10/12/2015

Droit international humanitaire et droit islamique, un dialogue nécessaire

En marge de la Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (Genève, 8-10 décembre 2015), la Mission permanente du Maroc auprès des Nations Unies à Genève organisait, en coopération avec le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), un événement parallèle en arabe sur le Droit international humanitaire (DIH) et l’Islam jeudi matin 10 décembre de 8 à 9 h. 30.

Ronald OFTERINGER, Conseiller du Directeur des Opérations du CICR pour les affaires globales (« ICRC Adviser to the Director of Operations for Global Affairs »), qui préside, ouvre la réunion, suivi de l’Ambassadeur Mohamed AUAJJAR,  Représentant permanent du Maroc auprès des Nations Unies à Genève, de la Présidente de la Commission nationale du DIH, Madame Farida EL KHAMLICHI, et du Dr. Ameur ZEMMALI.

 
L’Ambassadeur du Maroc auprès des Nations Unies à Genève commence par dire que la CHARIA et le DIH coïncident pour le protection des victimes des conflits armés.
 
Madame Farida EL KHAMLICHI, Chargée de mission auprès du Chef de Gouvernement, Présidente de la Commission nationale du DIH) souligne l’importance de ce sujet et la nécessité d’un dialogue dans ce domaine, pas seulement dans les concepts mais aussi dans la pratique.
Beaucoup de réflexions sur ce thème ont actuellement lieu.
 
Ronald OFTERINGER relève qu'IRIN a posé la question de savoir si et comment le DIH était appliqué en Islam. Nous avons réuni des juristes et des humanitaires. Nous avons relevé similitudes et différences entre DIH et Islam. Un article « Islamic law and the rules of war » était paru en avril 2014.
 
Le Professeur Ahmed EL KHAMLICHI, Directeur de l’Institut « Dar El Hadith El Hassania" à Rabat, soutenu par le Ministère marocain des Habous et des Affaires islamiques (www., fait la différence entre la jurisprudence islamique (interprétation des hommes dans des contextes donnés) et la Charia (ensemble de textes sacrés). Il rappelle les guerres de religion entre Chrétiens. Il évoque Solférino et n’est pas convaincu que les Conventions de Genève soient une application des enseignements du Christ ?
 
Dans le Coran, nous trouverons des dizaines de versets traitant du droit humanitaire. Pendant 14 siècles, on a établi des règles pour le traitement et la libération des prisonniers de guerre.
L’esclavage n’était pas pratiqué pendant la vie du Prophète, et n’est apparu qu’après.
Les femmes faisaient partie du butin de guerre.
 
Nous devons être équitables et examiner le comportement des Musulmans qui appliquent la jurisprudence et pas le Coran.
 
Il y a eu aussi beaucoup de guerres entre Musulmans, comme aussi avec des Chrétiens.
Des milliers de personnes ont été tuées, et tous les prisonniers de guerre ont été libérés après la première guerre entre Musulmans.
 
Dans les Croisades, l’occupation de Jérusalem a donné lieu au massacre de 70.000 habitants. Lorsque Saladin a repris la ville, il a épargné les civils.
 
En Andalousie et au Maroc, 4.000 Espagnols prisonniers de guerre ont été restitués à l’Espagne. 
A Cordoue, les Chrétiens se sont comportés bien différemment.
 
Nous devons distinguer entre textes, les réinterpréter en fonction de leur contexte et de leur époque.
 
La description de son Institut, sur le site du Ministère : http://habous.gov.ma/fr/derniere-actualite/123-Dar-Al-Had...
 
Ronald Ofteringer souligne la nécessité de distinction entre texte révélé et interprétation humaine.
 
Dr. Mohammed ELBAZZAZ, Professeur de l’enseignement supérieur à la Faculté de droit de l’Université de Meknès, met en évidence le lien très étroit entre Principes humanitaires fondamentaux, DIH et Charia. Il y a complémentarité. La Charia est composée de textes du Coran et de textes du Prophète. La Charia a une longue histoire de quatorze siècles, tandis que le DIH date de 1864 ...
La Charia, texte sacré, ne peut pas être interprété. L’engagement envers la Charia est un engagement spirituel, intérieur, sanctionné dans ce monde et dans l’autre.
La sanction du DIH est humaine, disciplinaire ou pénale.
 
Parmi les principes sur lesquels se base le DIH, 
- le principe d’humanité a été réaffirmé et exige un traitement humain. Il existe aussi en Islam, religion de charité et de bonté;
- le principe de ne pas s’en prendre aux femmes et aux enfants et aux civils en général est contenu dans la Charia et dans la Sunna, de même que la protection des blessés, des prisonniers et des hommes de religion, ainsi que celle de l’environnement
- les Sultans du Maroc ont toujours tenu à traiter les prisonniers humainement, et l’ont fait savoir aux Rois d’Espagne contre lesquels ils se battaient.
 
