27/01/2016

Sommet humanitaire mondial - Un élan nouveau vers Istanbul et au delà

 

Sommet humanitaire mondial - Un élan nouveau vers Istanbul et au delà

Le responsable des opérations humanitaires de l’ONU (OCHA), le Britannique Stephen O’Brien, et le nouveau Directeur du Secrétariat du Sommet humanitaire mondial, le Français Antoine Gérard, mettent les bouchées doubles pour la préparation du Sommet, qui doit se tenir les 23 et 24 mai à Istanbul.

Après une réunion d’information des Missions permanentes à Genève à mi-décembre, M. Stephen O’Brien est revenu à Genève le 19 janvier, était le soir même à Davos pour s’exprimer devant le Forum économique mondial (WEF), retournait à New York lundi 25 janvier pour informer les Missions permanentes à New York, sera du 27 au 30 janvier à Addis Abéba au Sommet de l’Union africaine, qui se réunit sous le thème « 2016 Année africaine des Droits de l’Homme" (2016 est en effet le 40e anniversaire de l’entrée en vigueur des deux Pactes des Droits de l’Homme), passera par Londres le 4 février pour une conférence co-organisée par le Royaume-Uni, le Koweït et la Norvège sur la crise syrienne (« Supporting Syria & the region »), et retournera à New York pour présenter le Rapport du Secrétaire général des Nations Unies le 9 février…

Le Sommet, qui devrait accueillir quelque 5.000 participants représentants Chefs d’Etat et de Gouvernement, Ministres, Chefs d’organisations humanitaires et hauts responsables d’ONG et de la société civile, apparaît maintenant avec plus de clarté, à la fois dans sa nécessité et dans le sérieux de son organisation (pour laquelle la Turquie déploie de grands efforts, à la fois par le Ministère des Affaires étrangères, le Ministère de la Coopération au Développement (TIKA) et le Bureau du Premier Ministre pour les secours en cas de catastrophes (AFAD) et le Croissant-Rouge Turc).

La nécessité de ce Sommet ressort de l’actualité et des appels lancés par responsables politiques et humanitaires face aux crises se multipliant et posant de défis qui demanderaient davantage de ressources et aussi une réflexion sur un meilleur usage des ressources existantes de l’aide humanitaire et du développement, et un accent sur les moyens locaux.

L’organisation des deux journées du Sommet dans le Centre des Congrès d’Istanbul ("Istanbul Congress Centre (ICC) »)  et le Centre d’expositions
(« Lutfi Kirdar Convention and Exhibition Center (LKCC) ») qui lui est adjacent devrait donner lieu à 

 

  1. Une Plénière du Sommet (« Summit Announcement Plenary ») où Chefs d’Etat et d’organisations s’exprimeront

 

  1. Des Tables Rondes à haut-niveau (« High-Level Roundtables »)

 

  1. Des Evénements spéciaux (« Special Events ») sur des thèmes intéressants comme la protection, le respect du droit international humanitaire et aussi le rôle des acteurs humanitaire d’inspiration religieuse (« Faith-based organizations »)

 

  1. Des Evénements parallèles (« Side-Events ») ouverts tant aux Gouvernements, organisations internationales, ONG, société civile, experts individuels

 

  1. Une Expositions et une foire aux innovations (« Exhibition Fair and Innovation Marketplace »), qui devrait permettre, comme à Sendai en mars 2015, à l’économie privée, aux instituts de recherche et de formation de partager leurs projets et réalisations.

 

Certaines Délégations, dont celle de l’Union Européenne, ont fait savoir leur intention d’être présentes sur toutes ces plateformes.

 

Les inscriptions sont ouvertes sur le site du Sommet depuis lundi 25 janvier  https://www.worldhumanitariansummit.org/whs_summit

 

Le Rapport du Secrétaire général des Nations Unies devrait être publié fin janvier et présenté à New York le 9 février.

