18/04/2016

Prévention de l’extrémisme violent – une conférence à Genève

Prévention de l’extrémisme violent – une conférence à Genève

Les 7 et 8 avril 2016 s’est tenue à Genève une Conférence sur la prévention de l’extrémisme violent organisée par l’Organisation des Nations Unies en partenariat avec le Gouvernement suisse. Cette conférence a réuni 700 représentants de 120 pays, dont trente au niveau ministériel, de nombreuses agences du système des Nations Unies, des organisations humanitaires comme le CICR et des représentants de la société civile et de l’économie privée,[1] des médias et des réseaux sociaux.

 

Au cœur des discussions était le Plan d’action du Secrétaire général des Nations Unies pour la prévention de l’extrémisme violent (A/70/674)[2] publié le 24 décembre 2015 et dont l’Assemblée générale des Nations Unies a « pris note » (formule diplomatique marquant le désaccord de plusieurs Etats sur ce Plan d’action)[3] dans une résolution (A/RES/70/254)[4] adoptée par consensus le 12 février 2016 à New York.

 

La première journée a réuni des experts de haut niveau. Le deuxième jour, les discussions ont été ouvertes par le Secrétaire général des Nations Unies, M Ban Ki-moon, et par le Conseiller fédéral Didier Burkhalter, Chef du Département fédéral suisse des affaires étrangères.

 

Parmi les points soulevés, relevons

 

