10/11/2014

Civilisation de l'Amour - Une espérance nécessaire

La Civilisation de l'Amour, espérance nécessaire, a fait l'objet d'un dialogue le jeudi 30 octobre à la Bibliothèque du Palais des Nations à Genève. En voici un rapport détaillé par une stagiaire de la Mission de l'Ordre de Malte à Genève, Cassandre Nonque.

Il est aussi possible d'entendre l'enregistrement audio et vidéo sur le site du CCEG et sur YouTube...

Les enregistrements vidéo et audio de ce « Book Launch » ont été mis par Yves Reichenbach sur le site du CCCEG : 

- pour l'audio, voir : http://www.cceg.ch/telechargements/enregistrements/

- pour la vidéo, voir : http://www.cceg.ch/telechargements/videos/

Et aussi sur YouTube :  http://www.youtube.com/watch?v=Ylm4YV3DtDo

Michel Veuthey

LA CIVILISATION DE LAMOUR

ESPÉRANCE OU UTOPIE ?

Book Launch et discussion - Rapport
Bibliothèque du Palais des Nations, Genève

Jeudi 30 octobre 2014, 12 h. 30 - 14 h. 30

Le Centre Catholique dEtudes de Genève, en collaboration avec la Bibliothèque des Nations Unies de Genève, lAssociation Internationale pour lenseignement chrétien, la Mission Permanente du Saint-Siège et la Mission Permanente de lOrdre de Malte, a organiséle jeudi 30 octobre 2014 àla Bibliothèque des Nations Unies, un Book Launch sur le thème « La civilisation de lamour : espérance ou utopie ? ». Ce débat était modérépar le Observateur Permanent adjoint de lOrdre de Malte, Michel Veuthey.

 Lobjectif de cet événement était douvrir un dialogue avec différentes approches sur une civilisation réconciliée, fondée sur lamour fraternel et sur la foi en Dieu au moment oùles conflits se multiplient, certains même au nom de la religion.

 

 

Cet événement, qui a réuni 130 personnes de parcours et âges divers, a étéouvert par une présentation de Don Patrick de Laubier de son livre « La civilisation de lamour selon Paul VI ». Ce sociologue estime que le programme de Paul VI est aujourdhui repris par son successeur le pape François et quil a peut être plus de chance d’être compris àlheure actuelle.

 Don Patrick de Laubier a choisi le sous titre : « espérance ou utopie ? » car la question avait étéposée par Paul VI. Cependant il avait vite écartélappel àlutopie qui était, selon lui, un alibi pour repousser des responsabilités immédiates et de vivre dans un futur hypothétique.

 

 Paul VI déclare son espérance qui est chrétienne, tout dépend du regard quon porte sur cette perspective, il y a soit le mythe soit le mystère. Le mythe est obscur par manque de mystère et le mystère est obscur par manque de clarté.

 

 La civilisation de lamour de Paul VI relève du kairos, ce qui signifie quil y a un avant et un après la mise en place de cette civilisation. Pour lui lannonce de la civilisation de lamour au sens de prophétie correspondant àlanalogie de lhistoire de lEglise et de la chrétienté

 

 

Ensuite, Nicolas Michel, ancien conseiller juridique des Nations Unies, a donnéson point de vue sur le livre. Selon lui, certaines déclarations de Paul VI font écho aux principes mêmes des Nations Unies.

 Cest tout dabord le cas de la déclaration de Paul VI du  4 octobre 1965, quil a fait àlAssemblée Générale des Nations Unies àNew York. En effet, dans celle-ci, il va insister sur le fait que lEglise na aucune leçon àdonner àlONU mais peut toutefois se rendre utile si besoin. De plus il va affirmer que « cette institution représente le chemin obligéde la civilisation moderne et de la paix mondiale (...). L’édifice que vous avez construit ne doit plus jamais tomber en ruine, il doit être perfectionnéet adaptéaux exigences que lhistoire du monde présentera. Vous marquez une étape dans le développement de lhistoire de lhumanité ». Malgrésa conscience des faiblesses et insuffisances du système onusien, Paul VI a partagéson sentiment despérance dans cette institution.

 

 Le 26 mars 1967, Paul VI, dans son encyclique sociale « Populorum Progressio », va constater que la question sociale est aujourdhui mondiale et rappelle la nécessitédune autoritémondiale efficace pour répondre aux besoins de la société.

 

Or cette question est encore dactualitépuisque le débat sur la création dune autoritémondiale nest toujours pas achevé.

 Nicolas Michel va poursuivre en se demandant si cette question du droit pourrait sinsérer dans la civilisation de lamour telle quannoncée par Paul VI. Il va sapercevoir que le droit est souvent perçu comme une discipline qui appartient àdes spécialistes et dont le mandat principal est de faire en sorte que ceux qui ont pris les décisions les formulent de façon adéquate pour éviter davoir des ennuis. Or cette vision du droit est contraire àla civilisation de lamour.

 

 Cependant cette vision nest pas celle que les rédacteurs de la Charte des Nations Unies avaient souhaitépromouvoir. Lobjectif de cette charte était déviter une nouvelle catastrophe similaire àcelle de la Seconde Guerre Mondiale : « Nous, peuples des Nations Unies, sommes résolus àpréserver les générations futures du fléau de la guerre,àproclamer ànouveau notre foi dans les droits fondamentaux de l'homme, dans la dignitéet la valeur de la personne humaine, dans l'égalitédes hommes et des femmes, ainsi que des nations, grandes et petites». Ici on saperçoit que bien plus que la promotion dune éthique du devoir, les rédacteurs ont souhaitémettre laccent sur l’éthique du bonheur.

