06/11/2018

Le rôle des acteurs religieux dans la prévention et la solution des conflits

Le rôle des acteurs religieux dans la prévention et la solution des conflits : une rencontre ce vendredi de 1045 à 1200 au Palais des Nations (Salle XI) dans le cadre de la "Geneva Peace Week"

 

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30/10/2018

Hommage à Alfred Fernandez

Le Centre Universitaire Henry-Dunant a l’immense tristesse de faire part du décès de M. Alfred FERNANDEZ, 
Directeur général et Co-fondateur du Collège Universitaire Henry Dunant (CUHD).

Alfred Fernandez s’est éteint, le lundi 29 octobre à Genève des suites d’un cancer.

Alfred Fernandez était membre de la Chaire UNESCO de l’Université de la Rioja (Espagne), et de l’Université de Bergame  (Italie) ; Professeur d’éducation comparée à l’Université de Genève, et directeur du Bureau de l’UNED (Université nationale d'enseignement à distance - Espagne) en Suisse. Il était également le coordinateur de Plateformes à l’ONU pour le Droit à l’éducation et de la Plateforme  pour la Diversité et les Droits Culturels.

Alfred a travaillé toute sa vie, professionnelle et personnelle, pour la promotion et protection des droits de l’homme¸ notamment pour le droit à l'éducation et la liberté d’enseignement, un droit humain fondamental pour le développement de la personne. Alfred  a participé comme expert ou représentant de la société civile à des centaines de réunions internationales sur le droit à l’éducation, les droits économiques, sociaux et culturels dans le cadre des Nations Unies, de l’UNESCO, du Conseil de l’Europe, de l’Union Européenne.  Au cours de sa fructueuse et longue carrière, il a créé plus d’une vingtaine de programmes de formation en droits de l’homme et formé plus de 2000 participants de plus de 110 pays différents.

Pour celles et ceux qui ont eu l’immense honneur et bonheur de travailler ou collaborer avec lui, nous gardons le souvenir d’une personne humble, lumineuse, d’une grande ouverture d’esprit.  Alfred était toujours à l’écoute. Pourvu d’une intelligence hors pair, d’une bonté naturelle, d’une gentillesse et d’une sensibilité exquise, Alfred était naturellement très respecté de tous.

La bonne humeur , l'entregent et l’optimisme d’Alfred vont beaucoup nous manquer.

Les équipes du CUHD et de l’OIDEL continuent leurs activités respectives et rendent ainsi hommage à Alfred Fernandez. 

Les obsèques auront lieu à l'Eglise Sainte Thérèse, (Avenue Peschier 12, CH-1206, à Genève) le vendredi 2 Novembre à 14h00.

A partir de mardi après midi on peut veiller sa dépouille à la chapelle funéraire Murith (Boulevard de la Cluse, n°89 CH-1205, Genève).

 

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22/08/2018

Réflexions sur l’intelligence artificielle

Réflexions sur l’intelligence artificielle

Nature et artifice

 

Par le Professeur Philibert Secretan

 

 

1. Introduction

II. Répliques au transhumanisme

Dépasser l’homme

Le  vivant

III. Vie et singularité

IV. L’esprit

V. Nature et fonctions

VI. Intelligence et raison

VII. Intelligence artificielle et humaine

VIII. Vérité et réalité

Qu’est-ce qu’un artifice ?

IX. Regards sur un auteur controversé : Yuval Noah Harari

 

 

 

 

1. Introduction

 

Je commencerai par faire miennes quelques remarques d’un ami espagnol :

« Aujourd’hui on ne dira plus qu’il n’y a pas de Dieu, mais que c’est une construction de notre cerveau, de notre réseau neuronal ; qu’en plus, nous savons quelle est la région du cerveau où s’élabore cette invention, car nous pouvons le détecter dans les stades de l’exaltation mystique. Et cela seules les neurosciences le savent, si ce n’est pas aujourd’hui ce sera demain.

» La raison a l’épaisseur de la chair. Car rien de ce que nous sommes n’est extérieur à notre être de chair, de notre chair humble et humide, y compris évidemment, le réseau neuronal et les synapses chimiques et électriques. Rien en nous, ni ce que nous pensons et disons, ni ce que nous faisons, n’est déconnecté des humeurs de notre corps. Seule la science de la logique serait une science sèche, car elle se construit en abstrayant tout ce qui n’est que lien de propositions ; liaisons évidemment essentielles dans la construction de la sphère des ordinateurs.

 

En résumé, nous pouvons dire que la raison n’est pas linéaire, purement analytique et logicienne, mais qu’elle a l’épaisseur d’un réseau de compossibilités en recherche d’une cohérence pour atteindre la vérité, et donc le bien, ce pourquoi ce qui est définitivement nôtre est la réalité qui se donne à nous. Réseau de compossibilités, c’est-à-dire : la conjonction rationnelle de lignes de pensée, d’action et de vie de notre chair, qui convergent dans des réalités et confluent vers une réalité fondatrice. Le pas à faire entre l’étant — siendo— et l’être — ser— relève de l’effort métaphysique du philosophe... La raison ne se résume pas à un savoir [de l’étant] ; elle a une ouverture essentielle sur la volonté, c’est-à-dire sur le désir [d’être][1].

 

II. Répliques au transhumanisme

 

Plusieurs thèmes porteurs vont se trouver associés dans un ensemble de réflexions suscitées par ce qu’il convient d’appeler le transhumanisme, c’est-à-dire la perspective d’un couplage entre l’homme et des artifices qui permettraient le passage de l’homme à une manière de surhomme. Une reconnaissance clairvoyante, même sommaire, des neurosciences, de la robotique et de l’intelligence artificielle devrait suffire à l’encrage critique d’une réflexion métaphysique.

 

Dépasser l’homme

 

Dépasser l’homme peut signifier deux choses : Faire évoluer l’homme dans sa condition actuelle vers une condition meilleure : faire vivre l’homme plus longtemps avec moins de maux, ou changer le statut de l’homme dans l’ensemble des vivants ; de l’humain traditionnellement placé entre l’ange et la bête (Pascal), dont il partage d’une part le corps et d’autre part l’esprit, mais en assumant le corps dans la sphère de l’esprit et en inscrivant l’esprit dans la réalité physique du corps.

