17/10/2013

Protection de la population civile : une journée de réflexion à Berne

La Suisse organisait aujourd'hui 17 octobre à Berne une journée qui réunit plus de six cents participants pour discuter de la protection de la population civile dans les conflits armés. Parmi les orateurs, Didier Burkhalter, Chef du DFAE, Peter Maurer, Président du CICR, Hugo Slim, de l'Université d'Oxford, le Capitaine Brice Erbland (France), Peter Bouckaert (Human Rights Watch), l'Ambassadeur Valentin Zellweger, Directeur, Direction du Droit international public, et l'Ambassadeur Claude Wild, Chef de la Division Sécurité Humaine, DFAE.

 

Le Chef du DFAE a relevé trois points dans son allocution :
 
- l’initiative de la Suisse et du CICR pour renforcer la mise en oeuvre du DIH par des réunions périodiques des Etats Parties
- les enfants-soldats
- le financement de la formation de 150 délégués du CICR

Le Président du CICR a relevé les principaux défis auxquels fait face le CICR aujourd'hui :
 
- la protection des populations civiles
- les attaques contre le personnel médical
- l'accès aux victimes
- l'approche des différents acteurs des conflits
- la confidentialité du CICR et ses limites
 
Un médecin syrien a témoigné des attaques systématiques dont sont victimes les hôpitaux et postes sanitaires en Syrie.
 
Un ancien commandant des FARC a évoqué les problèmes d'application du droit humanitaire dans un conflit asymétrique comme la Colombie.
 
Un capitaine français, pilote d'hélicoptère en Afghanistan, a témoigné de l'importance de la formation des militaires en droit international humanitaire.

MIchel Veuthey

Texte intégral de l'allocution de M. Burkhalter

«La tradition humanitaire de la Suisse est l'expression de sa responsabilité, comme les yeux sont l'expression d'un visage»

17.10.2013 

Bern, 17.10.2013 – Allocution du Conseiller fédéral Didier Burkhalter à l'occasion de la conférence annuelle de la Division Sécurité humaine (DSH) du DFAE à Berne

Mesdames et Messieurs les représentants du Parlement
Mesdames et Messieurs les représentants du gouvernement cantonal
Monsieur le Président du CICR,
Mesdames, Messieurs,

La guerre n’épargne personne : ni les combattants, ni les civils ; ni les hommes, ni les femmes ; ni les enfants, ni les adultes. Même ceux qui apportent de l’aide ne sont pas épargnés : nous partageons le souci du CICR par rapport à ses trois collaborateurs toujours pris en otage en Syrie et espérons qu’ils seront bientôt libérés.

Plus de 100'000 Syriens ont déjà péri dans la guerre civile qui ravage ce pays depuis le mois de mars 2011. Et le nombre de morts en Syrie ne représente hélas qu’une petite partie des personnes tués dans des guerres, souvent bien moins médiatisées : Durant les seuls six premiers mois de l’année en cours, plus de 3000 civils ont perdu la vie en Iraq.

Le nombre de morts n’est cependant qu’une partie de la réalité de la guerre : Les blessés sont bien plus nombreux et leurs souffrances nécessitent des soins souvent difficiles à assurer au milieu des conflits.

Et puis, la guerre brise des rêves d’avenir, elle détruit des perspectives, avant tout pour les plus jeunes. Au moins 250'000 enfants servent de gré ou de force dans des forces armées régulières ou dans des groupes armés, comme par exemple en République Démocratique du Congo ou en Afghanistan.

Ceux qui se sentent menacés par la guerre n’ont souvent pas d’autre choix que de fuir, de fuir et d’alimenter des flux de réfugiés et de déplacés internes immenses dans des régions fragiles dont nous n’entendons jamais parler dans les médias. Dans la région soudanaise du Kordofan du Sud par exemple, on dénombre près d’un million de personnes déplacées ou de réfugiés qui n’ont qu’un accès très restreint à l’aide humanitaire. 

Les chiffres sont accablants. Mais ils ne représentent que la face comptable du problème. Derrière chaque chiffre, il y a une personne, chacune avec son sort, son histoire, ses besoins, ses vulnérabilités et ses forces propres.

Nous avons un devoir de nous engager. De nous engager pour sauver des vies et pour réduire la souffrance. Car il en va de vies humaines et non pas de statistiques. Nous ne devons jamais oublier cela.

Tradition humanitaire et devoir constitutionnel

Mesdames, Messieurs,

La Suisse a une responsabilité humanitaire. Une responsabilité de s’engager pour la protection des civils menacés. La tradition humanitaire de la Suisse est l’expression de cette responsabilité, comme les yeux sont l'expression d'un visage.

Dans son histoire, notre pays a d’abord édicté des règles propres pour ses forces armées. En 1393, le Convenant de Sempach établissait déjà des normes protégeant les femmes et les édifices religieux.

Bien plus près de nous, le général Dufour, commandant les forces fédérales pendant la Guerre du Sonderbund, mettait sous la sauvegarde de ses forces les enfants, les femmes, les vieillards et les ministres de la religion. Il ajoutait : Celui qui porte la main sur une personne inoffensive se déshonore et souille son drapeau. Dufour sera plus tard un membre fondateur du CICR.

Le soutien que la Suisse a apporté et qu’elle apporte aujourd’hui au CICR est un élément essentiel de notre tradition humanitaire. Depuis 150 ans, cette organisation s’emploie à rendre les conflits armés un peu moins barbares, à soulager la souffrance de ceux qui sont affectés par la guerre, et à faire mieux connaître, mieux comprendre et mieux respecter le droit international humanitaire. Le CICR a fourni tout au long de son histoire et continue de fournir un apport décisif à la sécurité par le droit.

La Suisse entretient une relation privilégiée avec le CICR. Une relation qui s’est surtout construite et qui perdure sur la base de valeurs communes : la conviction qu’il faut protéger les victimes des conflits armés, sans distinction aucune, et qu’il faut tout mettre en œuvre pour que soit respecté le droit international humanitaire.

La Suisse est chargée à cet égard d’une responsabilité particulière. En effet, elle porte dans sa politique extérieure et dans sa Constitution ces valeurs. Notre Constitution stipule notamment la tâche de soulager les souffrances des populations dans le besoin. Le Conseil fédéral accorde dès lors une place importante à l’aide humanitaire dans sa stratégie de politique étrangère.

Etat dépositaire des Conventions de Genève, la Suisse s’engage pour la sécurité par le droit. Cela correspond autant à nos valeurs qu’à nos intérêts : un monde où les crimes de guerre seraient normaux serait incompatible avec nos valeurs, mais aussi contraire à nos intérêts : nous aussi avons à gagner d’un monde qui respecte la dignité des êtres humains même pendant la guerre. Surtout pendant la guerre.

Quel est le défi central dans le domaine de la protection des civils ?