  • l’accent mis sur la prévention à long terme, et non seulement la répression, la nécessité de s’attaquer aux racines du mal par une approche globale qui permette de gagner les cœurs et les esprits (« winning people’s hearts and minds ») ;
  • de nombreuses demandes de pays musulmans de ne pas limiter l’extrémisme à l’Islam,[5] et aussi de ne pas utiliser la terminologie d’ « Etat islamique » mais celle de « Daesh » ;
  • l’importance du dialogue entre cultures et religions, notamment dans les interventions de l’Organisation de la Coopération Islamique[6] et de la Jordanie,[7] et la demande de faire la différence entre radicalisme et religion véritable ;
  • la nécessité de trouver un équilibre entre liberté d’expression et limitation de discours extrémistes, y compris sur Internet et sur les réseaux sociaux (des représentants de Microsoft et de Facebook participaient à cette conférence et à un événement parallèle) ;
  • la nécessité de respecter le droit international, à commencer par la Charte des Nations Unies et aussi les droits de l’homme (tant civils et politiques qu’économiques et sociaux), le droit des réfugiés et l’état de droit (« rule of law »), dans la prévention et la répression de l’extrémisme violent : comme le soulignait le CICR, le non-respect des principes du droit international humanitaire contribue trop souvent à une escalade de la violence ;[8]
  • l’utilité de former militaires, policiers et responsables d’établissements pénitentiaires pour éviter des violations amenant à la radicalisation ;
  • le rôle des jeunes, par l’éducation, par la formation professionnelle, et par l’intégration dans la vie sociale et politique,
  • le rôle des femmes, dont le respect des droits constitue une contribution à la prévention de l’extrémisme violent ;
  • l’importance des plans nationaux : le Plan d’action du Secrétaire général demande à chaque État d’élaborer un plan national d’action contre l’extrémisme violent. Ces plans nationaux pourraient aussi s’inscrire dans des plans régionaux d’action avec l’appui des organisations régionales et sous régionales. La France a rappelé qu’elle a adopté en 2014 un plan national de lutte contre la radicalisation violente et les filières terroristes ;[9] la Suisse a présenté à la Conférence un « Plan d’action de politique étrangère de la Suisse pour la prévention de l’extrémisme violent ».[10]
  • le rôle des organisations régionales : l’Union Européenne a ainsi développé, dès 2004, sa propre stratégie de lutte contre l’extrémisme violent, avec la prévention comme pilier principal.  Elle a également élaboré un plan d’action contre le recrutement des combattants terroristes étrangers ;[11]
  • le rôle d’organisations transrégionales comme l’Organisation Internationale de la Francophonie[12] et le Commonwealth:[13] les Secrétaires générales de ces deux organisations ont participé à la Conférence de Genève et toutes deux s’engagent dans des programmes de prévention de l’extrémisme violent ;
  • une succession de conférences internationales traitant de sujets analogues : le Sommet de la Maison Blanche en février 2015, [14] le Colloque annuel de l’Alliance économique internationale sur le thème Culture et lutte contre l’extrémisme violent, organisé au Council on Foreign Relations à New York,[15] suivi d’un Sommet le 29 septembre à New York,[16] une Conférence internationale avait eu lieu à Alger sur la dé-radicalisation et l'extrémisme violent les 22 et 23 juillet 2015,[17] une réunion ministérielle de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) à Belgrade en décembre 2015,[18] le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les Réfugiés convoquait en décembre 2015 à Genève un Dialogue à haut niveau sur les causes profondes des déplacements de populations[19] et, le 30 mars 2016, une réunion pour les réfugiés syriens ;[20] le 5 avril, à Stockholm, le Cinquième « Dialogue international en faveur de la consolidation de la paix, du renforcement de l'État et de la prévention des conflits » traitait du thème « Surmonter la fragilité et consolider la paix dans un monde en mutation »[21] , le 7 avril, également à Genève, l’Initiative pour les migrants en situation de crise (« Migrants in Countries in Crisis Initiative » MICIC) tenait une réunion d’information pour Gouvernements et organisations internationales ;[22] plusieurs délégations à la Conférence ont mentionné le Sommet humanitaire mondial (Istanbul, 23-24 mai 2016),[23] l’Allemagne a annoncé que OSCE prévoit de tenir à Berlin, les 31 mai et 1er juin, une réunion contre le terrorisme mettant l’accent sur la prévention de la radicalisation de la jeunesse ;[24] la Francophonie organisera, du 6 au 8 juin 2016, à Paris, une conférence internationale intitulée « Lutte contre le terrorisme et prévention de la radicalisation : vers une approche francophone intégrée », l’Egypte a annoncé que, lors de sa présidence du Conseil de sécurité en juin, elle organiserait un débat sur la prévention de l’extrémisme violent à New York le 11 juin ; le Plan d’action du Secrétaire général devrait être discuté à nouveau les 23 et 24 juin à New York à l’occasion du dixième anniversaire de l’adoption de la Stratégie des Nations Unies contre le terrorisme.[25]
  • la Suisse a exprimé l’espoir que toutes ces réunions s’inscrivent dans un seul effort et souligné la nécessité d’un effort global et à long terme ;
  • le rôle de la Genève internationale, engagée depuis de nombreuses années dans des négociations visant à trouver des solutions pacifiques à des conflits, des réunions sur la sécurité, sur le désarmement, sur les droits de l’homme, sur le développement (plusieurs interventions ont souligné l’importance des Objectifs durables du développement), sur l’action et le droit international humanitaire, siège aussi d’un Fonds mondial pour l’engagement de la communauté et la résilience (GCERF)[26] et aussi de l’Organisation internationale du travail, du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, du Haut Commissariat pour les réfugiés, de l’Organisation internationale pour les migrations, de l’Union Internationale pour les télécommunications (UIT), du CERN, du CICR, de la Fédération internationale des Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, de l’Union interparlementaire,[27] du Forum Economique Mondial, du Conseil oecuménique des Eglises, et de nombreuses ONG humanitaires et des droits de l’homme, de plusieurs centres de recherche et de formation sur le droit international, la paix et la sécurité.[28]

 

Face à une menace globale, c’est bien une réflexion approfondie, nourrie des leçons de l’histoire, et une mobilisation permanente de tous, Etats, organisations internationales et société civile, qui est nécessaire pour retrouver l’esprit des fondateurs de l’ONU, redonner sa légitimité à la Charte, au droit international, en particulier aux instruments des droits de l’homme et au droit international humanitaire, pour « gagner les cœurs et les esprits » de tous.


  • Michel Veuthey

 


 

 

 

[1] Ainsi le « World Economic Forum », Microsoft, Facebook…

[2] http://www.un.org/ga/search/view_doc.asp?symbol=A/70/674&Lang=F

[3] Le Directeur du Département des nouveaux défis et menaces au Ministère russe des Affaires étrangères, M. I. Rogachev, devait ainsi insister à Genève le 8 avril sur l’importance que la lutte internationale contre l’extrémisme violent se fonde fermement sur le droit international, en premier lieu sur la Charte de l’ONU, et sur les principes de souveraineté et d’égalité des Etats et de non-ingérence dans leurs affaires intérieures. Il regrettait que le Plan d’action du Secrétaire général ne reflète pas de manière adéquate le rôle premier qui importe aux Etats dans la lutte contre l’extrémisme, ne demande pas un respect du droit international, y compris le principe de non-ingérence, et ne fasse pas le lien entre la lutte contre l’extrémisme et les efforts en cours dans le cadre de la coopération internationale contre le terrorisme.