Les grandes lignes de ce Rapport, selon Stephen O’Brien, devraient mettre l’accent sur la nécessité de prendre en compte les conséquences sur l’humanité de toute décision ("placing humanity at the centre of global decision making »); ce n’est en effet pas seulement un impératif moral mais bien une nécessité stratégique ("This is not just a moral imperative but a strategic necessity to confront today’s global challenges »). Le Secrétaire général fera référence aux trois piliers de l’ONU:

- paix et sécurité

- développement durable

- Droits de l’Homme.

 Le Rapport du Secrétaire général des Nations devrait faire référence aux conclusions des réunions internationales suivantes :

- le processus de consultation du Sommet humanitaire (8 consultations régionales, trois consultations thématiques et une consultation mondiale, dont ontrouvera les rapports en ligne : http://bit.ly/1WGxiQW  et https://www.worldhumanitariansummit.org/file/518821/view/566396 )

-  l’Agenda 2030 pour le développement durable  ( http://bit.ly/1OTd4Sr )

- le Rapport du Groupe indépendant de haut niveau chargé d’étudier les opérations de paix des Nations Unies intitulé « Unissons nos forces pour la paix : privilégions la politique, les partenariats et l’action en faveur des populations » [S/2015/446]   ( http://bit.ly/1Gx61sR )

- le Rapport du Groupe de haut niveau sur le financement humanitaire intitulé “Trop important pour échouer – Répondre au déficit de financement humanitaire”. Ce rapport, présenté le 17 janvier 2016 à Dubai,  présente des recommandations sur la façon de combler le fossé grandissant entre le nombre croissant de personnes ayant besoin d'assistance et les ressources disponibles. Le rapport en anglais ( « High-Level Panel on Humanitarian Financing Report to the Secretary-General - Too important to fail—addressing the humanitarian financing gap » ) est disponible en ligne : http://bit.ly/1SJvOpI

- la mise en oeuvre de la Résolution 1325 du Conseil de sécurité
(« Femmes, paix et sécurité »),  Voir en ligne les documents de la France et de l’ONU : www.diplomatie.gouv.fr/fr/IMG/pdf/femmes_paix_et_securite_final_cle81d4f1.pdf   et    http://bit.ly/1VMV68N

- le Cadre d’action de Sendai pour la réduction des risques en cas de catastrophes (2015-2030)  http://www.unisdr.org/files/43291_frenchsendaiframeworkfordisasterris.pdf

- et enfin l’Accord de Paris sur les changements climatiques de décembre 2015  http://unfccc.int/resource/docs/2015/cop21/fre/l09f.pdf .

 

Le Secrétaire général soulignera dans son rapport les cinq responsabilités essentielles que la communauté internationale devrait assumer :

  1. Conflits : les prévenir et y trouver des solutions pacifiques : la communauté internationale doit agir en amont, investir dans la stabilité,  et rechercher des solutions pour et avec les populations. En fait, il faut trouver des solutions pour réduire les besoins qui ne cessent d’augmenter auxquels le système humanitaire doit répondre : l’appel lancé le mois dernier mentionnait le chiffre de près de 87 millions de personnes dans 37 pays en quête d’assistance humanitaire; il y a un an, ce chiffre était de 57 millions… 

  2. Droit et principes d'humanité : le rapport du Secrétaire général réaffirmera la nécessité que tous respectent les normes qui sauvegardent notre humanité, y compris le droit international humanitaire, les Droits de l’Homme, le droit des réfugiés comme aussi les principes humanitaires…  Et de citer les images d’enfants affamés dans la ville syrienne assiégée de Madaya : le siège est une tactique barbare qui n’a plus sa place au 21e siècle… Toutes les personnes dans le besoin doivent avoir accès à l’assistance et à la protection humanitaire… Le Sommet humanitaire mondial sera un moment où les dirigeants de ce monde devront s’engager publiquement de respecter les règles qui protègent la personne humaine en temps de conflit armé : il faudra qu’ils prennent des mesures face à des violations et aussi pour s’assurer que les personnes qui ont besoin d’aide et de protection puissent en bénéficier.