Mesdames, Messieurs,

La protection des civils dans le cadre des conflits armés se heurte aujourd’hui à des défis importants qui seront évoqués au courant de cette journée. J’aimerais pour ma part en évoquer un qui me semble central : le respect du droit international humanitaire. 

En dépit d’un droit humanitaire plus développé que jamais, force est de constater que la protection offerte dans le cadre des conflits armés est insuffisante. Ce manque de protection ne découle pas de lacunes dans le droit humanitaire. Ce qui fait défaut aujourd’hui, c’est le respect et la mise en œuvre du droit existant.

Les Etats se sont dotés de règles de droit humanitaire pour règlementer la guerre, la conduite des hostilités et la protection de ceux qui, au milieu de la guerre, ne participent pas ou plus aux hostilités.

Ce droit s’est beaucoup développé au cours des dernières décennies. De nouvelles conventions telles que celles sur les mines antipersonnel ou sur les armes à sous-munitions ont été adoptées. Elles ont pour but d’améliorer la protection des civils.

Ce qui fait urgence aujourd’hui, ce ne sont pas des nouvelles règles. C’est un meilleur respect des règles existantes. Un meilleur respect, afin que des vies puissent être sauvées et des civils protégés.

Que fait la Suisse ?

La Suisse s’engage de multiples façons en faveur de la protection des civils dans le cadre de conflits armés. La sécurité et les droits de ceux qui sont le plus vulnérables est une priorité de notre pays. Raison pour laquelle la sécurité au sens large, donc la sécurité humaine, est un axe essentiel de notre politique étrangère.

J’aimerais évoquer quelques exemples concrets pour illustrer l’engagement de la Suisse.

1. La Suisse s’engage pour le renforcement du respect du droit humanitaire: de concert avec le CICR, la Suisse a lancé une initiative pour chercher des moyens concrets pour donner des structures institutionnelles au droit humanitaire. Car si le droit humanitaire n’est pas suffisamment respecté, c’est en grande partie en raison de l’absence de structures institutionnelles.

En effet, les Conventions de Genève et leurs Protocoles additionnels sont les seuls traités internationaux relatifs à la protection des personnes qui ne prévoient pas de réunion régulière des Etats parties.

Les autres traités de droit international humanitaire, tels que ceux sur les armes, établissent une Conférence, Assemblée ou réunion des Etats parties. Ces réunions offrent la possibilité de dialoguer sur les moyens d’améliorer leur mise en œuvre.

Forts du soutien que tous les Etats apportent à notre initiative, je suis confiant que ce processus aboutira à la création de structures institutionnelles nécessaires pour garantir et contrôler un meilleur respect du droit humanitaire. 

2. L’accès aux victimes est régulièrement un souci majeur en cas de conflits armés. La Suisse s’engage dans ce domaine et coopère étroitement avec ses partenaires et les organisations qui apportent de l’aide humanitaire dans les régions affectés.

Le CICR est le principal partenaire stratégique de la Suisse dans le domaine humanitaire, un domaine si central de son action que, souvent, on associe l’un à l’autre dans cette belle expression qu’est « la Suisse humanitaire ».

Depuis 150 ans, le CICR travaille sans relâche à apporter de l'aide là où il y en a besoin et de l’humanité là où il y en a le moins. C’est en reconnaissance de ce travail que la Suisse a décidé de lui offrir, à l'occasion de cet anniversaire, 150 délégués ou plus précisément le financement du recrutement et de la formation de ces nouveaux délégués.

Ces délégués vont apporter un peu de réconfort, d’aide et de sécurité à des personnes qui vivent dans des situations de détresse inimaginable. Pour des milliers de victimes dans le monde, ces 150 jeunes seront des porteurs d’espoirs et le plus « beau visage de l’humanité ».

3. La Suisse s’engage de longue date dans la lutte contre les armes chimiques. En effet, ces armes de destruction massive sont par définition incapables de faire la différence entre un civil et un combattant. Elles sont d’une cruauté particulière et leurs premières victimes sont hélas bien trop souvent la population civile.

Actuellement, la Suisse soutient les activités du plus récent lauréat du prix Nobel de la paix, l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques OIAC. La Suisse met à sa disposition les capacités d’analyse du laboratoire de Spiez, des experts ou en apportant un soutien financier immédiat à hauteur d’un million de francs suisses pour financer les activités de l’organisation en lien avec la destruction de l’arsenal chimique syrien.

Le travail accompli par l’OIAC lui vaut largement le Nobel. Nous ne devons toutefois pas nous contenter de féliciter cette organisation mais nous devons également nous en inspirer. L’exemple récent d’inspecteurs de l’OIAC bravant les dangers de la guerre pour détruire des armes chimiques en Syrie est une mesure concrète pour la protection des civils. Car chaque arme chimique détruite participe directement à la protection de vies humaines.

Stratégie pour la Protection des civils

Mesdames, Messieurs,

La Suisse accorde une très grande importance à la protection des civils dans les conflits armés. Le Président de la Confédération Ueli Maurer l’a rappelé récemment lors d’un événement conjoint en marge de l’ouverture de l’assemblée générale de l’ONU.


La Suisse était le premier pays au monde à avoir adopté en 2009 une stratégie pour la protection des civils dans les conflits armés. Un des succès de cette stratégie est l’initiative lancée par la Suisse en 2009 sur l’accès humanitaire en situations de conflits armés. En effet, l’accès aux populations dans le besoin est problème-clé dans les régions en crise. 

En diffusant les règles pertinentes du droit international et en résumant et distribuant des directives à l’attention des travailleurs humanitaires dans le contexte de l’accès humanitaire, la Suisse a développé des outils utiles et appréciés sur le terrain pour faciliter et améliorer l’accès aux victimes.

Après presque cinq ans, l’idée d’une stratégie pour la protection des civils reste – malheureusement – d’actualité. Les besoins de protection n’ont pas diminué : dans les conflits qui font rage au moment même où je vous parle, les combats se déroulent rarement sur des champs de bataille à l’écart des populations ; ils ont lieu sur les places publiques, dans les rues, sur les marchés. De plus, la population civile a besoin aussi de protection dans des contextes fragiles, où un conflit pourrait éclater ou bien vient de se terminer. Un exemple pour une tel situation est le Mali.

Nous avons retravaillé cette stratégie et le Conseil fédéral en a pris connaissance lors de sa séance de hier. Ce document comprend toutes les activités de la Confédération dans le domaine de la protection des civils (et non seulement celles du DFAE). La stratégie a pour but d’augmenter la cohérence et l’impact de nos mesures – autant sur le terrain que dans le cadre d’organisations multilatérales.

Selon la nouvelle stratégie, les actions présentes et futures de la Suisse dans le domaine de la protection des civils s’articulent sur trois axes :

1) le renforcement du respect du droit, 
2) une meilleure protection des personnes dans des conflits 
3) le renforcement de l’action des missions de maintien de la paix.