[4] http://www.un.org/fr/documents/view_doc.asp?symbol=A/RES/70/254

[5] Voir aussi cet extrait de la déclaration du Secrétaire général des Nations Unies :
« Bien qu'il soit inévitable que nos discussions s'appuient sur des exemples concernant Daech ou Boko Haram, je veux que nous soyons absolument clairs dès le début : le phénomène de l'extrémisme violent qui favorise le terrorisme n'est pas enraciné ou confiné à une religion, une région, une nationalité ou un groupe ethnique » ajoutant :
« Nous devons admettre qu'aujourd'hui la grande majorité des victimes dans le monde sont des musulmans » […] « L'objectif des extrémistes violents n'est pas nécessairement de se tourner contre nous mais que nous nous tournions les uns contre les autres. Leur principale mission n'est pas l'action, c'est la réaction. L'objectif est de diviser les communautés »

[6] Voir à ce sujet notamment la Résolution A/RES/65/138. Promotion du dialogue, de l’entente et de la coopération entre les religions et les cultures au service de la paix, adoptée le 16 décembre 2010.
Le Représentant de l’Organisation de la Coopération Islamique (OIC) a ainsi mentionné
- l’initiative de la Jordanie pour une « Semaine mondiale de l’harmonie interconfessionnelle » (« World Interfaith Harmony Week ») dans la Résolution A/65/5 de l’Assemblée générale des Nations Unies, « engageant tous les États qui souhaitent le faire à appuyer la diffusion dans les églises, mosquées, synagogues, temples et autres lieux de culte de la planète, la première semaine de février, du message d’harmonie interconfessionnelle et de bonne volonté fondé sur l’amour de Dieu et du prochain, ou sur l’amour du bien et du prochain, chacun selon les traditions ou convictions religieuses qui lui sont propres »
http://www.un.org/en/ga/search/view_doc.asp?symbol=A/RES/...
- le Centre international pour le dialogue interreligieux et interculturel « King Adbullah bin Aziz International Center for Interreligious and Intercultural Dialogue » (http://www.kaiciid.org )
- l’Observatoire égyptien des fatwas takfiris
- le Centre de réhabilitation fondé par le Prince séoudien Mohammed bin Nayef « Mohammed bin Nayef Center for Counseling and Care (https://en.wikipedia.org/wiki/Care_Rehabilitation_Center). Voir à ce sujet l’article du New York Times du 9 avril 2016 « Inside Saudi Arabia’s Re-education Prison for Jihadists »    en ligne : http://nyti.ms/1RRCCRa
- le Mouvement mondial des modérés (« Global Movement of Moderates » GMM) http://www.gmomf.org

[7] Le Ministre de l’Intérieur de la Jordanie a ainsi mentionné le « Message d’Amman » (« Amman Message ») sur la tolérance et le dialogue entre religions. https://en.wikipedia.org/wiki/Amman_Message

[8] Voir cet extrait de la déclaration du Comité International de la Croix-Rouge (CICR) :
« Disregard for the most basic rules of International Humanitarian Law (IHL) very often contributes to a downward spiral of retaliatory violence. The multiplication of acts of terrorism, as well as the sometimes excessive response by States is a real source of alarm. So too are the everyday deliberate actions we observe against civilian populations and objects – be they destruction of cultural heritage, of health facilities, as well as targeting of civilians, hostage-taking, ill-treatment of detainees and torture. These various abuses demonstrate a worrying rejection of our shared humanity »

[9] http://www.franceonugeneve.org/Participation-de-la-France-a-la-Conference-sur-la-prevention-de-l-extremisme et http://www.risques.gouv.fr/actu-risques-crises/actualites/le-plan-de-lutte-contre-la-radicalisation-violente-et-les-filieres et aussi http://www.education.gouv.fr/cid92084/la-prevention-de-la-radicalisation.html

[10] http://www.news.admin.ch/NSBSubscriber/message/attachments/43586.pdf

[11] http://www.consilium.europa.eu/fr/policies/fight-against-terrorism/

[12] Prenant la parole lors du segment de haut niveau, Madame Michaëlle Jean a souligné qu’il était urgent que la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent aille bien au-delà de l’approche sécuritaire et mette aussi l’accent sur une action de prévention multidimensionnelle se manifestant par des initiatives en faveur du développement, de l’éducation et de la formation pour toutes et pour tous, de l’enracinement de la culture démocratique, de l’Etat de droit et des droits humains, ainsi que de la résolution des crises et conflits.