  3. Agir en priorité en faveur des plus vulnérables : le Rapport du Secrétaire général rappellera que nous ne pouvons atteindre les Objectifs de l’Agenda 2030 sur le développement durable sans prendre en compte la nécessité de ne laisser personne sans aide (« leave no one behind »). Dans ce sens, il faudra prendre en compte les besoins des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, les réfugiés, les migrants, les apatrides, les femmes, les jeunes filles, les enfants, les vieillards, les personnes handicapées… La crise des déplacements forcés a frappé l’opinion en Europe; mais presque la plupart des régions du monde sont affectées. Il faut donc aider davantage les pays et les communautés qui accueillent des réfugiés et des personnes déplacées. Une assistance à long terme, y compris des investissements sur l’infrastructure et les services, sont dans l’intérêt mutuel des communautés d’accueil et des personnes déplacées. Et nous devons aussi soutenir un retour volontaire, dans la dignité et la sécurité.

  4. Mettre l’accent sur les causes et non plus les effets (« move from delivering aid to ending needs ») pour faire face efficacement aux défis humanitaires et de développement d’aujourd’hui et de demain, prendre en compte les risques et les vulnérabilités, renforcer plutôt que de remplacer les structures locales et nationales, surmonter la division entre humanitaire et développement, ne plus travailler isolément (« We can no longer afford to work in silos »), investir dans des partenariats qui seraient davantage orientés sur une action locale, inclusive, adaptée au contexte.

  5. Investir dans l’humanité : le Secrétaire général des Nations Unies et M. Stephen O’Brien étaient aux Emirats Arabes Unis le 17 janvier 2016 pour présenter le Rapport du Groupe de haut niveau sur le financement humanitaire intitulé “Trop important pour échouer – Répondre au déficit de financement humanitaire”.   Beaucoup des recommandations de ce Groupe se retrouveront dans le Rapport du Secrétaire général. Il s’agira ainsi non seulement de diversifier et d’optimiser le financement de l’humanitaire mais aussi de la gestion des risques, la prévention des conflits et la consolidation de la paix. Le financement pourra prendre des formes différentes, y compris de contrats d’assurance… Investir dans l’humanité, c’est d’abord investir dans les capacités locales. 


Stephen O’Brien a conclu en annonçant que le Secrétaire général des Nations Unies, en annexe à son Rapport, proposera un « Agenda pour l’humanité » (« Agenda for Humanity ») qui résumera la vision du Secrétaire général, fera une liste d’actions à entreprendre en relation avec les cinq responsabilités qui viennent d’être mentionnées et qui seront développées dans le Rapport. L’"Agenda pour l’humanité » constituera le cadre dans lequel les Etats et d’autres acteurs pourront formuler une vision d’action, de changement et de responsabilité mutuelle au delà même du Sommet.

Les résultats du Sommet devraient en effet être repris dans un « Résumé de la Présidence » (« Chair’s Summary »), ainsi que dans une liste d’engagements pris par les participants (« Commitments to Action Document ») et finalement dans un autre Rapport du Secrétaire général qui sera présenté en vue de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York cet automne.

 

Le Sommet d’Istanbul ne devrait ainsi qu’une étape sur la route d’un réexamen global de l’humanitaire, tant dans l’assistance que la protection de la vie et de la dignité des personnes affectées. Ce Sommet devrait aussi amener une meilleure prise en compte des relations entre humanitaire et sécurité, tant sur le plan local, national qu’international.

 

Michel Veuthey

 

15/01/2016

Migrations, climat, courage politique, éthique

L’Ambassadeur William Lacy SWING, Directeur général de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), fait une intervention sur le lien entre l’Encyclique Laudato si’ et les flux migratoires actuels au CICG, vendredi 15 janvier 2016.

Les liens entre migrations et changements climatiques n’ont jamais été aussi évidents qu’aujourd’hui, comme aussi avec les besoins des pauvres.

