lorsqu’il est question des valeurs qui doivent fonder le système international de protection des droits de l’homme, puis en précisant qu’il ne sera pas possible d’arriver à des progrès substantiels en termes de droits de l’homme sans coopération internationale ni solidarité.

De même, la Déclaration du Millénaire estime que les défis mondiaux ne pourront pas être relevés sans la solidarité internationale, considérée et réaffirmée comme une valeur fondatrice de la communauté internationale.

Claire de Lavernette, Coprésidente, Groupe de Travail des ONG sur l'éducation aux droits de l'homme

11/06/2012

L'être humain selon Rousseau: liberté et éducation

Tout animal a des idées puisqu’il a des sens, il combine même ses idées jusqu’à un certain point, et l’homme ne diffère à cet égard de la bête que du plus au moins. Quelques philosophes ont même avancé qu’il y a plus de différence de tel homme à tel homme que de tel homme à telle bête ; ce n’est donc pas tant l’entendement qui fait parmi les animaux la distinction spécifique de l’homme que sa qualité d’agent libre. La nature commande à tout animal, et la bête obéit. L’homme éprouve la même impression, mais il se reconnaît libre d’acquiescer, ou de résister ; et c’est surtout dans la conscience de cette liberté que se montre la spiritualité de son âme : car la physique explique en quelque manière le mécanisme des sens et la formation des idées ; mais dans la puissance de vouloir ou plutôt de choisir, et dans le sentiment de cette puissance on ne trouve que des actes purement spirituels, dont on n’explique rien par les lois de la mécanique.

Mais, quand les difficultés qui environnent toutes ces questions, laisseraient quelque lieu de disputer sur cette différence de l’homme et de l’animal, il y a une autre qualité très spécifique qui les distingue, et sur laquelle il ne peut y avoir de contestation, c’est la faculté de se perfectionner ; faculté qui, à l’aide des circonstances, développe successivement toutes les autres, et réside parmi nous tant dans l’espèce que dans l’individu, au lieu qu’un animal est, au bout de quelques mois, ce qu’il sera toute sa vie, et son espèce, au bout de mille ans, ce qu’elle était la première année de ces mille ans

04/06/2012

La crise de la démocratie selon Rousseau

 

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Voici ce que dit Rousseau dans le Contral Social:

Sitôt que le service public cesse d’être la principale affaire des citoyens, et qu’ils aiment mieux servir de leur bourse que de leur personne, l’État est déjà près de sa ruine. Faut-il marcher au combat ? ils payent des troupes et restent chez eux ; faut-il aller au conseil ? ils nomment des députés et restent chez eux. À force de paresse et d’argent, ils ont enfin des soldats pour asservir la patrie, et des représentants pour la vendre.

C’est le tracas du commerce et des arts, c’est l’avide intérêt du gain, c’est la mollesse et l’amour des commodités, qui changent les services personnels en argent. On cède une partie de son profit pour l’augmenter à son aise. Donnez de l’argent, et bientôt vous aurez des fers. Ce mot de finance est un mot d’esclave, il est inconnu dans la cité. Dans un pays vraiment libre, les citoyens font tout avec leurs bras, et rien avec de l’argent ; loin de payer pour s’exempter de leurs devoirs, ils payeraient pour les remplir eux-mêmes. Je suis bien loin des idées communes ; je crois les corvées moins contraires à la liberté que les taxes.
Mieux l’État est constitué, plus les affaires publiques  l’emportent sur les privées, dans l’esprit des citoyens. Il y a même beaucoup moins d’affaires privées, parce que la somme du bonheur commun fournissant une portion plus considérable à celui de chaque individu, il lui en reste moins à chercher dans les soins particuliers. Dans une cité bien conduite, chacun vole aux assemblées ; sous un mauvais gouvernement, nul n’aime à faire un pas pour s’y rendre, parce que nul ne prend intérêt à ce qui s’y fait, qu’on prévoit que la volonté générale n’y dominera pas, et qu’enfin les soins domestiques absorbent tout. Les bonnes lois en font faire de meilleures, les mauvaises en amènent de pires. Sitôt que quelqu’un dit des affaires de l’État : Que m’importe ? on doit compter que l’État est perdu.