Pascal a la sagesse d’écrire que l’homme n’est ni l’un ni l’autre, mais ne dit pas expressément qu’il est un vivant, ni que la vie se manifeste tant dans le corps que dans l’esprit. Mais lorsqu’il affirme : « Descartes faux et inutile », je vois cette fausseté non pas dans le cogito, effectivement porteur d’une vérité première, mais dans la séparation de l’homme en deux « natures » : le corps physique et l’esprit pensant, en deux régions hétérogènes de l’être ; plus tard en deux types de sciences. Un dualisme généralisé se répand alors, non sans continuellement rechercher les points de jonction, des interfaces, entre les deux hémisphères ; ou non sans tenter de les réduire l’une à l’autre dans un idéalisme ou un matérialisme à chaque fois totaux et unifiants.

 

Le  vivant

 

La vie se cache-t-elle sous le terme de l’âme, sous les figures de l’animation du corps, de la sensibilité vive, de l’intelligence qui donne après avoir reçu, de l’esprit qui crée, se révolte ou se soumet. Je le pense et le crois. Or, cette vie profonde, lorsqu’elle est niée, laisse un corps à l’état de machine, une sensibilité à l’état de réponses à des stimuli, l’intelligence à l’état d’un formalisme algorithmique, l’esprit à l’état d’un en-soi virtuel.

Mais la vie ainsi manifestée est irréductible à l’une au l’autre de ses manifestations. Elle n’est ni purement biologique, ni essentiellement psychique. Elle est concrètement et par définition en chaque vivant. En ce sens, elle est à la fois universelle et concrétisée en tout vivant. Aristote appelle l’homme un zoon, un vivant animé, logon echon, doué de parole et d’entendement.

 

Il faudra longtemps pour que se dégage la première idée moderne : celle de l’individu, mais alors encore chargée du préjugé que cette logicité et cette raison qui font l’homme est individué par le corps.

La troisième étape fut de reconnaître tout le sens de l’individua persona, d’un être indivis et indivisible ; d’un être qu’il ne faut pas diviser et qui doit précisément vivre par lui-même une dualité de personnalité et de rationalité qu’aucun artifice ne saurait ni nier ni imiter.

 

III. Vie et singularité

 

La vie ne se laisse pas enfermer dans le couple matière/forme qui vaut autant pour le vivant que pour la machine, et dont l’usage peut conduire à de graves erreurs. La vie n’est ni un substrat matériel ni une forme abstractible ; elle n’est pas simplement un ensemble de faits biologiques qui sollicite primairement un travail d’abstraction, ni le côté dynamique des algorithmes à quoi tout est censé se réduire.

Dès lors donc qu’un artifice se présente exclusivement comme un substrat matériel mis en forme, voire qu’il s’immatérialise en énergie pour accéder à une formalité purement opératoire, on en a exclu la vie profonde qui justifie de l’assimiler à du vivant, et encore moins à de l’humain. Car c’est sur fond de vie qu’il faut parler d’un « indivis » unique, réel sous la double espèce du corps et de l’esprit, mais et dont on connaît toujours mieux l’organe où se compénètrent le corps et l’esprit, à savoir le cerveau humain.

On doit pourtant souscrire à ce qu’affirment deux spécialistes de la robotique et de l’intelligence artificielle : « La biologie n’a actuellement rien à dire sur l’individuation ou la singularité du cerveau qui soutient nos différences individuelles. Les neurosciences n’ont pas d’outil théorique et surtout expérimentaux pour capturer, identifier ces différences biologiques et fonctionnelles dans des cerveaux qui semblent (...) obéir à un patron d’organisation univoque. Le paradoxe est là : au sein d’une espèce comme la nôtre, le déterminisme biologique doit permettre la reproduction précise, entre les générations, d’une organisation très homogène, telle que le cerveau. Car nous accomplissons tous de manière homologue des gestes répétitifs et nous éprouvons et quasi identiques et éprouvons des sentiments ou avons des pensées qui peuvent se ressembler. Mais à l’intérieur de cette enveloppe commune, nous sommes tous singuliers et uniques, surtout sur le parcours d’une vie entière. »[2]

 

Or, cette singularité et cette unicité appellent à se demander : Ont-elles un principe qui le rende inimitable ?

 

IV. L’esprit

 

Contre toute une tradition qui fait de la matière le principe d’individuation, j’admets que c’est l’esprit qui est le plus fondamental principe d’individuation. L’ange, esprit pur, est aussi à chaque fois unique en son essence, dit la scolastique. Cette unicité de l’esprit se communique au vivant, d’autant plus singulier qu’il est spirituel. Le spirituel n’est pas universel, comme le pensait Hegel. On ne parlera de l’universel qu’en termes de concret ou d’abstrait. L’univers est d’abord l’universel concret de la nature matérielle, forme de la vie ; l’universel abstrait et ce que l’intelligence dégage du concret comme correspondant à des lois de configuration que Kant a eu raison d’attribuer à la raison appelée pure.

Entre intelligence et raison, il y a la différence d’une ordination au cosmos et la capacité de schématiser le réel au point de le rendre calculable. Or seule cette faculté rationnelle est imitable, et cela uniquement dans les limites du traitement combinatoire de données, mais pas comme l’intelligence logicienne ou intuitive qui la sous-tend.

Est enfin universel ce qui est commun à tous, mais sans que cette communauté englobante ne démente la concrétude matérielle des choses, ni la formalité de l’intelligible, ni la singularité de chacun.