Voici quelques exemples

1) Le non-respect du droit humanitaire par certaines parties à des conflits représente un problème important. Il faut pour cette raison identifier les meilleures manières de dialoguer avec elles. La Suisse met dans son action un accent particulier sur le dialogue avec les groupes armés et est convaincue qu’il le faut.

On ne peut améliorer le respect du droit sans demander des comptes aux auteurs des violations. La Suisse s’engage de manière déterminée à combattre l’impunité. Elle le fait dans le but de prévenir des crimes qui font honte à l’humanité et dans le but de rendre justice aux victimes de tels actes.

En particulier,  nous nous engageons avec fermeté en faveur de la Cour pénale internationale. Il y a trois semaines, la Suisse a lancé une déclaration de soutien, signé par 24 Etats, en faveur de la Cour.

Ce genre de soutien politique est particulièrement important actuellement. En effet, face aux tentatives de remettre les principes fondamentaux de cette institution en question notamment en demandant l’immunité pour les plus hauts responsables, la Cour pénale internationale a besoin de tout notre soutien. Elle doit pouvoir poursuivre son travail de sécurité par le droit, travail essentiel  pour la protection des civils.  

2) Afin de renforcer les actions en faveur des personnes à protéger, la Suisse offre par exemple un soutien financier conséquent aux activités opérationnelles de différentes agences humanitaires.

Elle détache aussi du personnel spécialisé, comme par exemple une conseillère pour le thème des personnes déplacées mise à disposition du Bureau de la coordination des affaires humanitaires à New York ou des conseillers en protection auprès du Programme Alimentaire Mondial.

Par ailleurs, l’aide humanitaire de la Confédération remédie aussi à des effets directs des conflits sur les infrastructures, en particulier les infrastructures d’eau et d’hygiène, par exemple au Soudan du Sud.


3) Afin de renforcer l’action de protection des missions de paix internationales, la Suisse contribue financièrement aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies par sa contribution à l’organisation et soutient des centres de formation comme le Kofi Annan International Peacekeeping Training Centre à Accra, au Ghana : deux officiers suisses y sont détachés et la Confédération y finance en outre l’organisation d’un cours sur la protection des civils.

Elle met par ailleurs du personnel de police et des experts civils à disposition de missions internationales de maintien de la paix, comme en République Démocratique du Congo.

Mesdames, Messieurs,

Le but de la stratégie pour la protection des civils consiste également à donner à la Suisse un cadre pour développer des activités dans des domaines dans laquelle elle n’a pas été toujours très active par le passé.

Je souhaite que la Suisse soit particulièrement active dans tout ce qui concerne la protection de la jeunesse, qui est l’avenir de notre planète. Pour ne rien vous cacher c’est dans ce thème que je trouve, depuis toujours, la motivation essentielle à mon engagement politique : préparer un avenir meilleur pour nos enfants.  
Dans le cadre de cette stratégie, j’ai souhaité que la Suisse s’engage à l’avenir plus fortement dans la lutte contre le recrutement et l’emploi d’enfants soldats. Des efforts existent déjà mais la communauté internationale doit agir plus et peut être plus efficace dans la lutte contre ce véritable scandale humain. Un enfant doit porter le flambeau de la vie, pas être un messager de mort !

On estime qu’au moins 250'000 enfants servent actuellement dans des forces armées étatiques ou des groupes armés. Chacun de ces 250'000 cas est un scandale humain. J’ajoute par ailleurs que jusqu’à 40% de ces cas concernent des filles.

Leurs situations varient énormément : certains sont recrutés de force, d’autres sont volontaires par manque d’alternatives et de perspectives; certains sont avec leurs familles, d’autres en sont séparés; tous n’ont pas des fonctions militaires, mais tous sont mis en danger et tous sont sur une voie qui ne peut pas être la perspective que notre monde offre à des enfants.

Leur recrutement a un impact à très long terme, non seulement sur la vie de ces enfants, mais aussi sur une société dans son ensemble. Cette réalité brise des vies à leur racine.

La Suisse soutient d’ores et déjà plusieurs organisations actives dans la lutte contre le recrutement d’enfants soldats. Elle s’engagera davantage à l’avenir dans la prévention et la réinsertion dans les régions concernées.

Une attention particulière sera accordée au recrutement par des groupes armés. Certains continuent à recruter des enfants en grand nombre et, même si chaque cas individuel compte, c’est avec eux que nous pouvons avoir le plus grand impact.

Mesdames, Messieurs,

La meilleure protection demeure la prévention. La prévention de la violence et de la guerre sera toujours la façon la plus efficace de garantir la sécurité des populations. C’est la raison pour laquelle la Suisse s’engage en faveur de la paix et des droits de l’homme dans le monde. Mais quand la prévention a failli, il ne reste plus qu’à unir nos forces pour offrir la meilleure protection possibles à ceux qui en ont besoin.

Le conflit en Syrie nous montre chaque jour à quel point la protection des civils est une tâche complexe mais malheureusement nécessaire. Les défis sont nombreux, les dangers multiples. C’est la raison pour laquelle tous les acteurs privés et publics, ainsi que les Etats doivent adopter une approche cohérente et concertée. C’est la seule manière de protéger réellement les hommes, les femmes et les enfants des pires dérives de la guerre.

Je l’ai dit tout à l’heure, notre politique étrangère défend des intérêts mais aussi des valeurs. La protection des civils tout comme la prévention et la résolution des conflits contribuent aux deux. Il est dans l’intérêt d’un pays comme la Suisse d’avoir un monde aussi stable que possible ; il est dans ses valeurs de contribuer à protéger ceux qui souffrent à cause des conflits armés.

Je vous remercie de votre attention et vous souhaite une excellente conférence.

 

14/10/2013

VERS UN SOMMET HUMANITAIRE A ISTANBUL EN 2016 ET DE NOMBREUSES CONSULTATIONS PREPARATOIRES ...

OCHA ("Office for the Coordination of Humanitarian Affairs") organisait ce lundi matin 14 octobre au Palais des Nations une réunion d'information sur le "Sommet Humanitaire Mondial" ("World Humanitarian Summit: Partnerships in a Changing Humanitarian Landscape") prévu pour Istanbul en 2016.

 

1. Madame Valerie AMOS, Under-Secretary-General and Emergency Relief Coordinator, OCHA

 

La Turquie est le 4e donateur humanitaire cette année, surtout en relation avec les réfugiés syriens. ll ajoute que la Suisse reste importante notamment en ce qui concerne les valeurs humanitaires.

 

L'ONU et les organisations humanitaires soutiennent maintenant ce Sommet.

 

Il faut avoir des partenariats entre diverses organisations, en tenant compte de la diversité des acteurs humanitaires.