Trois brèves remarques :

- a gathering storm, une tempête en formation depuis la Conférence de Cancun qui a mentionné ce lien entre climat et migration…

A Paris, à la COP21, il a rappelé que les migrants climatiques sont une réalité d’aujourd’hui, les changements climatiques étant un facteur additionnel des migrations forcées.

Nous sommes dans une nouvelle ère et devons protéger les migrants, prévenir les migrations forcées, 

- a perfect storm : les causes profondes n’ont pas changé, et les migrations vont continuer tant que les conflits actuels n’auront pas trouvé de solutions, tant que persisteront disparités économiques, malaises politiques, manque de leadership, manque de repères éthiques et religieux. 

- urgent action is needed in order to weather the storm: nous devons agir urgemment de manière globale pour respecter les droits de l’homme de tous, la dignité des migrants, pour prévenir des migrations forcées, pour promouvoir des migrations harmonieuses.

Les changements climatiques nous demandent une approche plus responsable pour faire face en gardant en priorité la protection de la dignité de tous les êtres humains, y compris des migrants et de leurs familles. 


Michel Veuthey

Laudato si' - Une rencontre à Genève au CICG

Ce vendredi matin 15 janvier s'est tenue à Genève une bien intéressante rencontre sur l'Encyclique Laudato si'.

Après une allocution de bienvenue du Nonce, Mgr. Silvano Tomasi, et un hommage du Directeur général des Nations Unies, M. Michael Møller, soulignant la contribution du Nonce à la Genève internationale et à la diplomatie humanitaire, le Cardinal Peter Kodwo Appiah Turkson, Président du Conseil pontifical Justice et Paix, fait un exposé sur "Caring for Our Common Home - Content and methodology of the Encyclical Letter Laudato si'" 

Dans quel monde voulons-nous vivre, nous et nos enfants ? Ce n'est pas seulement la protection de l'environnement mais bien le sens de la vie humaine dans son ensemble qui est en jeu. C'est à la fois la Terre et les pauvres de la Terre qu'il faut protéger, nous demande la Pape François, dans l'esprit du Poverello d'Assise.

Et de citer aussi le Patriarche de Constantinople Bartholomée, qui fait aussi le lien entre la protection de l'environnement et de la personne humaine.

C'est bien l'écologie intégrale qu'il faut défendre, demande le Pape François.

C'est bien entendu aussi la relation de chaque personne avec le Créateur et la Création.

C'est bien une crise complexe, à la fois sociale et environnementale que nous devons affronter.

Trois étapes

- les défis

- les appels pour adopter les attitudes pour y faire face

- l'espoir.

Tout est lié, environnement, finance, technologie. La personne humaine doit être respectée en tant que telle, et un nouveau style de vie doit être adopté, une nouvelle approche du progrès.

Le premier chapitre de l'Encyclique "Notre maison commune" aborde une série de questions difficiles, comme les changements climatiques, pour lesquels les activités humaines sont un des facteurs. 

Le deuxième chapitre passe en revue la richesse de la tradition judéo-chrétienne, et aussi la contribution de l'Islam. L'environnement est le patrimoine de tous, et donc notre responsabilité à tous. 

Le troisième chapitre montre la place unique de l'être humain dans notre monde et aussi sa responsabilité dans la crise actuelle. Tout ne peut trouver solution par des réponses technologiques. Nous devons trouver des solutions humaines en évitant les écueils du relativisme, du mépris de la vie, de la déshumanisation.

Le quatrième chapitre décrit une écologie intégrale, qui prend en compte économie, politique, cultures.

Le cinquième chapitre relève qu'un dialogue est essentiel entre différents acteurs sur les plans locaux, nationaux et internationaux. Un renouveau de la politique et des modes de prise de décision en politique et dans l'économie est urgent.

Le sixième chapitre propose de renforcer la motivation et de recourir à l'éducation et donne des lignes directrices pour un développement intégral, concluant par deux prières, l'une pour tous les Croyants, l'autre particulière aux Chrétiens.