Or ce statut de singularité est inimitable par un artifice. Celui-ci n’est pas un héritier de l’intelligence humaine, au sens où il serait « de même nature » que son auteur. Il n’y a pas d’homogénéité possible entre l’intelligence individuelle et l’intelligence artificielle, entre l’homme et le robot. Une relation à un robot serait moins riche de sens que l’affection personnelle d’une fillette pour sa poupée. La poupée prépare à l’enfant. Être adulte, c’est remplacer la poupée par l’enfant. Ne sont imitables que certaines fonctions remplies par l’intelligence ou qu’accom¬pagne l’intelligence. En retour, on peut dire : Il faut avoir projeté sur le vivant la fonctionnalité du mécanisme pour réduire ce vivant à ce qui est un « ensemble » de mieux en mieux à même de reproduire l’ensemble de ses fonctions, donc d’imiter une manière d’autonomie. Cette réduction est aujourd’hui soutenue par l’idée que la procréation assistée par la science fait de la science la grande génératrice — et non plus la vie.

 

V. Nature et fonctions

 

Peut-être faut-il réapprendre à distinguer entre la nature d’une chose et l’ensemble de ses fonctions. Les fonctions s’observent dans leurs régularités et s’expliquent par des enchaînements de causalité. Or, la nature relève de quelque chose qu’on pourrait appeler une métaphysique négative. La nature d’une chose se déclare lorsqu’on sait ce qu’elle n’est pas. La connaître, c’est l’expliquer. C’est à cette limite que se séparent la nature et la fonction. La science a dû se défaire de l’idée de nature, qui n’est pas de son ressort. Mais son impérialisme l’a conduite à se considérer comme seul agent légitime de la vérité, ce qui l’a dangereusement distancée de la sagesse.

La sagesse est l’intelligence de l’esprit, la science est l’intelligence de la raison, dont la qualité première est effectivement la critique. Si j’évoque ici la sagesse, c’est uniquement pour signaler qu’il n’a pas qu’une seule forme de l’intelligence, mais que cette diversité est celle de l’intelligence humaine qui ne saurait inclure l’intelligence artificielle. Cette nouvelle modalité de la prétendue « intelligence n’a pas droit au titre d’intelligence ». Les « capacités » de NA ne sont pas de l’ordre de l’intelligence. Et comparerait-on les capacités d’un robot et celles d’un enfant, cela ne justifierait pas d’en déduire l’intelligence du robot. Peut-être faudra-t-il attendre qu’un robot devienne « fou » pour le comparer à une folie humaine.

« L’intelligence artificielle n’est pas de l’intelligence. Aujourd’hui personne ne sait encore comment reproduire une intelligence humaine ; ce n’est pas en agrégeant des programmes spécialisés dans les jeux ou le classement d’images que nous y parviendrons. L’intelligence artificielle n’est ni plus ni moins qu’une capacité d’analyse et de traitement extrêmement rapide de grandes masses de données dans des délais très courts Une capacité dépendante d’un contenu dispensé de près ou de loin par l’homme. »[3]

 

VI. Intelligence et raison

 

C’est ici qu’il convient de réfléchir sur ce qui distingue l’intelligence de la raison. Il ne suffit pas de distinguer entendement et raison, Verstand et Vernunft, mais de voir si l’entendement comprend un moment qui dépasse la perception et la réception qui situent le sujet dans une position de passivité ; s’il y a un moment d’activité, de pénétration, que l’allemand traduit par ein — (Einsicht, Eingebung) et que le latin conserve dans l’in notamment de l’intelligence et de l’intuition. La phénoménologie est en ce sens une revanche de l’intelligence sur la raison.

La raison est essentiellement un traitement du perçu, une organisation du donné, qui valorise considérablement la règle d’organisation, la législation du discours, la police de l’esprit, comme disait Alain. En latin ratio dit effectivement la ration, ce qui revient à chacun, ce qui est proportionné à son besoin, mais c’est la proportion qui a pris le dessus, car cela relève de la mesure et est facilement la proie des nombres.

L’intelligence est vivante, la raison est abstraite, indifférente à la vie et à la mort, Ce pourquoi elle peut être artificialisée. « Intelligence artificielle » est une contradiction dans les termes. Parlons, s’il le faut, de raison artificielle, à commencer par l’invention toute pratique de Pascal, qui fut effectivement un artifice en vue d’opérations purement rationnelles. Mais ne confondons pas l’intelligence de l’inventeur, aujourd’hui le génie des ingénieurs et ce que reproduisent les robots.

Or, c’est bien là que se cache la difficulté : les robots ne sont pas capables que d’opérations rationnelles, mais ils peuvent effectivement recevoir quelque chose que l’homme, lui aussi, peut recevoir lorsqu’il entend. Le robot semble donc rejoindre l’entendement dans sa passivité réceptrice et dans les traces neuronales que laissent ces réceptions, ce qui est loin de l’intelligence donatrice. Je ne pense pas qu’un artifice puisse un jour avoir une Eingebung, une intuition donatrice de sens.

Travailler sur l’idée de raison c’est aussi s’intéresser à ce qui en fait la nécessaire valeur. En effet l’intuition est menacée d’un compagnonnage à la fois noble et dangereux : celui de l’imagination, dont Pascal dit avec une admirable précision que lui manque le sens du vrai et du faux. Est-ce à dire que l’intuition a besoin d’un autre compagnonnage : celui de la raison critique, donc de la raison qui ne fait pas que tisser des abstractions, mais qui discerne, sépare, juge et qui en ce sens soutient l’intelligence au-delà du pur acte d’intuition qui la caractérise superbement. La raison, juge du vrai et du faux ?

C’est en ce sens que nous disons de quelqu’un qu’il avait ou a raison. Cela ne signifie pas qu’il est doué d’entendement, mais qu’il voit, qu’il juge juste. La raison est alors bien ce rempart nécessaire contre les envahissements possibles d’une imagination sans règles.

Il faut raison garder signifie alors : il faut garder une distance critique jusque dans les avancées les plus audacieuses de l’intuition, ce qui est un précepte « pratique » relatif à la vie de l’esprit. Sapere aude. Ais le courage de penser. Mais qu’est-ce que le courage sans la prudence ?

 

VII. Intelligence artificielle et humaine

 

Ces multiples distinctions sont essentielles dès que des illusions sont entretenues par des contre-vérités. La prétendue intelligence artificielle ne pourra jamais rejoindre et encore moins dépasser l’intelligence humaine ; au plus va-t-on rabaisser l’homme à ce que peut la machine.