 

Partager les meilleures pratiques.

 

Le Sommet aura lieu en 2016 pour bénéficier des nombreuses réunions qui vont précéder:

 

- Les Objectifs Millénaires du Développement ("MDGs") ("Post-2015 Development Agenda") et les réunions préparatoires:

http://post2015.iisd.org/events/  

http://post2015.org/2013/07/03/calendar-of-upcoming-post-2015-and-development-events/

 

- Conférences sur les changements climatiques (la prochaine a lieu à Varsovie en novembre 2013)

 

- 32e Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, à Genève, en novembre 2015

 

- Conférences pour la réduction des risques, sous la direction de Margareta Wahlström, Special Representative of the UN SG for Disaster Risk Reduction, et de l'UNISDR ("United Nations Office for Disaster Risk Reduction") : 

 

• Conférences ministérielles en avril 2014 pour les pays arabes, 

• en mai pour l'Europe à Bruxelles, 

• en mai-juin en Afrique, 

• du 27 au 29 mai en Equateur pour les Amériques, 

• du 23 au 26 juin pour l'Asie à Bangkok, 

• éventuellement aussi en juin pour le Pacifique 

• et en octobre 2014 à Madrid;

• et du 14 au 18 mars 2015 la Conférence mondiale sur la réduction des risques ("World Conference on Disaster Risk Reduction") à Sendai, au Japon.

 

Une série de consultations régionales auront lieu en 2014 et 2015 pour mieux définir les quatre thèmes du Sommet :

 

Un petit Secrétariat sera mis sur pied avec un Directeur et quatre sections qui prépareront les quatre secteurs du Sommet :

 

1. l'efficacité humanitaire

2. la réduction de la vulnérabilité et la gestion du risque

3. la transformation par l'innovation

4. les réponses aux besoins des personnes victimes de conflits.

 

2. L'Ambassadeur de TURQUIE prend ensuite la parole.

 

Il souligne le rôle d'Istanbul comme plaque tournante ("hub") des efforts humanitaires dans le cadre de la crise syrienne, mais aussi d'autres crises humanitaires.

 

3. M. Arne WICKI, Chef de la section multilatérale de l'aide humanitaire à la Coopération Suisse au Développement 

 

Il félicite la Turquie. La Suisse participera aux préparatifs et appuiera la Turquie et l'OCHA. L'importance de l'expertise humanitaire à Genève justifie une réunion préparatoire dont la date est à déterminer. Il faut en effet améliorer le système humanitaire.

 

5. Le Japon salue l'initiative du SG et est prêt à tenir des consultation régionales à Tokio. Une conférence aura lieu à Sendai.

 

6. Le Pakistan souligne le rôle capital humanitaire de la Turquie et relève la longue expérience humanitaire du Pakistan, qui accueille des réfugiés depuis trente ans et a subi des inondations et des tremblements de terre. Tout en respectant les bailleurs de fonds, nous ne devons pas oublier les Gouvernements des pays affectés. Ce qui compte, en plus de l'aide humanitaire, c'est le renforcement des capacités à long terme pour ne pas être dépendants dans la durée de l'aide humanitaire. Pour les situations de conflits, il faut d'abord en rechercher les solutions politiques. Et ne pas entrer dans le débat de l'intervention humanitaire, qui couvre pour certains l'action humanitaire, pour d'autre l'occasion à une intervention militaire... Beaucoup d'actions humanitaires sont liées au changement climatique, et certains pays, dont le Pakistan, sont plus vulnérables.

 

7. Le Luxembourg participera de façon enthousiaste à cette préparation, étant Président de l'UE dans le second semestre 2015. Intérêt particulier à la transformation par la communication, en particulier des communications d'urgence.

http://www.itu.int/net/pressoffice/press_releases/2011/52-fr.aspx#.UlvvExaey2x ("Une plateforme pour les communications d'urgence par satellite à l'appui de l'action humanitaire dans le monde. L'UIT et le Luxembourg coopèrent pour mettre les télécommunications au service des secours en cas de catastrophes") 

et le site de cette coopération:  http://emergency.lu 

 

8. L'Union Européenne soutient ce Sommet et remercie la Turquie. 

Processus participatif, inclusif et tourné vers l'avenir. 

Préserver les normes et les valeurs du système actuel.

 

9. L'Allemagne remercie Madame Amos de venir à Genève pour présenter ce Sommet.

Défis et occasions, sur le fond  et sur la procédure de consultation pour inclure tous les acteurs de faire valoir leur rôle.

L'Allemagne est prête de tenir une réunion préparatoire et à mettre à disposition ("second") du personnel.

 

10. La Norvège estime qu'il faut rappeler les principes humanitaires fondamentaux, la protection des femmes. Oslo est prêt à héberger une réunion sur la protection des populations civiles et ce en partenariat avec l'Argentine et l'Ethiopie.

Voir à ce sujet la Conférence d'Oslo en mai 2013 sur la protection des civils ( http://www.norway-geneva.org/unitednations/humanitarian/Norway-will-host-a-conference-on-protection-of-civilians-under-IHL-in-Oslo-/#.UlvwAxaey2w ) organisée en partenariat avec l'Argentine, l'Autriche, l'Indonésie et l'Ouganda.

 

11. OXFAM voudrait des résultats concrets : le système actuel attire critiques et scepticismes.

 

12. Le Brésil soutient le Sommet et la Turquie.

 

13. L'Organisation de la Coopération Islamique (OCI), dont la Turquie est un Membre très actif, a développé une action humanitaire et souligne la nécessité de coordonner les actions à l'intérieur des Membres de l'OCI et à l'extérieur avec l'ONU et avec le CICR et d'autres organisations. Il faut accompagner les populations en profondeur, renforcer leur résilience.

 

14. L'Ethiopie souligne les ONG locales ("local grassroots NGOs") qui souvent font l'essentiel pour les personnes affectées. 

Il faut des approches innovatives et serait prêt à héberger une consultation régionale.

 

15. L'ICVA voudrait avoir des informations pratiques. Il faut aussi inclure l'arabe et le français et pas seulement l'anglais. 

Et inclure aussi les petites ONG locales.

 

16. Madame AMOS répond

 

- ce n'est pas notre intention de réinventer la roue mais de faire le point sur ce qui a été fait, les défis, les lacunes, les leçons à tirer

- OCHA va continuer à créer des partenariats dans une approche inclusive

- l'intention n'est pas de remettre en question les principes humanitaires fondamentaux mais de savoir comment les appliquer dans un contexte changeant, et comment les renforcer 

- s'assurer aussi que les liens entre l'humanitaire et le développement, la préparation, la réduction des risques soient opérationnels

- il y aura un Secrétariat spécifique dirigé par un D1, et quatre équipes travaillant sur chacun des quatre thèmes du Sommet.