L'humanité fait face à un défi crucial qu'elle doit relever dans un esprit de solidarité.
Et nous devons tous nous convertir pour contribuer au bien-être de l'humanité et de la planète, notre maison commune.

Cette intervention a été suivie de deux espaces de discussion,

- le premier, un appel à l'action

- le second, une analyse du contenu et de l'impact de l'Encyclique, dont le texte français est librement accessible en ligne : http://w2.vatican.va/content/dam/francesco/pdf/encyclicals/documents/papa-francesco_20150524_enciclica-laudato-si_fr.pdf

Michel Veuthey

 

10/01/2016

REFUGIES : UNE CRISE PROLONGEE QUI NECESSITE UNE APPROCHE NOUVELLE

Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) a tenu sa huitième session de Dialogue sur les défis de protection les mercredi 16 et jeudi 17 décembre 2015 au Palais des Nations à Genève. C’était le dernier événement sous l’égide d’Antonio Guterres, Haut-Commissaire depuis dix ans, qui terminait son mandat le 31 décembre 2015.

Le thème était  "Comprendre les causes profondes des déplacements et y faire face ».

Les documents en français sont disponibles sur le site www.unhcr.fr/dialoguehc2015.

A relever notamment la participation du Haut Commissaire des Nations Unies pour les Droits de l’Homme, M. Zeid Al Hussain, du Président du CICR, M. Peter Maurer, du Secrétaire général adjoint et Coordonnateur des secours d’urgence des Nations Unies (OCHA), M. Stephen O’Brien, de Madame Leila Zerrougui, Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies pour les enfants et les conflits armés, et d’Adama Dieng, Conseiller spécial du Secrétaire général pour la prévention du génocide, ainsi que du Professeur Chaloka Beyani, Rapporteur spécial sur les droits de l’homme des personnes déplacées internes, comme aussi de Pierre Krähenbühl, Commissaire général de l’UNRWA.
 
Soulignons l’originalité du discours introductif du Professeur Arjun Appadurai, de NYU, qui attribue l’inadéquation de la réponse internationale à la crise actuelle des « mouvements non planifiés d’êtres humains » actuels à l’architecture westphalienne de la communauté internationale : depuis les Traités de Westphalie (1648), l’Europe a donné au monde une conception inédite de souveraineté, qui n’est ni religieuse ni monarchique, l’Etat-nation, qui a ensuite été exporté sur les autres continents, ce qui est devenue aujourd’hui une utopie fragile : la globalisation des économies ne permet plus aux Etats, riches ou pauvres, de contrôler leur souveraineté économique et donc d’assumer leur souveraineté politique. Et les Etats nations d’aujourd’hui ne sont plus à même de contrôler les problèmes les plus importants de notre temps: terrorisme, trafic illégal d’armes, trafic d’êtres humains, épidémies et climat ne respectent pas les frontières nationales. Et pour les migrations, nous devons retrouver la vision qui a amené la création des Nations Unies : résoudre les problèmes mondiaux par des solutions mondiales. Et d’imaginer une nouvelle sorte de souveraineté qui ne serait plus territoriale mais locale, écologique, industrielle, linguistique… Sa conclusion : réfléchir à d’autres « écologies alternatives de souveraineté » car un monde de souverainetés territoriales est invivable. 

Trois thèmes principaux ont été abordés dans ces deux jours de discussions :

1. Comprendre les causes des déplacements liés aux conflits, le potentiel de l’action humanitaire et les facteurs des mouvements secondaires.

2. S’attaquer aux « nouvelles «  causes de déplacements : urbanisation, dégradation de l’environnement, insécurité alimentaire, rareté de l’eau, catastrophes naturelles et changement climatique.

3. Débloquer les situations prolongées et trouver des solutions.
 
Rappelons finalement que le nouveau Haut-Commissaire, M. Filippo Grandi, dans sa première conférence de presse, le 4 janvier, a annoncé son intention de convoquer, avec le Secrétaire général des Nations Unies, une Conférence à Genève sur les réfugiés syriens le lundi 30 mars 2016.
 
