27/09/2015

Enfants et conflits armés : les organisations régionales s'engagent

 

L'Union Européenne (UE) et l'Union Africaine (UA) organisaient au Palais des Nations à Genève ce vendredi 25 septembre 2015 un événement parallèle sur un sujet brûlant "La violence envers les enfants dans les situations de conflit armé" ("Violence against Children in Armed Conflict Situations »).  

L’UE, représentée par l’Ambassadeur Peter Sørensen, Chef de la Délégation de l’UE auprès des Nations Unies à Genève, a relevé les ORIENTATIONS DE L'UE SUR LES ENFANTS FACE AUX CONFLITS ARMÉS de 2007 (https://www.consilium.europa.eu/ue…/cmsUpload/10019.fr08.... ). La plupart des violations sont commises par des acteurs non-étatiques (NSAs) mais ce sont les Etats qui restent les premiers responsables… 

Les trois priorités sont


- améliorer la protection sur le terrain
- renforcer les mécanismes internationaux, dont ceux du système des Nations Unies
- lutter contre l'impunité et promouvoir la justice pour les enfants.

 

La protection comporte éducation et santé.


L'approche doit être globale, inclure aussi les jeunes filles, et tous les enfants, pas seulement les enfants-soldats,  et commencer par la prévention et inclure aussi la réhabilitation.

 

L'initiative "Children and Peace Initiative" vient du Prix Nobel pour la Paix attribué à l'UE en 2012. 

Le montant du Prix Nobel est utilisé pour l'éducation dans des situations de crise.
http://ec.europa.eu/…/what/humanitaria…/children-of-peace...

Il faut aussi renforcer les capacités locales ("capacity building").

L'UE met aussi l'accent sur la formation et en particulier au Mali et en Somalie.

Les Directives de l'UE ne sont pas un traité international contraignant mais un document politique, adopté au niveau ministériel.

Le « Plan d’action de l’Union Européenne sur les Droits de l’Homme et la démocratie » ("The EU Action Plan on HR and Democracy ») adopté en juillet 2015, aussi au niveau ministériel, comprend plusieurs mentions des enfants dans les conflits armés. C'est un document qui s'insère dans les Objectifs durables du développement (ODD) (en particulier l'Objectif 16.2 mais aussi 8.7. sur le travail des enfants). http://ec.europa.eu/…/evaluat…/response/2011/1298_rsp_en....

"The EU - UNICEF Child Right Toolkit" incorpore les droits des enfants dans les efforts de développement. Voir :
http://www.unicef.org/eu/crtoolkit/

L'UA a salué le 25e anniversaire de la Charte Africaine des droits et du bien-être de l'enfant ( www.achpr.org/fr/instruments/child ), malheureusement pas ratifiée par tous les pays africains. L'UA a envoyé des missions au Sud Soudan et en République Centrafricaine (RCA). Les 20 et 21 novembre 2015 à Addis aura lieu une Conférence commémorant cet anniversaire et faisant le point sur ce qui a été fait et sur ce qui devrait fait dans les 25 ans à venir.
Madame Marta Santos Pais, Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies contre les violences faites aux enfants, - See more at: https://srsg.violenceagainstchildren.org/fr#sthash.MIh2kq... y participera. Le Sommet de l'UA en juin 2016 examinera les propositions de cette Conférence de novembre 2015. 

Une occasion unique de mettre ensemble deux organisations régionales et la société civile, y compris "Save the Children », représentée dans cette réunion à Genève par Madame Anita Bay, qui rappelle que l'UNICEF souligne que la moitié des personnes déplacées (IDPs) sont des enfants...

L'Appel de Genève ("Geneva Call"), représenté par Carolin Nehme, Conseilklker juridique, rappelle que la protection des enfants est une de ses priorités en cherchant à influencer les acteurs armés non-étatiques à changer leur comportement. Il faudrait que les Gouvernements comprennent mieux pourquoi il faut laisser des organisations humanitaires, dont l'Appel de Genève,  dialoguer avec des acteurs armés non-étatiques

L'accès aux enfants est naturellement une condition d’efficacité.