Ce faisant, elle a souligné l’importance des principes et des valeurs universelles humanistes pour combattre l’obscurantisme. Elle a également présenté la plateforme de dialogue en ligne lancée récemment par l’OIF et intitulée « Libres ensemble ». http://www.libresensemble.com

[13] Voir http://thecommonwealth.org/media/press-release/focus-early-intervention-counter-violent-extremism-says-secretary-general. La réunion des Chefs de Gouvernement à Malte en novembre 2015 a décidé de constituer une unité au sein du Secrétariat du Commonwealth pour renforcer l’action de prévention de l’extrémisme violent au niveau national, régional et mondial, dans la ligne du Rapport que le Commonwealth avait publié, en mars 2008, intitulé « Civil Paths to Peace. Report of the Commonwealth Commission on Respect and Understanding »
A lire en ligne :
http://www.keepeek.com/Digital-Asset-Management/oecd/commonwealth/development/civil-paths-to-peace_9781848590014-en#page1

[14] The White House Summit on Countering Violent Extremism, Washington DC, 17-19 février 2015. Voir :
http://www.state.gov/j/cve/

[15] Voir à ce sujet la déclaration de la Directrice générale de l’UNESCO (« Lutter contre l’extrémisme violent – Mettre un terme au nettoyage culturel ») http://www.unesco.org/new/fr/unesco/about-us/who-we-are/director-general/singleview-dg/news/countering_violent_extremism_halting_cultural_cleansing/#.Vw4PjmOCJGg

[16] Leaders’ Summit on Countering ISIL and Violent Extremism. Voir : htps://www.whitehouse.gov/the-press-office/2015/09/29/leaders-summit-countering-isil-and-violent-extremism

[17] Voir à ce sujet http://www.aps.dz/algerie/26146-une-conférence-internationale-sur-la-lutte-contre-l-extrémisme-et-la-dé-radicalisation-mercredi-à-alger

et http://www.algeria-watch.org/fr/article/mil/conference_extremisme.htm

[18] La 22e réunion du Conseil ministériel de l’OSCE a adopté le 4 décembre 2015 à Belgrade une « Déclaration Ministérielle sur la prévention et la lutte contre l’extrémisme violent et la radicalisation qui conduisent au terrorisme » (http://www.osce.org/fr/cio/212021?download=true )

[19] Huitième Dialogue annuel du Haut Commissaire sur les défis de protection « Comprendre les causes profondes des déplacements et y faire face », les 16 et 17 décembre 2015 au Palais des Nations à Genève.

http://www.unhcr.fr/pages/55e6ff1d6.html

[20] Réunion de haut niveau sur le partage au plan mondial des responsabilités par des voies d'admission des réfugiés syriens http://www.unhcr.fr/pages/5697ad5e6.html

[21] Voir le document en français sur le site du Gouvernement suédois : http://www.government.se/contentassets/8c2491b60d494dd8a2c1046b9336ee52/surmonter-la-fragilite-et-consolider-la-paix.pdf

[22] https://micicinitiative.iom.int

[23] www.worldhumanitariansummit.org

[24] The conference intends to make use of the comprehensive OSCE approach to security allowing a cross-dimensional discussion on current issues of young people and violent extremism and radicalization that lead to terrorism, including in relation to the phenomenon of "Foreign Terrorism Fighters", perspectives for their reintegration into society, and specifically the issue of the terrorist radicalization and de-radicalization of young women. (http://bit.ly/1S3Zt8L )

[25] « La Stratégie antiterroriste mondiale des Nations Unies » A/RES/60/288, adoptée le 8 septembre 2006

http://www.un.org/fr/documents/view_doc.asp?symbol=A/RES/60/288

[26] http://www.gcerf.org. Voir, sur le rôle des investissements de l’économie privée pour prévenir l’extrémisme violent, la rencontre à haut niveau organisée à New York en septembre 2015 ("Investing in Fragile Environments: The Role of the Private Sector in Countering Violent Extremism.") : http://www.gcerf.org/wp-content/uploads/29Sept_GCERF_UNGA...