La Syrie est certes aujourd'hui la source la plus importante de réfugiés. Cette crise montre la nécessité de trouver des solutions négociées aux trop nombreux conflits qui continuent de générer des flots de réfugiés.
 
Il faut combiner l'approche humanitaire avec l'approche sécuritaire, tant sur le plan de la sécurité internationale que de la sécurité des Etats. Les organisations internationales universelles et régionales doivent collaborer pour éviter l'exploitation politique voire criminelle de ces flots de personnes fuyant les conflits - et demain les changements climatiques.
 
Le Directeur général des Nations Unies à Genève, M. Michael Møller, s'est fixé comme priorités cette année 
- le développement durable
- les solutions à la crise migratoire
- et la résolution des conflits.
 
Genève a un rôle à jouer dans cette recherche de solutions globales, tant au sein des Nations Unies, des organisations internationales comme l'Organisation internationale du Travail, le Haut-Commissariat aux Droits de l'Homme, des organisations humanitaires comme le HCR, l'OIM, le CICR, les ONG, les centres universitaires de formation et de recherche (en collaboration aussi avec d'autres universités suisses et étrangères), les médias, l'économie privée et aussi les responsables religieux.
 
 
Michel Veuthey
 
 
Link to official UNHCR documents:
 
 
UNHCR Background Paper:
 
 
IDMC / Norwegian Refugee Council Briefing Paper: 
 
 
 
Annexe :  Keynote Lecture by Arjun Appadurai
Paulette Goddard Professeur de Media, Culture et Communication, Université de New York (NYU)

I am honored by the opportunity to address such a distinguished audience on such an urgent and difficult problem. It is not easy to offer experts in human rights, displacement and statelessness any new advice or insight, which they do not have already. So I will offer today some thoughts about the roots of the crisis which currently confronts Europe and many other world regions, which are struggling to understand, manage and repair the crisis of unplanned movement of human beings which faces many of them today.

My main focus is on sovereignty. The current global architecture of sovereignty has its direct roots in the Peace of Westphalia, where a variety of European actors gave birth to a non-religious and non-imperial idea of sovereignty. This event is commonly and rightly seen as marking the birth f the modern nation-state, which rests on the legal recognition of its territorial borders, the monopoly of legitimate violence within these borders, and the obligation to provide the basic conditions of security and livelihood to its citizens. The modern nation-state is in unique in the history of human affairs n that it rests on the universal and mutual recognition of internal sovereignty between each state which claims to be a nation-state.

The global spread of this architecture which also spread to Asia, Africa, Latin America and the Middle-East in the course of the nineteenth and twentieth centuries has been accompanied by many other important processes, such as the growth of trans-regional industrial capitalism, the spread of what Benedict Anderson called print capitalism and eventually the growth of anti-imperial movements and the push for decolonization and self-determination on a world wide basis.
The primary challenge that faces this architecture of sovereignty is that it rests on the idea of a single envelope in which national identity, territorial sovereignty and legal citizenship are contained. This is an ambitious and utopian idea whose fragility we are now being forced to recognize. The reasons for this crisis lie in the steady globalization of capital, with its push for open economic borders, free movement of labor and raw materials and coordinated activities among producers and consumers on a worldwide basis. Each of these factors puts the architecture of the nation-state under severe stress.

The biggest symptom of this crisis of sovereignty is that no modern nation-state controls what could be called its national economy. This is equally a problem for the richest and poorest of nations. The United States economy is substantially in Chinese, the Chinese depend crucially on raw materials from Africa and Latin America as well as other parts of Asia, everyone depends to some extent on MiddleEastern oil, and virtually all modern nation-states depend on sophisticated armaments from a small number of wealthy countries. Economic sovereignty, as a basis for national sovereignty, was always a dubious principle. Today, it is plainly irrelevant.