Ce qui néanmoins est vrai, c’est que les robots et les engins capables de prodiges techniques inconnus jusqu’ici vont considérablement changer non pas l’homme, mais les conditions dans lesquelles l’homme va évoluer. Mais ce n’est pas l’homme selon sa nature, mais l’homme selon sa condition qui va évoluer. Mais comment évoquer la nature en dehors de la condition ?

 

Le concept grec de phsisque les latins ont traduit par natura, retient l’idée de l’émergence, de la naissance et par là d’une origine, mais d’une origine qui différencie. Avoir une nature, c’est être différent de.... On s’y identifie par une nature commune. Le glissement vers l’essence est alors inévitable, et vers une nécessité d’être ceci et pas cela. Je ne crains de dire que tous ces glissements métaphysiques ont contribué à séparer la nature de sa force d’émergence, des dynamiques et de sa plasticité, qui par ailleurs ne saurait être coupée de sa durée et de sa consistance constante. Mais si l’on déplace la constance et l’invariance du côté de la nature essentielle on fixe nécessairement les variations du côté des conditions, et des conditions d’existence'', en oubliant que non seulement la nature ne se réduit pas à l’invariance essentielle et que la condition ne se réduit au circonstancie, mais conduit à sa façon vers l’idée d’établissement et de construction. L’homme est selon sa nature ni un végétal ni une machine, mais établi dans le monde, il vit dans des conditionsvariables et peut largement modifier ses conditions d’existence[4]. Un reste de réalisme fera dire aux plus honnêtes que ce sera en bien et en mal, que des règles de prudence seront à respecter, que des législations seront nécessaires qui, elles, ne seront pas du ressort de la Science.

 

VIII. Vérité et réalité

 

Ces considérations ne vont évidemment pas convaincre le scientifique qui a fait de la Science une doctrine, c’est-à-dire qui admet, en tant scientifique, qu’il n’y a de vérité et finalement de réalité qu’établies par la Science. Là est un saut ontologique majeur : non plus seulement la vérité, mais la réalité. Un saut et un renversement complet de la relation au monde, car il ne s’agit plus de tirer de la réalité du monde ce qui est proprement intelligible, mais de créer scientifiquement une autre réalité pour transformer le monde. La réalité ne s’appelle plus réalité, mais factualité, La resest remplacée par les data, les données à traiter selon des exigences scientifiques qui valent par elles-mêmes, c’est-à-dire sont déconnectées de l’intelligence qui les produites.

On comprend alors que cette science déconnectée de l’intelligence, totalement autosuffisante dans son aséité, l’est aussi de toute sagesse. De cette sagesse, qui, au moins, dans l’intelligence humaine, est une manière de « bonne police de l’esprit », d’agent qui dénonce ce que Jaspers appelle la Unvernunftder Vernunft, la déraison de la raison. Mais ici il ne suffit plus d’une vigilance critique sur l’usage de la raison, mais de la sauvegarde de l’intelligence dont la raison n’est que la part la plus apte à entrer en jugement avec elle-même. La critique est alors le moment où la sagesse spirituelle se manifeste comme sagesse intellectuelle.[5]

 

Qu’est-ce qu’un artifice ?

 

Il ne suffit pas de répondre que c’est quelque chose de fabriqué, qui donc ne pousse pas dans la nature. Mais on peut d’emblée dire que l’artifice se distingue de l’œuvre d’art qui, elle, est inséparable de la vie et de la personne d’un homme ou d’une femme doués d’un savoir-faire spécifique, et dire qu’elle le ou la « présente » avant de représenter quelque chose. Cette « femme » est un Renoir avant d’être un personnage féminin ; ce « cheval » un Marc avant d’être un animal à monter.

L’art dit abstrait veut que tel ensemble de figures géométriques soit un Mondrian, mais que ce géométrisme participe de l’abstraction qui, elle, est une opération extrêmement significative de la raison. D’une raison qui n’est plus le logos grec, ni la ratio scolastique, ni l’entendement de Leibniz.

C’est l’abstraction que fait du nombre un chiffre, qui réduit un mot à un signe, qui finalement fait surgir un univers séparé dont la mathématique est le premier gestionnaire. La déréalisation de l’abstrait débuta sa carrière avec l’admission du zéro, du 0, comme indicateur d’une opération intellectuelle, à savoir une multiplication par un nombre sélectionné arbitrairement : 1/0, lui-même multipliable indéfiniment par lui-même.

Or, arrive le moment où cette multiplication, qui est encore tributaire du multiple, du peu ou beaucoup, est à son tour abstraite dans l’équivalent non métaphysique, purement factuel, du : quelque chose et rien — en chiffres : 1/0. Mais c’est au moment où l’énergie de détente physique, pensez à un muscle ou un ressort, est remplacée par celle de la pulsion électrique que le « passe/ne passe pas » prend une valeur universelle précisément exprimée par le 1/0.

Ce que nous appelons « artificiel » est la combinaison de deux abstrac-tions : celle des opérations avec des nombres combinables et contrinables à l’infini parce qu’ils ne signifient plus qu’eux-mêmes, et celle de de la pulsion réductible à « oui ou non ».

Mais l’artifice ne prend visage de réalité qu’au moment où, malgré tout, l’énergie électronique est appliquée à des matériaux susceptibles d’être assemblés dans des reproductions qui ne sont elles-mêmes qu’à l’image des œuvres d’art. Il existe de magnifiques robots.

 

Lorsque l’artifice prétend imiter ou reproduire la nature ou l’œuvre d’art, il oublie complètement que l’œuvre d’art n’est justement pas une imitation, mais l’expression d’une âme, imaginative et sensible en contact de la réalité ; d’une âme que n’a pas la machine et qu’aucun robot n’aura jamais.

L’exosquelette n’est pas une autre jambe. C’est un artifice qui mobilise un membre réel qui a perdu sa mobilité naturelle. On est dans l’ordre du comme si. Tout artifice est de l’ordre du « comme si ». Comme pour l’imitation ; si pour le possible porté toujours plus loin...