[27] http://www.ipu.org/french/home.htm

[28] Mentionnons particulièrement

 
 
 
 
1. Joint Co-Chairs Conclusions (Friday 8 April 2016 6 pm) by. H.E. Mr. Ban Ki-moon, UN SG, and Didier Burkhalter, Head of the Federal Department of Foreign Affairs, Switzerland 
 
 

 

 
2. DIDIER BURKHALTER (SUISSE) «La prévention de l’extrémisme prendra des années» - Le Temps
 
 
 
3. Le Plan d’Action du SG des Nations Unies pour la prévention de l’extrémisme violent (« Plan of Action to Prevent Violent Extremism », A/70/674, du 24 décembre 2015) comprend 70 recommandations, discutées ces 7 et 8 avril 2016 ( et reprises à New York en juin 2016) Le texte français est disponible en ligne : http://www.institutafriquemonde.org/img/Plan%20de%20lutte...
 
 
 
4. « Building a Global Movement To Address Violent Extremism «  Sommet à New York le 29 septembre 2015
 
 
5. CONFERENCE DE GENEVE POUR LA PREVENTION DE L?EXTREMISME VIOLENT - PHOTO (prise par MV )
 
 

IMG_6566.jpg

 
 
 
6. Global Center on Cooperative Security — Building stronger partnerships for a more secure world ( Centre américain de recherche et d’action « Think and Do Tank »)
 
 
 

7. AUTRICHE : PROMOUVOIR L’INTEGRATION PAR UN CENTRE D’INFORMATION SUR L’EXTREMISME  www.boja.at 

 
AUSTRIA
 
HR, rule of law
Integration and social inclusion
 

Extremism Information Centre

Country Austria
Approach Family support; Exit strategies
Target Audience Families; First responders or practitioners; Educators/academics
Organisation bOJA
Address Lilienbrunngasse 18, 1020 Wien, Austria
Contact Verena Fabris
verena.fabris@boja.at 
(+43)-6606338944
http://www.boja.at 
8. COMMONWEALTH : Rapport de la Commission Respect et Compréhension
« Civil Paths to Peace. Report of the Commonwealth Commission on Respect and Understanding » 2007, 98 p. 
 
9. ORGANISATION INTERNATIONALE DE LA FRANCOPHONIE
Plateforme de dialogue en ligne pour les jeunes « Libres ensemble"
 
10. EQUIPE SPECIALE DES NATIONS UNIES POUR LA LUTTE CONTRE LE TERRORISME (CTITF)

L'Équipe spéciale de lutte contre le terrorisme (CTITF) a été créée par le Secrétaire général en 2005 pour renforcer la coordination et la cohésion des efforts menés par le système des Nations Unies dans la lutte contre le terrorisme.

Tous les deux ans, l'Assemblée générale examine la Stratégie globale pour que le document soit en phase avec les priorités des États Membres en matière de lutte contre le terrorisme. La quatrième révision de la Stratégie a eu lieu en juin 2014 (A/RES/68/276) sur la base du rapport du Secrétaire général des Nations Unies (A/68/841) présentant un état des lieux sur l'évolution de la menace terroriste, des recommendations pour faire face aux défis et menaces ainsi qu'une compilation des mesures prises par les États Membres et les Nations Unies pour combattre le terrorisme.

À l'heure actuelle, l'Équipe spéciale se compose de 36 entités internationales que leur activité amène à intervenir dans les efforts de lutte contre le terrorisme. Chaque entité apporte une contribution qui correspond à son mandat.

La principale responsabilité de la mise en oeuvre de la Stratégie mondiale incombe aux États Membres mais la CTITF veille à ce que le système des Nations Unies soit en phase avec les besoins des États Membres pour leur fournir l'appui nécessaire à leurs politiques et diffuser en profondeur la connaissance de la Stratégie et, s'il y a lieu, hâter la fourniture de l'assistance technique. 

 

16/04/2016

Humanitaire : Un monde en danger: l’action humanitaire à la croisée des chemins

« A World At Risk: Humanitarian response at a crossroads »

Dans la perspective du Sommet Humanitaire Mondial (Istanbul, 23-24 mai 2016), plusieurs ONG humanitaires américaines, avec l’appui de l’Institut américain de la paix (USIP), publient un rapport intitulé « Un monde en danger: l’action humanitaire à la croisée des chemins » (« A World At Risk: Humanitarian response at a crossroads »).