Dans la discussion, les questions suivantes sont soulevées :

L'Ambassadeur de l'UA à Genève souligne que tous les instruments juridiques existent... Reste à les ratifier et à les appliquer. Il rappelle les 223 jeunes filles enlevées par Boko Haram; elles sont toujours détenues... Il faut une action concertée pour faire cesser ces activités terroristes ! Le 1er avril 2015, une résolution a été adoptée par consensus, il faut que cette résolution soit mise en oeuvre.

Madame Yvette Stevens, RP de la Sierra Leone, voudrait que davantage soit fait pour l'éducation en temps de crise. Elle rappelle l'exemple de son propre pays... et d'une génération perdue d'enfants n'ayant pas eu de scolarité pendant la crise et maintenant en grande difficulté malgré le retour de la paix.

L'Ambassadeur du Luxembourg, qui a présidé le Groupe de travail du Conseil de sécurité sur les enfants dans les conflits armés, s'est engagé dans la campagne "Children not Soldiers" (Enfants, pas soldats), lancée par Madame Leila Zerrougui, Représentante Spéciale du Secrétaire général des Nations Unies pour les enfants dans les conflits armés. https://childrenandarmedconflict.un.org/children-not-sold...
https://childrenandarmedconflict.un.org/…/une-annee-de-pr...

La question des enfants dans les conflits armés - et en particulier leur éducation - devrait être mentionnée au Sommet Humanitaire Mondial à Istanbul en mai 2016. La question sera à l'ordre du jour d'une réunion à Genève vendredi 2 octobre en salle VIII.

L'Ambassadeur de la Zambie pose la question de la formation des forces de maintien de la paix.

"What's the point of surviving, if you cannot live" aurait déclaré un enfant à Madame Anita Bay, de Save the Children, qui souligne que l'éducation doit vraiment être une priorité...

Madame Mariama Mohamed Cissé, Secrétaire exécutive du Comité Africain des Experts sur les Droits et le Bien-Etre de l'Enfant, voudrait attirer l'attention sur les conflits oubliés, comme par exemple en République Centrafricaine (RCA)… 

Même si le Sud-Soudan n'a pas ratifié la Charte Africaine, le processus est en route, après une mission sur place.

Le Représentant de la Turquie rappelle l'importance de l'éducation des enfants réfugiés.

L'Ambassadeur Delmi, RP d’Algérie à Genève, conclut 

1. Violences visibles et invisibles dans les conflits subies par les enfants dans les conflits armés. En mars 2014, l'Algérie avait présenté une résolution sur les violences invisibles. Et de souligner la responsabilité des Etats et des acteurs non-étatiques, y compris des médias, pour dénoncer ces violences.
2. Prévention : comment prévenir ? La société civile a aussi un rôle à jouer pour que ces enfants ne soient pas attirés vers ces groupes armés. 
3. Cadre normatif : nous avons les normes, ce qui manque, c'est l'action, spécialement au moment de la démobilisation et de l'intégration socio-économique après les conflits. Et de souligner la spécificité des enfants réfugiés, résultats et conséquences des conflits.

Il faut atteindre une synergie au plan national, régional (et sous-régional) et international.

La question de l'impunité doit être prise en charge à tous les niveaux: documentation, témoignage, sanction.

Les mécanismes de mise en oeuvre (étatiques et non-étatiques) pourraient être plus efficaces si des moyens supplémentaires étaient mis à leur disposition.

Il rend hommage au travail formidable de sa compatriote Leila Zerrougui et propose trois ligne d’action :

- Renforcer les mécanismes
- Prendre en charge la question de l'impunité
- Organiser un séminaire avec l'UE, l'UA et des ONG, sans la participation des Etats Membres... 

Un séminaire bien intéressant, à suivre…   

 

Michel Veuthey

 
 

image001.jpeg

UNICEF-crtoolkit.html.pdf

14/09/2015

CONSEIL DES DROITS DE L'HOMME - 30e SESSION - OUVERTURE

La 30e session du Conseil des Droits de l'Homme s'est ouverte ce matin à 9 h. au Palais des Nations.