 

S’il y a lieu d’admirer le savoir-faire des techniciens, il faut raison garder devant le monde qu’imaginent des savants que saoulent une science triomphante, fermée sur elle-même et qu’a quitté toute sagesse critique ; qui se soustrait à ce regard de l’intelligence sur la raison qu’est et reste la philosophie.

 

IX. Regards sur un auteur controversé : Yuval Noah Harari

 

Spectateur sceptique de la société et de la science américaines, Y. N. Harari s’est fait connaître par deux gros ouvrages : Sapiens et Homo deus. L’un et l’autre parlent de l’homme et de l’humanisme, pour finalement déplorer que l’homme ait trahi la nature et quitté l’ordre naturel pour imposer sa loi à la Nature. Et s’il accompagne de réflexions savantes l’évolution des sciences de la vie, c’est à la foi pour saluer une victoire sur l’humanisme et pour redouter que, encore, cet anti-humanisme ne développe de nouvelles formes de destructions de la nature. Il faut donc lire avec beaucoup d’attention, et parfois de bienveillance un peu forcée, des arguments qui risquent de perdre leur pertinence sous -l’abondance de quelque 900 pages d’une écriture généreuse.

Après avoir distingué trois formes d’humanisme, curieusement conformées à des idéologies englobantes appelées « religions », l’auteur avance un propos à retenir : « Entre les dogmes (individualistes) de l’humanisme libéral et les toutes dernières découvertes des sciences de la vie, s’ouvre un gouffre que nous ne pouvons plus nous permettre d’ignorer. Nos systèmes politiques et judiciaires libéraux reposent sur l’idée que chaque individu possède une nature intérieure sacrée, indivisible et immuable, qui donne du sens au monde et qui est la source de toute autorité éthique et politique. C’est là réincarnation [la reformulation ! (Ph.S.)] de la croyance chrétienne traditionnelle en une âme libre et éternelle qui réside en chaque individu. Depuis plus deux cents ans pourtant, les sciences de la vie ont profondément miné cette croyance. Les hommes de science étudiant les rouages intérieurs de l’organisme humain n’ont pas trouvé l’âme. Ils sont de plus en plus enclins à soutenir que le comportement humain est déterminé par les hormones, les gênes et les synapses, plutôt que par le libre arbitre — par les mêmes forces qui déterminent le comportement des chimpanzés, des loups et des fourmis. »

A la fin du volume suivant, Homo deus, les choses se précisent. Il est en train de se créer une nouvelle religion, tout aussi trompeuse et aliénante que toutes les autres : le dataïsme. Elle est issue de ce qui s’impose au scientifique comme un fait fondamental. Tout est un datum, une donnée. Non pas un donné, le fait d’un don comme le veut Jean-Luc Marion, mais une donnéede fait dénuée de toute réalité propre, sans en-soi, pur objet de traitement scientifique où l’ordinateur remplace l’homme trop imparfait pour traiter une information finalement illimitée.

Dans cette « religion » l’Esprit est remplacé par l’algorithme. « L’algorithme de départ peut être initialement élaboré par des êtres humains, mais en se développant il suit sa propre voie et va où aucun homme n’est encore allé.., et où aucun homme ne peut le suivre. » (HD 423). L’esprit souffle où il veut.

Et puis, comme toute religion, le dataïsme est naturellement dominateur et mystificateur, et par là même fondamentalement contestable :

« Il est douteux que la vie soit réellement réductible aux flux de données » (ibid). « ... peut-être découvrirons-nous que, tout compte fait, les organismes ne sont pas des algorithmes. »

Ce qui, telle une arche de Noé, émerge du déluge dataïste sont des doutes relatifs à la vie et aux organismes vivants ; puis, curieusement, aux décisions, notamment économiques et politiques. Celles-ci sont-elles irréductibles, en tant que faits volontaires, à des calculs décisionnaires en oui/non ? Ou s’agit-il de sauvegarder dans les organismes sociaux quelque chose qui échappe à la nécessité algorithmique ?

Le dataïsme comprend de mieux en mieux les processus de décision, mais il se pourrait bien qu’il adopte une vision de la vie de plus en plus biaisée (ibid). « Peut-être y at-il dans l’univers quelque chose qui ne saurait être réduit aux datas. »

Ce sont des hypothèses (sceptiques ?) de ce type qui signalent que Y. N Harari, à la fois dénonce toute religion — et surtout le christianisme et le communisme — pour avoir gagné un pouvoir considérable « malgré leur inexac¬titude factuelle », et cherche à sauvegarder quelque chose. Mais ce quelque chose n’est pas l’homme sous sa modalité de homo sapiens. Ce qu’il s’agit de sauver est une relation humble de l’homme, dégradé de sa sapience, à une grande inconnue qui nous impose de nous préoccuper de l’immédiat, de nous concentrer sur la conscience de notre fragile petitesse et de regretter le mal fait aux créatures « inférieures ».

Mais faut-il simplement admettre que l’intelligence humaine est si totalement remplaçable par l’intelligence artificielle que nous nous reste que ce peu de fierté défensive ?

N’y a t-il pas lieu de s’interroger : Si toutes les « religions » monothéistes ou monolithiques sont écrasantes par leur puissance à imposer de trompeuses convictions, n’est-ce pas le christianisme qui, en prêchant un Dieu unique, mais trinitaire et incarné donne à l’homme l’humble fierté d’avoir été rejoint et anoblie par un Dieu Père — et pas seulement Maître et Tyran remplaçable d’âge en âge ? A un homme, on l’a dit, de nature donnée et de condition variable, y compris la rencontre et l’accès à des capacités surprenantes, mais porteuses d’espoirs, et de dangers évidents, induits par des développements d’une ampleur encore insoup¬çonnée. Un homme à qui le bien et mal ne seront jamais étrangers.

 

Concluons avec le professeur Harari qui demande : « Qu’adviendra-t-il de la société, de la politique et de la vie quotidienne quand des algorithmes non conscients, mais hautement intelligents nous connaîtront mieux que nous — ? » (11D, 427) Quand se sera éteint le dernier astre, la dernière trace de l’esprit...