Ces organisations mettent en évidence les défis majeurs suivants :
. des crises prolongées qui continuent de recevoir des réponses à court terme;
. une plus grande cohérence est nécessaire pour mieux répondre aux besoins des populations affectées
. les ressources nationales et locales ne reçoivent pas l’appui adéquat
. une meilleure coordination entre financement et opérations humanitaires et de développement
. les pays d’accueil de réfugiés n’ont souvent pas les ressources nécessaires pour faire face aux besoins de leurs propres populations
. les institutions financières traditionnelles ne sont pas structurées pour faire face à des pays affectés par des crises
. les investissements dans la préparation aux catastrophes ne sont pas adéquats
. l’économie privée, avec son expertise et ses capacités opérationnelles, n’est pas assez mise à contribution
. nécessité de mettre sur pied une stratégie humanitaire d’ensemble, globale.

Leurs recommandations sont :
- un meilleur financement, dans la durée, prévisibles, avec une base plus large de bailleurs de fonds
- des ressources adaptables aux besoins
- faire le lien entre action humanitaire d’urgence, reconstruction, résilience, préparation, réduction des risques en cas de catastrophes, et développement, pour mieux répondre aux besoins des populations affectées
- faire un meilleur usage des ressources financières, des compétences et capacités de l’économie privée pour contribuer à l’effort humanitaire et à la création d’emplois
- augmenter l’aide aux pays et communautés fragiles et de première ligne
- mieux inclure, soutenir et responsabiliser les autorités nationales et locales
- impliquer les banques de développement pour aider les pays à avoir accès à des ressources pour faire face aux dépenses occasionnées par les crises
- promouvoir des programmes durables de protection sociale dans des pays fragiles et sujets à des crises
- prévoir des programmes d’éducation et de formation professionnelle pour les réfugiés (en vue de promouvoir leur autonomie) et pour les populations qui les accueillent
- améliorer la complémentarité et l’efficacité des diverses activités d’assistance
- mieux évaluer les risques, en tenant compte des causes des crises aiguës et chroniques affectant les populations
- mieux intégrer acteurs humanitaires et de développement
- et, finalement, donner aux populations affectées la possibilité de s’exprimer dans la définition et la mise en oeuvre de programmes d’aide et de protection. Ces personnes devraient aussi pouvoir donner leur évaluation de l’action humanitaire dont elles bénéficient. La protection des femmes (qui devraient pouvoir prendre un r’ole plus actif dans ces opérations humanitaires), des enfants et des adolescents devrait recevoir la priorité.

Le rapport original anglais (44 pages) peut être librement téléchargé en ligne :

http://reliefweb.int/…/…/wfp_policy_paper_crossroads_wfp....

Michel Veuthey

 

English text:

Greater Voice of Crisis-Affected Populations: Vulnerable people must have more say and control in shaping assistance to their needs and local contexts and established channels to provide feedback on assistance and protection provision. Women’s empowerment and the protection of children and adolescents must be strengthened while pursuing these actions.
A group of leading U.S. humanitarian relief and advocacy organizations came together to review current international relief efforts and propose a set of recommendations designed to better meet the needs of the people a ected by the growing number of crises. The organizations are

- CARE,
- International Rescue Committee,
- Mercy Corps,
- Oxfam America,
- Save the Children U.S.,
- U.S. Fund for UNICEF and
- World Food Program USA.
- USIP, an independent, national institute dedicated to managing conflict so it doesn’t become violent, and resolving it when it does, has also contributed to the preparation of this report (April 2016)

Key Challenges Include:

• Protracted crises continue to be addressed with primarily short-term approaches.

• Greater coherence among those responding to humanitarian crises is essential to better meet the needs of affected populations.

• National and local response capacities are not being adequately supported.

• Greater alignment of humanitarian and development capacities and funding is overdue.

• Refugee-hosting countries often do not have the resources needed to meet refugee requirements while also meeting the basic needs of their own populations.

• Traditional development financing and concessional loan arrangements by the International Financial Institutions were not structured to meet the needs of crisis-affected countries.

• Investments in preparedness in disaster-prone countries, such as national safety net systems are not adequate.

• Private sector expertise, capacity and technical assistance is not sufficiently leveraged.

• Toward a Comprehensive Humanitarian Strategy

Over the past decade, front-line humanitarian organizations have moved beyond “business as usual” approaches evolving from traditional “care and maintenance” models to more market-based approaches to self-reliance. The humanitarian community now draws from a more mixed toolkit of assistance instruments based on needs assessments and market analysis. We need to build on that progress.