In the absence of any national economy which modern states can claim to protect and develop, it is no surprise that there has been a world wide tendency in effective states to demonstrate national sovereignty by turning towards cultural
majoritarianism, ethno-nationalism and the stifling of internal intellectual and cultural dissent. In other words, the loss of economic sovereignty everywhere produces a trend towards emphasizing cultural sovereignty. This move towards cultural sovereignty as the main theatre for the expression of the value of the nation-state has dark consequences for any unwanted or undocumented bordercrossers, especially those seeking refuge and asylum.

Fear of outsiders who might threaten cultural purity and sovereignty is enhanced by a another problem, namely the norms of legal citizenship in most modern nationstates, all of which stress biological, linguistic or ethnic markers of a documentable historical connection to those defined as full citizens. This is the deep “meaning” behind any and all modern ideas of “naturalization” ad they are applied to migrants and other claimants to legal citizenship. The narrative of modern citizenship cannot envisage any claim to citizenship which is not based on assimilation to the current norms of national belonging that remain primarily cultural rather than political. Put even more simply, all refugee claims to citizenship in the lands to which they come, and where they eventually wish to live, are about aspiration, and not about identification. So the real difference of consequence is not between humanitarian refugees and economic refugees but rather between what we might call aspirational refugees as against what we might call escape refugees. All refugees and indeed all migrants arrive in new places because of some sort of aspiration, whether it to the good life in terms of livelihood or in terms of a new community in which they can be physically safe. And it is the aspiration to the good life which is what they really share with those who are already citizens of the receiving countries. The divide between economic refugees and refugees who are fleeing tyranny or discrimination
is a distraction from this other reality. National citizenship is everywhere in danger of becoming a series of lifeboats, in which those already aboard are encouraged to push others back into the water simply on the grounds that there is no more room.

The final deep problem of modern sovereignty, the sovereignty built on the architecture of nation-states, is that it is simply not capable of handling the world’s biggest problems, all of which are trans-regional and sometimes even trans-human in their scale: terrorism, the illegal arms trade, human trafficking, epidemic diseases and above all climate are factors which clearly do not respect national boundaries. Their empire is global. But the empire of the nation-state is local. At the same time, our most brilliant leaps forward as a species are also a product of trans-regional, trans-national and global flows of ideas, innovations, discoveries and investments. This is most clear in the realm of science and technology, but it can also be seen in such areas as conflict revolution, agricultural development and media activism, all of which are improving human political and social life on a global basis and could not have happened if national borders were effective containers of creativity and enterprise. So global processes bring us our best and worst news. In both cases, nation-states have become less players and more referees or brokers.

And so it is with the challenges of the refugee crisis, where nation-states are either unwitting stages for exit or unprepared sites for arrival. How can this state of affairs be modified? One approach is to continue to try to inject more force and credibility into the current architecture of national sovereignty, both at the sending and receiving ends. This, in my opinion, is a losing strategy since there is no way to weaken those states which we consider to be bad while strengthening those states we consider to be good, since both draw strength from the same legal and architectural principles. The other is to squarely confront global problems with global solutions. This path is of course very close to the founding vision of the UN system. But the UN system has to design and support global conventions, agreements ad interventions with ne hand tied behind its back, since its

constituents are, after all, the member-states. And the INGO sector cannot be expected to solve all the world’s problems either. So where might we look for some sort of systemic solution?

In my view, the only route is by a hard re-examination of the territoriality dimension of the modern system of nation-states, including questions of borders, regions, movement and policing. Can we imagine a new sort of ecology of sovereignty in which, instead of territory, we install some other principle of local sovereignty, which might be ecological, industrial or linguistic, for example, rather than territorial? This is a mind-bending exercise since we are so deeply wired to think of nations as above all sovereign territories. But it is high time to start imagining these possibilities for alternative ecologies of sovereignty, or else we will live in a world of territorial sovereignties but the world itself will have become an unlivable place.