23/05/2012

La bonne gouvernance selon Rousseau

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En 2012, l’Université été des droits de l’homme aura comme thème transversal : Repenser la démocratie en lien avec Rousseau, considéré comme l’un des fondateurs de la démocratie moderne. Dans notre blog nous vous proposerons de temps en temps de textes du penseur genevois. Des textes plus ou moins connus qui aident à «repenser la démocratie » . Le premier texte concerne la bonne gouvernance des Etats. Il se trouve dans le Contrat Social. Le voici :

Quand donc on demande absolument quel est le meilleur gouvernement, on fait une question insoluble comme indéterminée ; ou, si l’on veut, elle a autant de bonnes solutions qu’il y a de combinaisons possibles dans les positions absolues et relatives des peuples.
Mais si l’on demandait à quel signe on peut connaître qu’un peuple donné est bien ou mal gouverné, ce serait autre chose, et la question de fait pourrait se résoudre.
Cependant on ne la résout point, parce que chacun veut la résoudre à sa manière. Les sujets vantent la tranquillité publique, les citoyens la liberté des particuliers ; l’un préfère la sûreté des possessions, et l’autre celle des personnes ; l’un veut que le meilleur gouvernement soit le plus sévère, l’autre soutient que c’est le plus doux ; celui-ci veut qu’on punisse les crimes, et celui-là qu’on les prévienne ; l’un trouve beau qu’on soit craint des voisins, l’autre aime mieux qu’on en soit ignoré ; l’un est content quand l’argent circule, l’autre exige que le peuple ait du pain. Quand même on conviendrait sur ces points et d’autres semblables, en serait-on plus avancé ? Les qualités morales manquant de mesure précise, fût-on d’accord sur le signe, comment l’être sur l’estimation ?
Pour moi, je m’étonne toujours qu’on méconnaisse un signe aussi simple, ou qu’on ait la mauvaise foi de n’en pas convenir. Quelle est la fin de l’association politique ? C’est la conservation et la prospérité de ses membres. Et quel est le signe le plus sûr qu’ils se conservent et prospèrent ? C’est leur nombre et leur population. N’allez donc pas chercher ailleurs ce signe si disputé. Toute chose d’ailleurs égale, le gouvernement sous lequel, sans moyens étrangers, sans naturalisation, sans colonies, les citoyens peuplent et multiplient davantage, est infailliblement le meilleur. Celui sous lequel un peuple diminue et dépérit est le pire. Calculateurs, c’est maintenant votre affaire ; comptez, mesurez, comparez (a).

26/02/2012

Culture des droits de l'homme: un espace pour la dignité humaine

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Parvenir à une culture des droits de l’homme : voilà l’objectif dernier du travail du Conseil des droits de l’homme qui commence lundi. La culture des droits de l’homme s’inspire, des instruments, des traités internationaux,  des droits de l’homme. Ces instruments renferment une conception de la personne humaine que devrait fonder cette culture. Car, au fond, la culture des droits de l’homme vise tout simplement à mettre en place un lieu, un espace, pour l’épanouissement de la personne humaine.

Il vaut la peine de relire les propos du diplomate chilien Hernán Santa Cruz, un des rédacteurs de la Déclaration, lorsqu’il se souvient de ce 10 décembre 1948 au Palais de Chaillot (photo) : J’ai eu le sentiment très clair que je participais à un événement d’une portée vraiment historique au cours duquel un consensus s’était fait sur la valeur suprême de la personne humaine, une valeur qui n’a pas trouvé son origine dans la décision d’une puissance de ce monde, mais plutôt du fait même de son existence qui a donné naissance au droit inaliénable de vivre à l’abri du besoin et de l’oppression et de développer pleinement sa personnalité.  Il y avait dans la grande salle…une  atmosphère de solidarité et de fraternité authentiques entre des hommes et des femmes de toutes latitudes, une atmosphère que je n’ai jamais retrouvée dans une quelconque instance internationale.

La Déclaration universelle des droits de l’homme nous offre une définition de l’être humain, c’est cette définition la pierre de touche de tous les instruments internationaux et de la société internationale elle –même. Que dit l’article premier de la Déclaration ? :

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Liberté et égalité de droits, conscience et rationalité, fraternité, appartenance fondamentale à la même famille humaine.  L’être humain est caractérisé comme un être doué de rationalité, capable de connaître la réalité et de la comprendre, de dialogue avec autrui sur une base commune : la commune rationalité.  Le philosophe C. S. Peirce l’exprime simplement : Donnons à un être humain quelconque une information suffisante sur une question quelconque, amenons-le à examiner cette question de façon suffisamment approfondie, le résultat sera qu'il arrivera à une certaine conclusion définie ; cette conclusion sera exactement la même que celle que tous les autres atteindront dans des circonstances suffisamment favorables.

L’être humain est également un être moral. Parce qu’il est libre, il peut décider de ses actes et sa conscience –éclairé par sa raison -  le guide dans la poursuite de son devoir.  Rousseau l’a exprimé de façon brillante dans l’Émile : Conscience ! Conscience ! Instinct divin, immortelle et céleste voix, guide assuré d’un être ignorant et borné, mais intelligent et libre ; juge infaillible du bien et du mal, qui rend l’homme semblable à Dieu, c’est toi qui fais l’excellence de sa nature et la moralité de ses actions ; sans toi, je ne sens rien en moi qui m’élève au-dessus des bêtes.

Alfred Fernandez