While additional resources are essential, there is broad agreement that the humanitarian community needs to work in parallel on other measures to help ensure that assistance reaches the maximum number of crisis-a ected people in the most timely and cost-effective manner.

Recommendations

Better Financing

Flexible Resources: More predictable, timely, multi-year and flexible resources from an expanded donor base.

Coordinated Funding: Greater focus on aligning relief, recovery, resilience, preparedness, disaster risk reduction and development funds to better meet the assessed needs of affected populations.

Private Sector Engagement: Better use of financial resources, skills and capacities of the private sector and incentives for private sector investments to contribute to job creation.

Stepped Up Support to Fragile and Front Line Countries and Communities

National and Local Capacities: Better inclusion, support of and accountability to national and local leadership.

Greater Engagement of the International Financial Institutions: The development banks have a valuable role to play in helping countries access development financing to address crisis-related burdens.

Enhanced Safety Net Programs: Greater investment in sustainable social protection and safety net systems in fragile and conflict-prone countries.

Jobs and Education: Employment opportunities for refugees should be expanded within a broader framework for promoting refugee self-reliance including access to education while also meeting the needs of host-country populations.

Strengthening Program Coherence and Performance

Better Risk Assessment: Joint analyses of vulnerability and risk assessments must be supported to better understand the underlying factors contributing to the chronic and acute vulnerability of populations within a country.

Integrated Approaches: Greater alignment of the capacities and experience of humanitarian and development actors.

Greater Voice of Crisis-Affected Populations: Vulnerable people must have more say and control in shaping assistance to their needs and local contexts and established channels to provide feedback on assistance and protection provision. Women’s empowerment and the protection of children and adolescents must be strengthened while pursuing these actions.

http://reliefweb.int/…/…/wfp_policy_paper_crossroads_wfp.... ( Rapport sur le site Reliefweb )

www.oxfamamerica.org/…/me…/files/policy_paper_crossroads....(Rapport sur le site OXFAM USA)

http://wfpusa.org/sites/default/files/resources/faq.pdf (FAQ)

12/04/2016

Des valeurs communes pour faire face à l’extrémisme violent

Des valeurs communes pour faire face à l’extrémisme violent

Sous l'égide de I'Unesco, s'est tenue à Sofia (Bulgarie) les 11 et 12 mars 2016 une conférence sur le thème Quelles sont les valeurs qui nous unissent aujourd'hui ? (« Which Values Unite Us Today ?»).

Organisé par le Vice-Président de l'Appel spirituel de Genève (www.aasg.ch), M. Ventzeslav Sabev, cette conférence a réuni des dirigeants religieux, des défenseurs des droits de l'homme, des juristes, des philosophes, des journalistes de plus de 20 pays (Allemagne, Bulgarie, Etats-Unis, France, Hongrie, Indonésie, Royaume-Uni, Russie, Suisse, Timor oriental, etc.) pour discuter de valeurs communes pour faire face à la violence motivée par l'extrémisme religieux.[1]

À relever l’intervention du Ministre indonésien de l'éducation et de la culture, S.E. M. Anies Basswedan, qui a souligné que dans son pays, à 88 % musulman, l'éthique nationale est basée sur le Pencasila.

Le Prix Nobel de la paix José Ramos Horta, ancien Président du Timor oriental, a souligné dans son intervention le besoin pour l'Europe de s'ouvrir et de garder vivantes ses traditions de solidarité.

Madame Olga Zinovieva, de l'Université d'Etat de Moscou, veuve de l’écrivain Alexandre Zinoviev, [1] rappelle la contribution de la Russie aux valeurs traditionnelles

S.E.I. Georg von Habsburg, Ambassadeur et Conseiller du Premier Ministre de Hongrie, évoque les valeurs européennes de tolérance.

Le Dr. Horst Mahr, Président de la Société allemande pour la politique étrangère (« Gesellschaft fur Aussenpolitik »),[2] développe la contribution de cette association, fondée en 1948, pour développer un réseau international de dialogue entre responsables politiques, économistes et juristes pour traiter de la coopération internationale en Europe et dans le monde, comme le récent colloque organisé sur « Migration et terrorisme en Afrique ».[3]

Le Professeur Nicolas Offenstadt (Paris, Sorbonne), auteur d’un article « Paix de Dieu et paix des hommes »[4] met l’accent sur le rôle de l’éducation pour faire face à l’extrémisme violent.