 

 

Le Professeur JeanZiegler, membre du Comitéconsultatif du Conseil des Droits de lHommes des Nations Unies a donnéles raisons de son intérêt pour le livre « La civilisation de lamour selon Paul VI ». Tout dabord, le parallèle que Don Patrick de Laubier a effectuéentre le discours du Pape François de juin 2013 et la civilisation de lamour telle que promue par Paul VI, permet de sapercevoir que ce débat sinscrit totalement dans lactualité.

 De plus il considère que cette révolution est plus nécessaire que jamais àlheure de notre sociétécapitaliste dont les plus grandes entreprises sont exemptées de tout contrôle social.

 

 Et enfin au regard du contexte international, bien que la tâche de lEglise soit énorme, il ne la considère pas comme utopique mais plutôt comme urgente et immédiate.

 

 

Puis AndréNaftali Levy, spécialiste de la Bible hébraïque,sest exprimépour monterque nous retrouvons également cette civilisation de lamour dans la religion juive, notamment lorsque Abraham dit « si jaime ma mère, pourquoi je naimerais pas la votre ». Et comme Paul VI, M. AndréNaftali Levy va rejeter lutopie car cette notion signifie « bien heureux soi même », il considère donc que nous sommes dans lamour propre et non celui du prochain.

 

Selon Dr. Réda Benkirane, consultant auprès dorganisations internationales et du Conseil œcuménique des Eglises àGenève, la transversalitécest lavenir des sciences sociales. Son intervention ne va donc pas se cantonner au point de vue islamique. Cependant il rappelle que dans le Coran les 4 points majeurs sont la réalité, le droit, la vérité et dieu.

 Sur la question de vérité, il répond quaujourdhui les peuples ont limpression quelle émane du capitalisme. Ce nest plus la religion qui domine, mais la croyance dans le libre échange.

 

 Ainsi pour atteindre la civilisation de lamour, il faut que les peuples fassent valoir le principe de réalité, nous ne devons pas être utopiste mais plutôt promouvoir le droit des peuples, des individus àréagir.

Il conclut en citant une parole de IbnArabi représentant la dimension de lamour et de la fraternitédans lIslam: « Mon cœur devient capable de toute image : il est prairie pour les gazelle, couvrant pour les moines, temples pour les idoles, Mecque pour les pèlerins, tablette de la Torah et du livre du Coran.  Je suis la religion de lamour, partout oùse dirigent ses montures, lamour est ma religion et ma foi ».

Mgr. Silvano Tomasi, qui a co-parrainécet échange avec la Mission de lOrdre de Malte àGenève, a ajoutéque Paul VI s’était, dès sa première lettre, concentrésur limportance du dialogue. Il estimait que c’était la méthode àadopter pour se confronter et rejoindre les autres communautés, religions, idéologies politiques. A travers ces dialogues il voulait arriver àla justice. Or aujourdhui nous sommes arrivés àun moment oùles institutions internationales sont faibles et ont du mal àprévenir laugmentation de la violence dans le monde. Et la question qui se pose est « Quelle est la raison qui empêche àces institutions d’être efficaces ? ». Mgr. Silvano Tomasi apporte une proposition de réponse avec la civilisation de lamour. En effet, il estime quil est possible àtravers cette civilisation de récupérer l’âme humaine pour créer un contexte politique et social qui mène àla paix et non àla violence.

Michel Veuthey a conclu le Book Launch en remerciant les intervenants pour leurs dialogues très enrichissants et les invités de s’être déplacés. Il a ensuite rappelé que finalement la civilisation de lamour nest pas une utopie mais une espérance nécessaire. Et que cette civilisation ancrée dans une dimension spirituelle est le fruit dun dialogue que nous devons absolument poursuivre. 


Les enregistrements vidéo et audio de ce « Book Launch » ont été mis par Yves Reichenbach sur le site du CCCEG : 

- pour l'audio, voir : http://www.cceg.ch/telechargements/enregistrements/

- pour la vidéo, voir : http://www.cceg.ch/telechargements/videos/

Et aussi sur YouTube :  http://www.youtube.com/watch?v=Ylm4YV3DtDo

 Cassandre Nonque

 Genève, le 10 novembre 2014

 

 

 


Commentaires

Pour un juif la mère juive de l'un n'est pas la mère non juive de l'autre. Le premier est reconnu "juif", le second, non: civilisation de l'amour qui accueillerait l'un en rejetant le second?

Comme on dit: Dieu reconnaîtra les siens.

Ce qui motive ces lignes n'est en aucun cas de la judéophobie. Juste, le désir d'attirer l'attention sur un fait (vécu et éprouvé par moi-même: "Vous n'êtes pas des nôtres parce que votre mère n'était pas juive"! à moi en période de grand deuil affirmé en guise de réconfort... ce qui n'attise pas la gratitude. Simple détail, certes, mais rien, enseigne le Dalaï Lama, n'est "anodin"!

Écrit par : Myriam Belakowsky | 20/11/2014

Les commentaires sont fermés.