16/05/2008

Education: prière de favoriser les libertés


Le Livre blanc sur la gouvernance européenne  a mis en lumière la crise de Etats-nation: la complexité des questions à résoudre, la rapidité des évolutions technologiques, favorisée par le rôle toujours croissant de la « société de l’information », mais aussi le désintérêt inquiétant du citoyen pour la « chose publique », dès lors, notamment, qu’il s’agit pour lui de voter, tous ces éléments militent en faveur d’une nouvelle distribution des tâches, des responsabilités, mais aussi du financement permettant de faire face à toutes ces responsabilités .

Le rapport de la Banque Mondiale sur l’Etat souligne également avec force la nécessité d’un juste équilibre dans la définition du rôle de l’Etat . Ni trop : car alors les libertés personnelles et la diversité sont menacées ; ni trop peu : car alors, la liberté n’est qu’apparente, soit avec un désordre confinant l’anarchie, soit avec une liberté purement formelle sans les moyens matériels d’être mise en œuvre.

Lorsque les instruments internationaux interdisent que l’on porte « atteinte à la liberté des individus et des personnes morales de créer et de diriger des établissements d'enseignement » , lorsque l’OIT affirme, à propos des peuples indigènes et tribaux dans les pays indépendants que « les gouvernements doivent reconnaître le droit de ces peuples de créer leurs propres institutions et moyens d’éducation, à condition que ces institutions répondent aux normes minimales établies par l’autorité compétente en consultation avec ces peuples. Des ressources appropriées doivent leur être fournies à cette fin » , on n’affirme rien d’autre que l’urgence pour l’Etat, non seulement de « tolérer » mais de favoriser, notamment par des mesures financières, l’émergence de la société civile en matière d’enseignement.

Les réformes éducatives qui s'imposent passent néecessairement par une reconnaissance et une valorisation du rôle d’organisations de la société civile (OSC) éducatives. Ces OSC, il s’agit de les financer d’une manière qui conforte leur indépendance. Dans une récente  étude, nous avons souligné l’importance de réfléchir aux structures de l’impôt pour parvenir à atteindre cet objectif.

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18/04/2008

Droits culturels: accueiller les différences

Les droits culturels sont à l’ordre du jour. En mai prochain le Comité des droits économiques sociaux et culturels débattra de l’article 15 du Pacte relatif au droit de participer a la vie culturelle.

Il est nécessaire de repenser les sociétés en tenant compte de la différence et du droit à la différence parce que le système démocratique actuel (libéral) a voulu se détacher des valeurs pour rester dans le domaine purement formel, opérationnel, dans le but d’accueillir toutes les différences. Mais, de facto, il se montre incapable de les accueillir, car l’application des mêmes règles pour tous ne respecte pas le différent dans ce qu’il a de différent. Il faut bien reconnaître que contrairement à ses prétentions le système n’est pas neutre : « il n’est pas un terrain possible de rencontre pour toutes les cultures, mais il est l’expression politique d’une variété de cultures – tout à fait incompatible avec d'autres.  Le libéralisme est aussi un credo de combat" (C. Taylor).

Il y a erreur à interpréter le droit comme un cadre purement opérationnel. La notion même de libertés publiques, par exemple, n’est pas seulement formelle. La liberté d’expression ne consiste pas dans le droit de dire n’importe quoi, elle est capacité de dialogue, de débat dans l’espace public.

La différence est constitutive de la culture que R. Girard définit « comme un système d’échanges ». Poser la question de la différence dans les termes actuels est donc fausser le point de départ. « Il n’est pas de culture à l’intérieur de laquelle chacun ne se sente « différent » des autres et ne pense les « différences » comme légitimes et nécessaires. Loin d’être radicale et progressiste, l’exaltation contemporaine de la différence n’est que l’expression abstraite d’une façon de voir commune à toutes les cultures. » (R. Girard.)