Le Professeur Mohammed Shahrour a mis en évidence la nécessité d'interpréter de manière ouverte les textes de l'Islam.

Le Rabbin Jeffrey Newman, du Royaume-Uni, partage son expérience avec les organisations « Search for Common Ground »[2] et la Charte de la Terre (« Earth Charter »).[3]

Un représentant de la Communauté bahaïe (EBBF), mettant en dialogue religions et milieux d’affaires.

Madame Hermien Y. Kleden, Rédactrice en chef de l'hebdomadaire indonésien paraissant en anglais « Tempo »[5]
a rappelé que
trop souvent les médias ont été utilisés pour attiser la haine et non pour la contrer.

A un moment où le monde occidental ignore ou évacue la religion, suis intervenu pour souligner la nécessité de recourir aux valeurs traditionnelles, aux religions, afin de soutenir les principes fondamentaux protégeant la vie et la dignité humaine en droit international (droit international humanitaire, droits des réfugiés, droits de l'homme, etc.), dont les instruments juridiques et mécanismes de mise en œuvre sont aujourd’hui trop souvent contestés par des Etats et des acteurs non étatiques.[6]

L'Appel spirituel de Genève (ASG) a été fondé à Genève en 1999 par des dirigeants spirituels et humanitaires dont Cornelio Sommaruga, Kofi Annan, Mary Robinson, et Sadako Ogata dans le but de s'opposer à l'usage de la religion pour justifier la haine et la violence, la discrimination et l'exclusion, l'exploitation et la domination. Un de ses fondateurs, le Pasteur William McComish, Président d’honneur de l’ASG, en a lu les paragraphes essentiels :

  • Parce que nos religions ou nos convictions personnelles ont en commun
le respect de la dignité de la personne humaine
Parce que nos religions ou nos convictions personnelles ont en commun
  • le refus de la haine et de la violence
Parce que nos religions ou nos convictions personnelles ont en commun
  • l'espoir d'un monde meilleur et juste

    Nous, représentants de communautés religieuses et
  • représentants de la société civile, demandons aux décideurs
  • planétaires, quel que soit leur champ d'activité, de respecter de manière absolue les trois préceptes suivants:
  • Ne pas invoquer une force religieuse ou spirituelle pour justifier la violence, quelle qu’elle soit
  • Ne pas se référer à une force religieuse ou spirituelle
  • pour justifier toute discrimination et exclusion
Ne pas user de sa force, de sa capacité intellectuelle ou spirituelle, de sa richesse ou de son statut social, pour exploiter ou dominer l'autre
  • Notre Appel, qui s'inscrit dans la tradition d'accueil, d'asile et de compassion de Genève, est ouvert à toute personne.

La Conférence de Sofia a été la première activité internationale de l'Appel spirituel de Genève pour promouvoir un dialogue international entre religions et société civile. D'autres conférences analogues sont prévues par l’Appel spirituel en collaboration avec des Gouvernements et des institutions académiques

  • en septembre 2016 au Palais des Nations à Genève  et à la Sorbonne à Paris;
  • à des dates à fixer en Indonésie, au Liban et en Russie.

Michel Veuthey

 

 

[1] Voir la liste des intervenants : http://www.unitingvalues.org/en/participants/

[2] http://www.foreign-affairs.info

[3] http://www.foreign-affairs.info/vergangene-veranstaltunge... (African Security Panel „Terrorism and Migration in Africa“)

[4] Offenstadt Nicolas. « Paix de Dieu et paix des hommes. L'action politique à la fin du Moyen Age » . In: Politix, vol. 15, n°58, Deuxième trimestre 2002. pp. 61-81.

http://www.persee.fr/doc/polix_0295-2319_2002_num_15_58_998

[5] http://www.unitingvalues.org/en/hermien-y-kleden

[6] Voir notamment l’article de l’auteur « Religions et droit international humanitaire : histoire et actualité d’un dialogue nécessaire », in Anne-Sophie MILLET-DEVALLE (Ed.) Religions et Droit International Humanitaire. Paris, Pedone, 2008, pp. 9-45, en ligne :
http://www.aiesc.net/blog/2014/08/23/religions-et-droit-i...

[1] http://zinoviev.info/fr/

[2] https://www.sfcg.org/fr/

[3] http://earthcharter.org