 

 

Philibert Secretan

 

Genève, le 22 août 2018

 

 

[1]« A. Pérez de Laborda, Una mirada al ser. Ed. Encuentros, Madrid 2013. p, 491-503

 

[2]Daniel Tritsch et Jean Mariani, Ça va la tête ? Belin, Paris 2018, p.138-139.

 

[3]Tomasso Poggio et Frédéric de Combert, in « L’homme continue d’avoir le dernier mot », Le Monde (Hors série) mars-mai 2018, Dans la tête des robots, p.33.

 

[4]Dans l’unité singulière de la personne, c’est l’esprit qui lie l’essence et l’existence selon des modalités qu’il n’y a pas lieu de fixer ici.

 

[5]L’erreur d’Auguste Comte fut de ne voir dans la critique que le côté négateur, qu’il dût remplacer par la positivité de la science, mais alors totalement tournée vers l’Être sous tous ses aspects : religieux, social, scientifique.

17/07/2018

25ème Université d’été des droits de l’homme : spécialisation en droits économiques sociaux et culturels

Du 9 au 13 juillet 2018, s’est tenue la 25ème université d’été des droits de l’homme organisée par le CUHD. Le thème était les Droits Economiques, Sociaux et Culturels (DESC), leur mise en œuvre, leur contexte et leur surveillance entre autres choses. Mais d’autres thèmes ont aussi été abordés comme celui des Objectifs de développement durable (ODD), celui des migrations ou encore celui de l’éducation aux droits de l’homme. Le programme proposé était chargé pour cette session présentielle avec une vingtaine de participants, provenant de nombreux pays francophones, et presque autant d’intervenants, qu’ils soient docteurs, professeurs, représentants d’ONG. De plus le contexte est particulier en cette année des 70 ans de la Déclaration des Droits de l’Homme de 1948.

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En ce lundi 9 juillet au matin, les participants arrivent au compte-gouttes dans le très beau bâtiment qu’est celui du Campus Biotech, qui ouvre ses portes à l’Université d’été pour trois des cinq jours de la session. Le temps que tout le monde arrive dans la salle, que les présentations se fassent et que le (tout) petit-déjeuner soit dégusté, Claire de Lavernette peut maintenant introduire la semaine avec un petit rappel général sur l’origine et les principes des droits humains. Puis Camille Gervaix, coordinatrice des activités du CUHD détaille toutes les informations techniques et pratiques et nous présente Luis Vázquez, le coordinateur de la session. Ensuite, Nuno Cabral, membre de la Mission permanente du Portugal auprès de l’ONU donne son cours sur « Le système international de la protection des droits de l’homme ». L’après-midi, la discussion portait sur les ODD et leur réalisation grâce à une approche basée sur les Droits de l’Homme avec Pablo Nuño, de la Mission permanente espagnole. À l’issue de cette première journée, les participants se sont rendus à la Mairie de Lancy, commune mécène, pour une réception et faire plus amplement connaissance.

Le lendemain se déroule dans les locaux de Centre international de conférence de Genève, pour une journée abordant le thème des migrations. Cette journée, co-organisée par le CUHD et l’association africaine REFORMAF, s’articule comme une suite de petites conférences. Michel Veuthey, président du CUHD, ouvre le bal avec le droit international des migrations. Il est suivi par Felice Rizzi de la Chaire UNESCO de l’Université de Bergame, à propos de « Migrations et Coopération Internationale ». Après une pause repas bien méritée, trois régions africaines, et leurs défis migratoires, sont illustrées par trois membres de REFORMAF, avant d’entendre le brillant exposé du Pr. Blaise Tchikaya, et de Biro Diawara intitulé « Migrations africaines et droits de l’homme ». Enfin pour clôturer cette journée intensive, le Dr. Mukundji s’exprime sur les Objectifs de développement durable en République Démocratique du Congo et Arthur Huiban, sur l’insertion sociale et professionnelle des migrants guinéens en Suisse.

Le mercredi, au Bureau International de l’Education (BIE), est consacré à l’éducation aux droits de l’homme qui est une part très importante de la mission du HCDH, mais ce n’est pas une notion parfaitement évidente. C’est pour cela que Claire de Lavernette, également présidente de la Plateforme d’ONG sur l’éducation aux droits de l’homme à l’ONU, intervient ce matin-là, juste après l’étude de Stefania Gandolfi de la Chaire UNESCO de l’Université de Bergame, sur le droit à l’éducation au Burkina Faso. À partir de l’après-midi, le groupe est séparé en deux, le premier est allé au Palais des Nations pour suivre le Mécanisme d’experts sur les droits des peuples autochtones, l’autre est resté au BIE pour un après-midi avec l’Observatoire International des DESC (ObiDESC).

Le jeudi matin, les groupes s’inversent et doivent se retrouver après le déjeuner au Campus Biotech pour débriefer le Mécanisme d’experts sur les peuples autochtones avec Luis Vázquez avant de terminer la journée avec Rubén Navarro qui nous propose une simulation d’une négociation de résolution.

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La matinée de l’ultime journée de cette intense semaine rime avec évaluation. Des deux côtés puisque les élèves ont évalué la session et la session a ensuite évalué les élèves via le contrôle final des connaissances. Le temps de le corriger pendant l’après-midi, les futurs spécialistes en DESC se sont mis en petits groupes afin d’effectuer un travail de recherche sur leur pays d’origine et de le présenter. La 25ème session s’achève à la Mairie de Cologny, ville mécène et voisine de Genève, pour la cérémonie de remise des diplômes.

Cette  session a contribué à partager des expériences et à réfléchir avec des personnes de différents horizons, sur la manière de traiter les défis actuels des droits de l'homme, des droits économiques sociaux et culturels, et la responsabilité civique que nous avons dans ces domaines.

 

Hugo du SUAU

23/01/2017

Mohamed VI: les terroristes vont en enfert

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En août 2016 le souverain marocain dans un discours à la Nation relativement peu commenté dans les  médias a eu des mots très forts contre les terroristes qui agissent au nom de l’Islam.