- les consultations régionales risquent d'être difficiles

- des sujets tels que les changements climatiques vont être incluses dans les quatre thèmes

- il faudra un Forum des ONG pour donner l'occasion aux petites ONG locales de s'exprimer

- il y aura une plateforme Web interactive où tout un chacun, individus, ONG, etc, pourront s'exprimer

- avoir des partenariats entre un pays donateur soutenant un pays récipiendaire pour l'organisation de consultations régionales

- réfléchir comment faire participer le public pour faire comprendre les enjeux et les résultats attendus

- réfléchir comment inclure des organisations qui ne sont pas encore incluses dans les mécanismes de coordination

- notre système humanitaire actuel n'est pas tenable, ni sur le plan des coûts financiers ni pour l'efficacité à long terme.

 

A noter deux questions :

 

A. La protection des populations civiles, pour laquelle la Suisse, la Belgique et la Norvège présentent des projets parallèles

 

B. Les principes humanitaires qui semblent être remis en question...

 

Michel Veuthey

 

Voir aussi les sites suivants :

 

http://www.preventionweb.net/posthfa/documents/Frequently_asked_questions_about_HFA2_consultations_final.pdf

 

http://www.drdinitiative.org  ("Disaster Response Dialogue")  et le Plan Stratégique 2013-2015 

 

http://www.drdinitiative.org/public_html/wp-content/uploads/2013/09/DRD-Strategic-Plan-2013-2015.pdf

11/10/2013

Droits de l'homme : les objectifs des Nations Unies

Madame Navi Pillay, Haut-Commissaire des Nations Unies aux Droits de l'Homme, présentait,  jeudi 10 octobre au Palais des Nations, les six stratégies pour les quatre ans à venir, 2014-2017 ( à titre de comparaison, voir le texte anglais ci-dessous de son précédent exposé, en 2010 ) :

 
1. Renforcer les mécanismes internationaux
2. Intégrer les droits de l'homme dans le développement et dans la sphère économique 
3. Alerte précoce et protection des droits de l'homme dans des situations de conflit, de violence et d'insécurité
4. Renforcer l'égalité et lutter contre la discrimination, en particulier raciale, de sexe et de religion
5. Lutter contre l'impunité et renforcer l'état de droit
6. Elargir l'espace démocratique.
 
Ces six priorités sont indivisibles et interdépendantes et couvrent des personnes telles que les migrants, qui faisaient l'objet d'une priorité particulière en 2010.
 
1. Renforcer les mécanismes des Droits de l'Homme 
 
Améliorer le rôle des mécanismes pour tous les domaines, en particulier pour les droits économiques et sociaux.
 
La migration reste un domaine transversal.
 
Comment renforcer la cohérence et les synergies entre tous les mécanismes ?
 
Améliorer aussi la base de données sur les procédures et la mise en oeuvre des recommandations.
 
Renforcer le rôle de plaidoyer, en particulier pour le droit au développement.
 
Mieux soutenir les mécanismes nationaux.
 
Utiliser les nouvelles technologies et les réseaux sociaux.
 
2. Intégrer les Droits de l'Homme dans le développement et dans le domaine économique
 
Dès le printemps arabe, on a vu que les signes d'alerte précoce venaient de dénis de droits économiques et sociaux, de gens exclus du développement de leur pays. Et on assiste alors à des cycles répétitifs des violences. 
- Business et DH : réaffirmer la responsabilité de l'économie privée
- Eau et hygiène, terre, logement
- Programme de développement post-2015
- Droits sociaux et culturels.
 
3. Alerte précoce

Ce n'est pas nouveau, car les Droits de l'Homme s'appliquent en tout temps. Cette stratégie concerne plutôt les conflits armés et des crises humanitaires, causées par l'homme ou non, et de violence généralisée comme le crime organisé, par exemple la traite d'êtres humains. Ces situations résultent souvent de violations des Droits de l'Homme.
 
Mieux recueillir, compiler et utiliser suffisamment tôt ces informations auprès de nombreuses sources avant que les situations ne dégénèrent.
 
Droit à la vie, à la dignité humaine, à la santé.
 
Responsabiliser tous les acteurs, y compris les groupes armés, étatiques ou non.
 
Garantir le droit des victimes à la protection.
 
Travailler avec la société civile en renforçant sa capacité, au niveau local et international.
 
Prévenir la dégradation de situations.
 
Etre en mesure de réagir rapidement, de faire des recommandations.
 
Mieux protéger les femmes et les jeunes filles ( 35 % des femmes dans le monde sont victimes de violences )
 
Renforcer la capacité de travailler avec les forces armées pour qu'elles appliquent et fassent respecter les Droits de l'Homme.
 
4. Lutter contre la discrimination, en particulier basée sur la race, le sexe ou la religion

C'est une priorité permanente du Haut-Commissariat.
 
Le projet porte sur des groupes spécifiques dont les personnes handicapées, les migrants, souvent victimes de discrimination.
 
Les peuples autochtones sont aussi inclus.
 
5. Lutter contre l'impunité

Ce n'est pas nouveau. Ces quatre prochaines années vont poursuivre cette lutte, en engageant les acteurs locaux, nationaux, régionaux et internationaux, Etats et société civile.
 
Les sujets qui retiennent l'attention du Haut-Commissariat aux Droits de l'Homme sont :
 
- DH dans l'administration de la justice : torture, privation de liberté et peine de mort
- Justice transitionnelle
- Contre-terrorisme et Droits de l'Homme
- Protection légale et judiciaire des droits économiques et sociaux.
 
Administration de la justice : 
- rendre la justice accessible à tous, y compris aux femmes
- garantir l'indépendance de la justice
- utiliser les systèmes traditionnels en conformité avec les normes internationales
- renforcer les droits des personnes privées de liberté, y compris migrants détenus
- interdire absolument la torture et les mauvais traitements
- lutter contre la peine de mort
- assurer les possibilités de faire appel contre la torture et les condamnations à mort
 
Justice transitionnelle
- rôle en cas de conflit et post-conflit
- favoriser une attitude d'ensemble
 
Contre-terrorisme et Droits de l'Homme: continuation des efforts en cours
 
Rendre justiciables les droits économiques et sociaux
- favoriser la formation de juristes et d'avocats
- promouvoir une approche cohérente au sein de la famille des Nations Unies
 
6. Elargir l'espace démocratique

Renforcer la complémentarité dans quatre domaines clefs :
- libertés publiques, y compris la liberté d'expression, le droit à la religion, l'interdiction de l'incitation à la haine
éducation en matière des DH, à commencer par les jeunes
- protection des défenseurs des DH
- liberté des médias, y compris des travailleurs de médias
 
Le Haut-Commissariat travaille en collaboration avec les Etats pour assurer que des lois soient adoptées pour assurer la participation de la société civile.
 