Le programme provisoire de travail de cette troisième session annuelle ordinaire est très riche. 
En voici le calendrier...

Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux Droits de l'Homme, Zeid Ra'ad Al Hussein (Jordanie), a fait un rapport très complet à l'ouverture.

Après une année à son poste, il se sent "épuisé et en colère" :

- épuisé parce que le système n'a pas les ressources pour faire face, tandis que la misère humaine s'accroît, de la pauvreté écrasante à trop de zones de conflits armés persistants, refus des droits de l'homme de populations prises au piège entre extrémistes et Gouvernements, haine, racisme...

- en colère parce que si peu semble devoir changer par nos discours. Et de citer l'exemple de la Syrie, où des violations des droits de l'homme horrifiantes sont bien documentées et nous devons regretter le manque d'action de la communauté internationale (Etats, organisations internationales, ONG)...

Le Haut-Commissaire a ensuite mentionné la situation

- au Moyen-Orient, en Jordanie, au Liban, en Turquie, 

- en Europe, en Allemagne et en Suède pour leur remarquable leadership pour accueillir réfugiés et migrants

Le Haut-Commissaire a aussi salué la proposition du Président de la Commission Européenne demandant de recevoir 120.000 personnes dans les Etats Membres comme une question d'humanité et de dignité.

Il a regretté une culture d'impunité quand des crimes de Gouvernements ou d'extrémistes ne sont pas punis.

L'instabilité, les conflits sont coûteux.

Et de souligner le rôle de la société civile, menacée par des mesures restrictives en Chine, en Russie.

Il a aussi souligné le lien entre Droits de l'Homme

- et l'Agenda 2030 pour un développement durable

- et aussi les changements climatiques, qui multiplient les menaces, intensifient la probabilité de pauvreté, les conflits et les migrations précaires.

La République Centrafricaine (RCA), le Soudan, le Sud-Soudan, la Somalie, le Mali, l'Erythrée, le Burundi, l'Iran, le Myanmar, les Maldives, la Malaysie, l'Australie, le Népal, le Vénézuéla, la République dominicaine, l'Ukraine, la Moldavie, la Bulgarie et la France (ces deux derniers pays pour les expulsions de Roms), le Guatemala, le Honduras, l'Equateur, le Mexique, le Brésil, ont fait l'objet de mentions.

Le Haut Commissaire a exprimé sa sérieuse préoccupation sur l'Irak, le Yémen, la Syrie et la Libye, comme aussi sur Israël et les territoires palestiniens occupés.

Il a annoncé un rapport sur les violations graves intervenues dans les derniers mois de la guerre civile au Sri Lanka, demandé une enquête sur les allégations de crimes commis par des membres des forces de maintien de la paix en République Centrafricaine.

Le Haut Commissariat a ouvert un Bureau régional à Séoul qui sera la base pour faire des enquêtes sur les droits de l'homme en République populaire démocratique de Corée.

En octobre, le Haut Commissariat enverra une mission qui Sud Soudan.

Cette session sera aussi l'occasion de faire le point sur la situation des droits de l'homme en République démocratique du Congo, en Libye, en Ukraine at aussi sur les atrocités commises par Boko Haram, ainsi qu'au Yémen, en Irak et au Cambodge, où le Haut Commissariat a ouvert un Bureau.

Il évoque finalement l'Initative pour le changement du Haut Commissariat ("OHCHR Change Initiative"), les anniversaires de la fin de la Seconde Guerre mondiale, de la libération d'Auschwitz, des horreurs d'Hiroshima et de Nagasaki, les génocides au Rwanda et à Srebrenica.

Il conclut en soulignant que nos vies sont liées les unes aux autres; les actions dans un pays affectent beaucoup d'autres Etats... Si les principes fondamentaux des Droits de l'Homme ne sont pas protégés, le centre de nos institutions ne tient plus : développement durable, paix et respect de la vie et de la dignité humaine.

 

Michel Veuthey

POW_HRC_Sept2015.jpg