« Les terroristes qui agissent au nom de l’islam sont des individus égarés condamnés à l’enfer pour toujours, a affirmé Mohammed VI. Ils instrumentalisent certains jeunes musulmans, plus particulièrement en Europe, et exploitent leur méconnaissance de la langue arabe et de l’islam véridique pour relayer leurs messages erronés et leurs promesses dévoyées. »

Le Roi a « invité » les 5 millions de Marocains vivant en Europe et dans le reste du monde « à rester attachés aux valeurs de leur religion et à leurs traditions séculaires face à ce phénomène qui leur est étranger ». Il a « exhorté » ses concitoyens « à être toujours en première ligne parmi les défenseurs de la paix, de la concorde et du vivre-ensemble dans leurs pays de résidence respectifs ».

En savoir plus 

Alfred Fernandez

 

28/10/2016

Solidarité internationale: principe ou droit?

 

 

 

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Dans le cadre de la Décennie du rapprochement des cultures, le CUHD organise un séminaire de formation et recherche. Le but est d’approfondir la notion de solidarité humaine sur la base d’un dialogue interculturel respectueux de la diversité culturelle et des droits de l’homme, dans un climat de confiance et de compréhensions mutuelles. Le thème s’inscrit dans le débat en cours sur la solidarité internationale au sein du Conseil des droits de l’homme. Ce séminaire est organisé en étroite collaboration avec les Chaires UNESCO de Bergamo, La Rioja, et les Universités de Sétif 2, Dimitrie Cantemir (Roumanie), Estrémadure et Saragosse et fait suite aux trois sessions que nous avons organisées avec ces partenaires sur les thèmes: Raison et conscience communes, Liberté et égalité et Famille humaine : solidarité et fraternité.

 Le séminaire se tiendra à Genève du 3 au 5 juillet 2017 lors des réunions des mécanismes de protection des droits de l’homme. Il comportera des visites aux organisations internationales et le suivi des mécanismes.

 Les langues de travail seront le français et l’anglais. Cette réunion scientifique est destinée à des doctorants ou professeurs en début de carrière des Universités participantes au projet. La priorité sera donnée aux femmes.

Les interventions et les conclusions du séminaire seront publiées dans un e-book qui contribuera au débat sur la Déclaration sur la solidarité internationale du Conseil des droits de l’homme.

 Contact: Camille Gervaix, coordonnatrice des activités

 

13/10/2016

De la tolérance à la laïcité: Colloque à Ferney

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Ce week-end à Ferney Voltaire se tiendra un colloque sur le thème de la Tolérance à la laïcité que nous co-organisons avec l'Institut supérieur des religions et la laïcité de Lyon 2 et la Mairie de Ferney Voltaire. Ce colloque s'inscrit dans une vaste initiative de l'Institut appelé Assises des religions et de la laïcité. On trouvera le programme complet sur le site de la Mairie de Ferney

http://www.ferney-voltaire.fr/agendas/les-assises-de-la-l...

Tolérance et laicité. Relation entre les pouvoirs publics et les religions. Pardonnez-moi si j’aborde la question à la façon du "persan" de Montesquieu, en partant de ce qu'un spectateur, disons objectif, perçoit des sociétés occidentales. Et le "persan" perçoit , avant tout, une ambiguïté dans les relations entre les Etats ou les pouvoirs publics et les églises / religions.

 Ambiguïté, parce que d'une part l'Etat est censé protéger les libertés publiques parmi lesquelles la liberté religieuse occupe une place privilégié et que d'autre part, on observe que les relations entre les Etats et les églises / religions dans beaucoup de pays sont tendues voire conflictuelles. Bien sûr il conviendrait de faire la différence entre les religions / églises implantées de longue date et les nouveaux venus, car les tensions que l'on pourrait appeler traditionnelles se sont aggravés en Europe avec la venue de l'Islam. Ambiguïté en conséquence qui mérite une analyse plus serrée.

 Dans la tradition politique occidentale ,la protection des libertés publiques est une mission fondamentale de l'Etat, sinon sa mission essentielle. La liberté de pensée, de croyance et de conscience constituent le noyau de ces libertés et on peut affirmer que les libertés politiques: liberté d'association, liberté d'expression et de réunion, par exemple, ne sont que des instruments au service de cette liberté essentielle que j'appellerai pour être bref: liberté de pensée. Ces libertés sont inscrites dans toutes les Constitutions occidentales et figurent ainsi parmi les principes de nos Etats. Inscrites maintenant dans la Charte des droits de l'homme, elles constituent un des principes fondateurs de la communauté internationale (cf. Déclaration universelle des droits de l'homme, art. 18, 19 et 20 et Pacte relatif aux droits civils et politiques, art. 18, 19, 21 et 22 ).

 Or malgré ces engagements solennels, on remarque un état de tension / conflit entre les églises / religions et les Etats, une tension qui s'est aggravée dans les années 90 à la suite de ce que les sociologues ont appelé "le réveil du religieux". Dans les Etats occidentaux ce réveil a fait renaître des tendances dites "laïques" d'une virulence incongrue dans une société démocratique. Ce phénomène demande une étude approfondie qui n'a pas encore été faite.

Alfred Fernandez

 

11/10/2016

Human Rights Education: to move forward

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These recommendations were proposed by the NGO Working Group on Human Rights Education and Learning prior to the High-Level Panel Discussion on the 5th anniversary of the UN Declaration on Human Rights Education and Training at Human Rights Council last session.

 Focus on implementation of human rights education within ot her global education initiatives such as Education First or GCED. All these programs and initiatives are excellent tools but they also bring challenges, including clarification of each vis-à-vis the other and the necessary coordination between them. It is essential to clarify the linkages between human rights education and these initiatives so as to both avoid misunderstandings and allow better implementation without loss of energy, time and resources. Human rights education is part of international law, the UN Declaration of HRET has already defined it clearly. It is different though from civic education, from moral education or from citizenship education, among others.