Le HC veut essayer d'apporter une contribution spécifique :
- en compilant les bonnes pratiques, les cas où des résultats ont pu être obtenus,
- en essayant de renforcer les partenariats en particulier avec les jeunes,
- en mieux utilisant les médias sociaux.
 
Des Délégations  prennent ensuite la parole.
 
L'Algérie insiste sur
- la coopération avec les mécanismes régionaux et sous-régionaux
- la nécessité de maintenir l'assistance technique, malgré les coupures budgétaires
- l'équilibre nécessaire entre droits civils (trop mis en évidence) et économique (négligés selon lui)
 
Le Maroc souligne
- DH et développement : on est passé de l'éradication de la pauvreté au droit au développement
- la migration n'est plus une priorité, alors qu'elle était auparavant une thématique à part ! Il faudrait intégrer les droits des migrants. Ce n'est plus simplement une problématique du Sud. Lampedusa l'a bien montré... 
- mettre une accent plus grand sur la prévention. Passer de la défense et de la promotion à une logique de la conscientisation des enfants, des dirigeants politiques, des prédicateurs dans les églises et les mosquées
- ne pas avoir de stratégies différentes sur les Droits de l'Homme à New York et à Genève. Cette schizophrénie fait du tort aux Droits de l'Homme...
 
La Fédération de Russie manifeste une certaine déception de n'avoir reçu ces documents qu'en entrant dans cette salle ( et seulement en anglais ), alors que certaines priorités ont été changées dans la substance ou dans le rang. Ainsi le Haut-Commissariat 
compte s'occuper des processus électoraux. Avez-vous un mandat ? Et de nouveaux groupes de victimes apparaissent. Et comment le HC va-t-il appuyer l'Examen Périodique Universel (EPU), qui suscite de plus en plus de mécontentement. devenant politisé. Et ces priorités nouvelles sont-elles en conformité avec les résolutions adoptées par l'Assemblée générale des Nations Unies ? La Russie souhaite du temps pour réagir, voire une nouvelle réunion de ce type. On ne peut pas avoir des priorités différentes entre Genève et New York.
 
La Suisse mentionne quatre points qu'elle apprécie :
- le processus transparent pour définir ces objectifs à Genève, à NY et sur le terrain
- la prise de conscience de protéger certains groupes à risque et à donner aux victimes des moyens de faire respecter leurs droits devant des mécanismes de recours appropriés au niveau national et international
- l'inclusion des acteurs économiques
- l'appel à des ressources financières supplémentaires : les DH sont un des trois piliers principaux des Nations Unies; les DH doivent être couverts financièrement par le budget des Nations Unies. 3 % du budget des NU c'est trop peu. Investir dans les DH c'est anticiper des crises, ce qui peut avoir des incidences financières positives.
 
La Turquie voudrait davantage mettre l'accent sur les droits économiques et aussi sur la lutte contre la corruption. La Turquie souhaite aussi l'accroissement du budget du Haut-Commissariat.
 
La Slovénie souligne le lien entre Droits de l'Homme et sécurité.
 
Cuba est convaincu de l'importance de ces sujets, qui devraient être examinés dans une réunion du Conseil des Droits de l'Homme.
Il souhaiterait une autre réunion pour recueillir les commentaires des capitales. A titre préliminaire, il souligne
- le déséquilibre entre droits économiques et sociaux d'une part et civils et politiques d'autre part
- la surveillance prend trop de place par rapport à la promotion ( formation, éducation, information publique )
- l'Examen Périodique Universel (EPU) devrait être mentionné et renforcé.
 
Les Pays-Bas salue les propositions du Haut-Commissariat, espère l'élimination du déficit, souhaite l'élimination de duplication des efforts avec d'autres agences des Nations Unies.
 
Le Bengla Desh voudrait mettre l'accent au droit au développement dans les Droits de l'Homme. 
Mentionner l'accès aux marchés, à l'aide au développement, aux transferts de techniques.
Voudrait ajouter les changements climatiques dans ces objectifs : c'est une question mondiale.
 
La France relève que les documents ne sont disponibles qu'en anglais et demande qu'ils soient disponibles rapidement dans les autres langues de travail des Nations Unies.
 
Le Danemark insiste sur le lien entre New York et Genève : une seule organisation et des accents différents.
Il faudrait voir comment le Conseil de sécurité tient compte des Droits de l'Homme. 
Sur le plan budgétaire, le niveau actuel des ressources n'est pas suffisant.
 
Le Paraguay est intéressé par la priorité mise sur la création de mécanismes nationaux. Il faudrait mettre l'accent sur le rôle de ces mécanismes nationaux dans l'alerte précoce. Le respect des DH doit être assuré au niveau national, du terrain.
Il exprime sa satisfaction sur le fait que les migrants se retrouvent dans tous les objectifs.
 
L'Irlande relève l'élargissement des ressources démocratiques et demande si des ressources budgétaires correspondantes sont prévues.
 
La Thaïlande aurait aimé recevoir ces documents plus tôt et relève l'importance de l'assistance du HC aux Etats.
Les enfants, les femmes, les personnes handicapées sont des priorités pour la Thaïlande.
 
Le Royaume Uni appuiera toujours l'indépendance du Haut-Commissariat et salue
- l'espace démocratique
- l'accroissement des ressources (comme les Pays-Bas et le Danemark)
 
L'Australie pense que les six stratégies sont adéquates et se félicite de l'inclusion de l'espace démocratique, de la justice transitionnelle. Ces priorités doivent se traduire en assistance technique. Les considération de genre devraient être incluses dans les six priorités.
 
Le Mexique se félicite du renforcement des mécanismes nationaux, de l'accroissement de l'espace démocratique, de l'intégration de façon transversale des migrants dans les six priorités, ce qui devrait apparaître plus clairement. Pour avoir davantage de ressources financières, il faudrait aussi réaliser des économies, mettre ces priorités de manière plus efficace par des réformes au sein du Haut-Commissariat.
 
Les USA salue 
- l'accent sur l'alerte précoce. La prévention de la violence est importante;
- l'état de droit, la justice transitionnelle;
- les populations à risque : migrants, femmes, etc.
- l'élargissement de l'espace démocratique.
 
L'Azerbaïdjan souligne que l'engagement dans les pays en conflit doit être celui des Etats concernés, et en aucun cas par des autorités de facto, surtout si ces autorités sont le résultat d'une occupation étrangère.
 
Le Portugal salue :
- le droit à l'éducation
- l'alerte précoce surtout dans le domaine de conflits
- la lutte contre l'impunité
- les droits économiques et sociaux.
 
La Chine encourage le HC que tous puissent bénéficier des droits économiques et sociaux, insiste sur les droits des migrants, sur leur droit au développement... Et le HC doit continuer à assister les Etats.
 
