26/05/2016

Sommet humanitaire mondial à Istanbul : quel bilan ?

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Le premier Sommet humanitaire mondial vient de se tenir à Istanbul les 23 et 24 mai.

Difficile d'en tirer un bilan définitif, malgré le nombre des participants (9.000), des pays représentés (173), des Chefs d'Etat et de Gouvernement (55), des engagements ("commitments") pris tant par les Gouvernements, agences des Nations Unies, CICR, Fédération internationale des Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, ONG, représentants des milieux académiques, de l'économie privée, sans oublier les dirigeants religieux.

Certains absents, comme MSF, avaient réussi à attirer l'attention sur l'urgence de régler des problèmes fondamentaux, comme le respect de la mission médicale en temps de guerre. C'était en effet l'idée originale d'Henry Dunant à Solférino, en 1859, qui apparaît aujourd'hui menacée en Afghanistan - après le bombardement de hôpital de Kunduz - et en Syrie après les attaques à Alep par les deux parties...

Ce Sommet, convoqué par le Secrétaire général des Nations Unies, avec l'appui d'OCHA, le bras humanitaire des Nations Unies, a eu le mérite de poser clairement les problèmes et de les mettre en perspective :

1. D'abord viser à régler et prévenir les conflits, qui sont la source de la plupart des crises humanitaires

2. Ensuite veiller à respecter et à faire respecter le droit international humanitaire, qui devrait permettre de sauver des vies et de préserver la dignité d'êtres humains même au milieu des conflits

3. Inclure toutes les personnes dans le besoin ("Leave no one behind"), à commencer par les réfugiés, les personnes déplacées à l'intérieur de leur pays, les communautés qui les accueillent et aussi les femmes, les enfants, les personnes handicapées 

4. Passer de l'aide d'urgence à la solution des besoins ("From Delivering Aid to Ending Need"): les personnes affectées par les crises devraient être au coeur des décisions, pas seulement des bénéficiaires mais véritablement des acteurs de l'aide. L'action des différents partenaires ("stakeholders") de l'action humanitaire doit aller dans ce sens, dépasser la dichotomie entre aide humanitaire et assistance au développement, viser à renforcer la résilience des populations affectées. L'accent doit ainsi être mis sur les acteurs régionaux et locaux, et sur l'alerte avancée, la préparation ainsi que sur des partenariats innovateurs

5. Investir dans l'humanité:  un financement accru des actions humanitaires, y compris acteurs locaux, devrait être mis en place, y compris par une assistance directe en argent comptant ("cash transfers") aux personnes affectées.
La question du "Grand Bargain" a fait l'objet de discussions animées : s'agit-il d'une augmentation des fonds affectés à l'humanitaire (un milliard de dollars), d'une optimisation des dépenses ou d'une prise de pouvoir de certains puissants donateurs et de quelques grands acteurs humanitaires ?

6. L'avenir : ce Sommet a été un appel à l'action pour davantage d'humanité. Il a lancé un mouvement, une dynamique, et, espérons-le, une volonté politique renouvelée des Etats d'avancer vers cet "Agenda pour l'humanité" ("Agenda for Humanity") et ses cinq priorités : conflits, droit humanitaire, action inclusive, trouver des solutions aux causes des crises humanitaires, donner davantage de moyens aux acteurs locaux, améliorer le financement et assurer une gestions plus efficace de l'usage des ressources disponibles.¨

Le Sommet d'Istanbul, selon les mots mêmes du Secrétaire général, est un point de départ pour un processus qui devrait déboucher sur un nouveau Sommet en 2020. Ce n'est pas une ligne d'arrivée mais un tournant décisif ("It is not an end point, but a turning point").

Cet été, le Secrétaire général des Nations Unies va publier un Rapport, qui sera examiné par l'Assemblée générale des Nations Unies cet automne et qui devrait proposer de soumettre les engagements ("commitments") exprimés à Istanbul à des instances intergouvernementales, des réunions inter-agences et à d'autres mécanismes ("I will propose ways to take our commitments forward through intergovernmental processes, inter-agency forums and other mechanisms").

Comme disait l'Ambassadeur Manuel Bessler (Suisse) "Let's walk the talk", il s'agira de passer des mots à l'action.

A relever aussi que les 19 et 20 septembre auront lieu deux Sommets à New York, le premier convoqué par les Nations Unies, le second par le Président Obama.

En attendant, le Sommet du G7 se réunit au Japon les 26 et 27 mai… Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Japon et Italie font le point sur leurs engagements (« commitments ») en matière d’aide au développement, dans la ligne des Objectifs durables de développement (ODD) adoptés par l’Assemblée générale des Nations Unies en 2015. Le G7 traitera de l’aide au développement et aussi de la paix et de la sécurité, mentionnant la sécurité maritime en Asie et dans le Golfe de Guinée et les opérations de maintien de la paix en Afrique:

     "Peace and Security:

     The G7’s focus in the field of peace and security has been on the enhancement of maritime security and capacity      building for peace operations in Africa. G7 members have continued to engage in multi-layered efforts focusing on maritime security in the Western Indian Ocean and the Gulf of Aden as well as the Gulf of Guinea through various channels. G7 members have also provided training and equipment for 49 Formed Police Units (FPUs) of 12 countries, and around 4,000 to 5,000 police officers from Sub-Saharan African countries have been deployed to peace operations as UN police peacekeepers each year"

Les Sommets se suivent et ne se ressemblent pas : Istanbul a traité de l'humanitaire en faisant une référence à la paix et à la sécurité internationales, au droit international et au développement.

Le G7 insère dans son agenda économique les questions de sécurité, des réfugiés et des migrants.

Le Sommet du 19 septembre ("Sommet sur la réponse aux vastes mouvements de réfugiés et de migrants" / "Summit on Addressing Large Movements of Refugees and Migrants") devrait rassembler davantage de Chefs d'Etat et de Gouvernements et, surtout, forts de la mobilisation de la "conscience publique" d'Istanbul et de la crise sans perspective de solution apparente des réfugiés et des migrants, amener une vision d'ensemble des problèmes et une volonté politique plus affirmée des solutions.

Le Sommet du 20 septembre sera une autre occasion de mobilisation de la communauté internationale par le Président des Etats-Unis. Et comme la France l'a montré à Paris avec la COP21, quand un grand pays mobilise son crédit et sa diplomatie, la Providence peut lui permette de faire des miracles...

Espérons ainsi qu'Istanbul aura été le début d'un renouveau de l'action humanitaire, qui s'insérerait dans une solidarité internationale à tous les niveaux, à la recherche de la solution et de la prévention des conflits, du respect de la vie et de la dignité humaine de tous, sans exception.

Michel Veuthey

 

 

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