 Create an international entity or reinforce an existing structure, dedicated to stronger synergy among initiatives of UN agencies, intergovernmental entities and governments. Article 12.1 and article 12.2 of the UN Declaration on HRET stress the importance of international cooperation and complementary and coordinated efforts at all levels in order to contribute to more effective implementation of human rights education. The proliferation of initiatives and programs require coordination, especially at international level.

 Include human rights education in all States reports to United Nations human rights treaty bodies and the United Nations agencies. As stated in article 13.1 of the UN Declaration on HRET, international and regional human rights mechanisms should, within their respective mandates, take into account human rights education and training in their work. Review and monitoring at the national level will in many cases be the most important way to ensure that a State is meeting its obligations. We hope that the high-level panel discussion will be an opportunity to remind heads of State and governments of their commitments to engage in systematic implementation and review of human rights education.

 Budget and allocate resources. The UN Declaration in its article 14 stresses the importance for States to make the necessary resources available as part of the appropriate measures to ensure the effective implementation of and follow-up to the Declaration. It is time to budget specific resources for implementing human rights education and we would like to see a transparent process in which a percentage of the GDP is specifically devoted to Human Rights Education and Training, including financing civil society research work on good practices, initiatives and programs.

 Recognize and support the role of civil society. The UN Declaration on HRET in its Article 8.2 states that the conception, implementation and evaluation of and follow-up to such strategies, action plans, policies and programs should involve all relevant stakeholders, including the private sector, civil society and national human rights institutions, by promoting, where appropriate, multi-stakeholder initiatives.

 Indeed, NGOs, in close collaboration with other actors, can support governments not only in promoting and providing human rights education as stated in resolution HRC/31/l.12 but also at all other stages, including the elaboration and monitoring of the national strategy. Our NGO Working Group remains committed to working in this direction and also to facilitate information sharing at all levels by identifying, collecting and disseminating information on good practices.

Claire de Lavernette, Chair Working Group

 

15/07/2016

Rapprochement des cultures : Famille humaine, solidarité et fraternité

 

Le 14 juillet dernier, à Genève, s'est clôturé le cours de « Rapprochement des cultures : Famille humaine, solidarité et fraternité » organisé par le Collège Universitaire Henry Dunant en collaboration avec l’Université de la Rioja et de Zaragoza (Espagne), l’Université « Dimitri Cantemir » (Roumanie) et l’Université Sétif 2 (Algérie). 

Le cours s’est organisé sous forme de tables rondes où professionnels et participants pouvaient librement débattre sur les notions de solidarité et fraternité. Parmi ces professionnels, se trouvaient Ocatavia Costea, Professeure à l’Université de Cant

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emir (Roumanie), Naouel Abdellatif Mami, Vice-rectrice à l’Université de Sétif 2 (Algérie), Jorge Ferreira, Représentant permanent auprès des Nations Unies de New Humanity, Jan Marejko, Philosophe et écrivain.

Le cours n’a pas seulement donné l’opportunité aux participants d’échanger avec des professionnels, mais les a également permis de suivre le Mécanisme d’Experts des peuples autochtones organisé par les Nations Unies au Palais des Nations où la question du droit à la santé des enfants et jeunes autochtones a été abordée. Par ce biais, ils ont pu bénéficier d’une visite du Palais des Nations.

Tout au long de cette semaine, les participants, issus de cultures différentes, ont fait preuve d’un grand intérêt, partageant leurs expériences et leur vision sur la solidarité et la fraternité. Les échanges et débats ont permis à chacun de regarder au-delà de leur vision de base, ce qui est l’un des principaux objectif de cette formation.

 Jessica Pelissier

07/08/2015

XXI Université d'été: la priorité des droits de l'homme dans le développement

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La session francophone démarre lundi 10 août  à Genève. 20 participants de 12 pays d’Afrique, d’Europe et du Maghreb, sélectionnés parmi 105 candidats, participeront à cette session qui se déroulera jusqu’au 14 août. La formation coïncide avec la session du Comité consultatif du Conseil des droits de l’homme. Les participants suivront la présentation du rapport sur les « fonds rapaces » de Jean Ziegler avec lequel ils dialogueront. Les « fonds rapaces » sont des fonds essentiellement spéculatifs qui achètent à bas prix des dettes émises par des Etats en difficulté pour ensuite exiger leur remboursement notamment avec l’aide des juridictions américaines.

2015 est une date charnière dans l’agenda du développement mondial. C’est la fin des Objectifs du Millénaire et le début d’un nouvel agenda international. Depuis 2013 le programme de l'Université d'été des droits de l'homme s’est focalisé sur l'approche des droits pour le développement. Dans le sillage du Document de l’Equipe spéciale des Nations Unies les droits de l’homme « offrent des orientations pratiques pour concevoir et évaluer les stratégies de développement et en préciser la teneur - par exemple, en donnant la priorité à l'accès universel à de l'eau de qualité, à l'alimentation, à l'énergie, à la sécurité monétaire, aux services de santé et autres biens et services publics essentiels ».

Les participants viennent des institutions nationales des droits de l’homme, de la magistrature, des administrations publiques et des ONG. Le but essentiel de la formation est d’établir une stratégie internationale pour que les nouveaux objectifs du développement, au-delà de la seule économie, incorporent surtout la dimension humaine: « droits de l’homme et démocratie ». La formation  aura lieu notamment au Palais des Nations et au Centre d’Accueil de la Genève Internationale.

Lors de la séance de clôture Pastor Elias Murillo, membre du Comité pour l’élimination de la discrimination raciale et promoteur de la Décennie des Nations Unies des afro-descendants prononcera l’allocution finale. En proclamant cette Décennie, la communauté internationale distingue les personnes d'ascendance africaine comme groupe dont les droits humains doivent être promus et protégés et qui est souvent le plus discriminé. Pour pouvoir accroître leur visibilité et donc promouvoir la réalisation de leurs droits de l’homme et de leurs libertés fondamentales, il est essentiel de reconnaître que les personnes d’ascendance africaine constituent un groupe distinct. En Amérique, ce sont environ 200 millions de personnes qui se considèrent d’ascendance africaine. Des millions d’autres vivent dans diverses régions du monde, et ce, en dehors du continent africain.

Alfred Fernandez