L'Allemagne salue les orientations qui se renforcent les unes les autres. Elle  souhaite une augmentation du budget du HC.
 
Le Vénézuéla aurait souhaité recevoir les documents à l'avance et dans les langues de travail des NU.
Il relève l'importance du droit au développement. L'EPU doit recevoir l'appui qui s'impose.
 
Madame N. Pillay présente ses excuses pour ne pas avoir pu présenter ces documents plus tôt dans les langues officielles et à envoyer des commentaires écrits. Elle répond rapidement à certaines questions :
- les stratégies vont traiter de tous les droits de l'homme
- les migrants sont intégrés dans toutes les stratégies
- les organisations régionales sont identifiées comme des partenaires de premier plan
- pas de clivage entre New York et Genève : Madame Pillay fera rapport à l'Assemblée Générale le 24 octobre à New York, elle fera des réunions d'information régulières à New York.
 
Le dialogue s'est poursuivi jeudi après-midi avec la société civile, avec les organisations non-gouvernementales (ONG).
 
Michel Veuthey
 
 
 
Statement by Ms. Navanethem Pillay, United Nations High Commissioner for Human Rights to the Briefing to Member States on the Launching of the Strategic Management Plan 2010-2011, Geneva, 8 February 2010

Excellencies, 
Ladies and Gentlemen,

I am pleased to present the Strategic Management Plan of the Office of the High Commissioner for Human Rights for 2010-2011. This is our third SMP, but my first as High Commissioner. As in previous occasions, the SMP articulates OHCHR's priorities and vision, as well as the expected accomplishments and strategies for the biennium.

The Plan is grounded in the principles enshrined in international human rights law, as well as in the resolutions of the United Nations General Assembly and other pertinent UN bodies.

The SMP brings together the various strands of OHCHR's work in pursuit of a common vision. It aims at bolstering consistency and office-wide coordination as we implement the section of the Secretary-General's Strategic Framework devoted to human rights.

I deeply appreciate the productive discussions with Member States , as well as written comments received from some of them, that stemmed from our preliminary presentation of OHCHR's draft thematic strategies now detailed in the SMP. This exchange of views helped us in sharpening and clarifying our strategies as we finalized the text of the SMP. I would like to reiterate my commitment to keeping you abreast of developments as we implement the Plan.

The current biennium will be the last covered by the 2005 High Commissioner's Plan of Action, presented at the request of the Secretary-General. At a time of growth, the first Strategic Management Plan for 2006-2007 emphasized strengthening OHCHR's internal capacity, while the second 2008-2009 SMP refined the definition of the results we intended to achieve at the national, regional and global level.

Our third SMP is meant to take my Office a step further in advancing and improving our strat egic direction and organizational effectiveness. Monitoring results, to assess our impact and therefore to enhance our effectiveness, is one of the elements of the Plan.

Building on past experience and lessons learned, the new Plan also factors in changes in the human rights environment. Indeed, as in the past, the thematic priorities and the Office's global expected accomplishments continue to represent the backbone of the SMP for 2010-2011.

In the next biennium, OHCHR will sharpen its focus around six thematic priorities:

•  Discrimination, in particular discrimination on the grounds of race, sex and religion and against other marginalized people;

•  Impunity, accountability, the rule of law and democratic societies;

•  Economic, social and cultural rights, inequalities and poverty, including in the context of economic, food and climate crises;

•  Migration;

•  Armed conflict and insecurity; and

•  International human rights mechanism and law.

No doubt, in the discussion following this presentation we will have time to elaborate further on the six thematic priorities and the roadmap that they trace for  2010-2011. At this juncture, let me simply point out that, for the first time, the SMP presents thematic strategies for each of the priorities identified. This is a new key feature, which we believe will bring significant change in our ability to show results in critical areas.

Indeed, OHCHR promotes the indivisibility and interdependence of all human rights, including the right to development. T he six thematic strategies reflect such an approach. They should be considered as inter-related and mutually reinforcing all human rights. We do not rank rights. We promote them globally with equal emphasis and dedication. Consequently, at different levels, all thematic strategies address civil, cultural, economic, political and social rights in their interplay.

For example, think of the issue of poverty. On the surface, this theme seems to pertain mainly to the realm of economic, social and cultural rights. In reality, the poor are also likely to experience a curtailment of their civil, political and social rights, more acute forms of discrimination and exclusion from the public arena, as well as a denial of participation in the political life of their communities. In sum, we apply a comprehensive approach which helps us shed a sharp light on the reverberation that the abuse of a set of rights has on all other rights. And this is the approach that inspires us and will guide OHCHR in pursuing our priorities.

Let me take this opportunity to underscore that, although not a thematic issue per se, OHCHR has opted to include the strengthening of the international mechanisms and law as one of its priorities for the next biennium. This is a reflection of the important place the work of these mechanisms has in the programme of my Office. Furthermore, the recommendations of the international human rights mechanisms constitute the foundations of all of my Office's thematic strategies.

Excellencies,

As previously mentioned, together with the thematic priorities, the Office's office-wide expected accomplishments constitute the backbone of the SMP. OHCHR's global Expected Accomplishments describe the “types of changes” that my Office is committed to foster. These changes stem from our mandate, comparative advantage and experience. They relate to improvements in national protection systems, including increased compliance of national legislation, policies and programmes with international human rights standards, and better access to justice and social services. They also pertain to improvements in international protection systems. To this end, they envisage the engagement of States, rights holders, national institutions and civil society organizations with UN human rights mechanisms and bodies, as well as ways to enhance coherence among these mechanisms. Finally these changes also aim at increasing the responsiveness of other international constituencies, as well as ensuring a more thorough integration of human rights principles and issues, including the right to development, into UN system policies and programmes .

The SMP for 2010-2011 presents two new Expected Accomplishments in addition to the nine contained in previous Plans . The first pertains to r ight holders' participation, especially discriminated groups, in the development and monitoring of public policies, as well as their use of national protection systems. The second concerns the progressive development and strengthening of international and regional human rights law and institutions.

This set of eleven Office-wide Expected Accomplishments has been used for the first time in defining the thematic strategies and the field presences' programmes. This is a fundamental new feature of the SMP for 2010-2011. Using the same framework of results and focusing on the same priorities at the national, regional and global levels, will allow OHCHR to consolidate its monitoring framework. The full system will be in place by the end of 2010 and will allow for evidence-based reporting by the end of the next biennium.

Another innovation pertains to a set of global management outputs and its corresponding monitoring framework. These management outputs address the challenges identified by the Office through a self-assessment of its organizational effectiveness, as well as through the recent OIOS evaluation of OHCHR's programme of work. By defining concrete management outputs and a monitoring framework, OHCHR aims at being able to measure and report on progress and to guide future management decisions.