Le Dr. Ameur ZEMMALI, ancien Conseiller juridique au CICR, a écrit une thèse de doctorat sur les prisonniers de guerre et l’Islam. 
 
L’islamophobie est croissante et il faut redonner leur importance aux valeurs communes aux Musulmans et au reste de l’humanité.
 
Le CICR travaille sur le dialogue avec les milieux islamiques depuis de longues années. 
 
Henri Dunant connaissait l’Algérie et la Tunisie.
 
Le CICR a été présent dans le monde musulman depuis sa fondation. Le CICR n’a exclu personne dans son dialogue avec l’Islam.
 
En revanche, il faut définir des priorités.
 
Le dialogue doit porter sur la jurisprudence islamique, qui est une branche du droit, et le DIH, qui est une branche du droit international public.
 
Le DIH repose sur trois piliers
- la protection des personnes hors de combat,
- la conduite des hostilités
- et la mise en oeuvre du DIH.
Ces trois piliers se retrouvent dans la jurisprudence islamique.
 
Le CICR agit pour protéger et assister les victimes de conflits armés.
 
Ce dialogue a amélioré la compréhension mutuelle entre CICR et droit islamique mais il doit être continué car les défis sont immenses : et notamment défis sécuritaires pour les délégués du CICR 
( une déléguée du CICR a été enlevée récemment au Yémen et n’a pas encore été libérée ).
 
Il faut voir la trinité du passé, du présent et du futur de ce dialogue, qui se poursuit. 
Il faut informer et conscientiser. Il cite en fin un proverbe arabe : « Les hommes sont ennemis de ce qu’ils ignorent ».
 
Ronald Ofteringer ouvre la discussion : 
 
- Un représentant du Centre international pour les Etudes islamiques de Qom, en Iran
(« International Center for Islamic Studies", Qum, Iran  www.imamreza.net/eng/index.php ) relève l’importance de la Déclaration du Grand Ayatollah Sistani, Autorité chiite en Irak.
 
- le Dr. Mohamed H. ELASBALI, Directeur exécutif du Comité du Croissant international islamique (« The Islamic Committee of the International Crescent » (ICIC), institution spécialisée de l’Organisation de la Coopération Islamique (OIC) (www.icic-oic.org), avec le Croissant-Rouge du Qatar a centré ce dialogue sur la jurisprudence islamique au cours de nombreux séminaires dont un à Téhéran; ils publient un magazine en arabe et en anglais (« Islamic Forum for International Humanitarian Law » www.icic-oic.org/en/ifihl.htm)
 
Parmi les intervenants, M. Salim Sani, de la Croix-Rouge canadienne, et parmi les déclarations :
 
- revenir à la Charia, qui véhicule des valeurs universelles;
- seule une minorité de Musulmans brise ce message d’humanité de l’Islam;
- tous les pays musulmans sont Parties aux instruments du DIH. Le problème n’est pas les Etats mais des parties qui n’acceptent pas le droit positif, le droit des hommes (« human made law »)
- le Représentant Permanent du Maroc à Genève est prêt à continuer ce dialogue. Il rappelle aussi la nécessité de détruire le discours extrémiste, « takfiri", pour lutter contre le terrorisme et corriger des comportements issus d’une période d’obscurantisme de l’Islam.
 
Ronald Ofteringer résume ce dialogue: il faut
 
- revenir aux textes de base
- se concentrer sur le principe d’humanité, essence même de l’action humanitaire et du DIH
- dialoguer sans exclure personne, quelle que soit la difficulté
- approfondir la méthodologie de ce dialogue
- garder un espace protégé à ce dialogue, en dehors de la politique.
 
Malgré l’heure matinale de la réunion, la salle était pleine… ce qui témoigne de l’intérêt pour ce sujet et de l’opportunité de le poursuivre.
 
Michel Veuthey

Commentaires

"Ronald Ofteringer souligne la nécessité de distinction entre texte révélé et interprétation humaine."

Un texte révélé, ça n'existe pas. C'est la première imposture.


"L’esclavage n’était pas pratiqué pendant la vie du Prophète,"

Mensonge éhonté.

http://www.thereligionofpeace.com/French/Quran/015-slavery.htm

Écrit par : Johann | 10/12/2015

C'est une comédie de plus, dont les seuls bénéficiaires sont connus d'avance: ceux qui se cachent sous l'étiquette de "droit islamique", qui ne fait que recouvrir une ensemble de lois religieuses barbares et désuètes. S'en réclament d'ailleurs que les plus fondamentalistes des Musulmans et ceux qui, parmi les "modérés" qui n'ont jamais rien compris à la notion de liberté de conscience.

Écrit par : Mère-Grand | 11/12/2015

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