Ladies and Gentlemen,

The publication that you have in front of you consists of three parts. Part One  presents OHCHR's strategic direction. It looks at the changes and challenges in the global context that may affect OHCHR's work, as well as at key achievements and lessons learned from previous SMPs. Based on those factors, the text outlines OHCHR's thematic strategies and global management outputs.

Part Two introduces OHCHR's programme of work for the biennium. This includes OHCHR activities in support of human rights institutions and mechanisms, its programmes on h uman rights mainstreaming, on the right to development, OHCHR research and analysis; and its advisory services and technical cooperation. This section also discusses the work of OHCHR field presences. It describes how the Office's Executive Direction and Management will support all OHCHR activities.

Lastly, Part Three of the SMP presents the Office's total budget and funding requirements for the biennium. This biennium marks the completion of the commitment made by the 2005 World Summit to double OHCHR's share of the UN regular budget within five years. The Office's share of the regular budget has indeed grown, but so have the tasks assigned to the Office. As further increases under the regular budget are considered unlikely in the coming years, the Office will continue to rely significantly on voluntary contributions to implement its programme of work.

Total resource requirements for 2010-2011 have been set in the SMP at US$407.4 million—an increase of approximately US$94.7 million over the 2008‑2009 budget. With regular budget funding expected to provide some US$141.5 million, the Office will rely on voluntary contributions to provide the remaining US$265.9 million.

This represents a challenge for my Office and for many of our donors as many States are dealing with the effects of the global financial and economic crises. However , it is my hope that t he current context is seen as an opportunity for a fresh look into human rights and their ability to foster positive and durable change. An increase in the number of Member States contributing to the Office, as well as a higher level of un-earmarked funding, will reinforce OHCHR's independence and effectiveness of action .

In concluding, let me emphasize once again that my staff and I are committed to the principles of transparency, non-selectivity and impartiality in undertaking all the activities outlined in the SMP. We are also committed to further sharpening our added value as we join forces with other stakeholders to ensure that this programme will further advance the enjoyment of all human rights by all.

I look forward to our continuing cooperation.

Thank you.

 

10/10/2013

Changements climatiques : un lieu privilégié pour la coopération

L'Université d'Hawaï vient de publier une étude dont voici le résumé :

"Unprecedented climates will occur earliest in the tropics and among low-income countries, highlighting the vulnerability of global biodiversity and the limited governmental capacity to respond to the impacts of climate change. Our findings shed light on the urgency of mitigating greenhouse gas emissions if climates potentially harmful to biodiversity and society are to be prevented".

Ce qui, en français, donne : des changements climatiques sans précédent vont affecter en priorité les tropiques et les pays pauvres. Il faut agir urgemment pour prévenir des risques à l'humanité et à la biodiversité. Ces risques sont énumérés dans un paragraphe introductif :


"Changing climates could also affect the following: human welfare, through changes in the supply of food and water; human health, through wider spread of infectious vector-borne diseases, through heat stress and through mental illness; the economy, through changes in goods and services; and national security as a result of population shifts, heightened competition for natural resources, violent conflict and geopolitical instability". 

L'humanité pourrait être affectée par des changements dans l'approvisionnement en eau potable et en nourriture, dans la santé, dans l'économie, dans la sécurité nationale et internationale...

Voilà une série complexe de problèmes qui ne peuvent être abordés que par la coopération internationale, dans la négociation d'accords et de mécanismes permettant de prévenir et de remédier à ces effets sur l'humanité et la planète.

Le rapport intégral est disponible en ligne :


http://www.soc.hawaii.edu/mora/PublicationsCopyRighted/Mo... 


Michel Veuthey

05/10/2013

Sommet humanitaire : pas à Genève en 2015 mais à Istanbul en 2016

Le SG des Nations Unies a annoncé à New York que le Sommet Humanitaire se tiendrait à Istanbul en 2016.
 

« Nous devons partager les meilleures pratiques et trouver des moyens novateurs de rendre l'action humanitaire plus efficace et inclusive », a déclaré Ban Ki-moon lors d'un événement à propos de ce Sommet qui s'est tenu en marge du débat annuel de haut niveau de l'Assemblée générale.

« La seule façon de répondre aux besoins futurs passe par des partenariats efficaces et novateurs avec les gouvernements, les organisations non gouvernementales, les communautés locales, et de nouveaux partenaires tels que le secteur privé et la philanthropie. »

 
Le Sommet aura quatre thèmes :
1. l'efficacité humanitaire
2. la réduction de la vulnérabilité et la gestion du risque
3. la transformation par l'innovation
4. les réponses aux besoins des personnes victimes de conflits.
 
Les préparatifs du Sommet débuteront au début 2014 avec des consultations régionales, en donnant aux pays la possibilité de discuter et d'affiner les thèmes au cours des deux prochaines années. Les consultations seront facilitées par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), dirigé par la Secrétaire générale adjointe aux affaires humanitaires et Coordonnatrice des secours d'urgence, Valerie Amos.
 
 Le SG a déclaré vouloir convoquer non seulement des Gouvernements mais aussi des organisations humanitaires... le leitmotiv étant maintenant de créer des partenariats aussi étendus que possible pour faire face aux besoins.
 
Michel Veuthey
 
 

04/10/2013

Uni-Dufour : Une semaine pour les Droits de l'Homme

LES DROITS DE L'HOMME EN QUESTIONS:

La session du Conseil des Droits de l'Homme des Nations Unies s'est terminée vendredi dernier 27 septembre avec des résolutions faisant le point sur des pays, à commencer par la Syrie, et aussi sur la RD du Congo, la République Centrafricaine, la Somalie, le Soudan, le Yémen, le Cambodge aussi des résolutions thématiques inédites comme celle sur les incidences des transferts d'armes sur les droits de l'homme en temps de conflits armés, la prévention et l'élimination des mariages d'enfants et des mariages forcés, la lutte contre les mutilations génitales féminines, le Programme mondial d'éducation aux Droits de l'Homme, la lutte contre le racisme, le droit au développement (avec la seule opposition des Etats-Unis), la coopération des Gouvernements avec l'ONU pour l'application des Droits de l'Homme et aussi la participation de la société civile dans la défense des Droits de l'Homme. Ce dernier point, poussé par la nouvelle Représentante de l'Irlande, a donné lieu à une discussion très animée, avec quinze Etats menant une bataille de procédure pour tenter, vainement, de s'opposer à cette résolution.

Le Conseil aussi élu six Membres de son Conseil consultatif, dont le Suisse Jean Ziegler, le Russe M. A. Lebedev, le Japonais K. Obata, Y. Chiang (Chine), A. N. Karoka (Ouganda), et Madame Hoda Elsadda (Egypte).

La semaine prochaine rappelons que l'Université de Genève organise, à Uni-Dufour, une série de manifestations publiques remarquables :

- mardi 8 à 18 h.  Remise du Prix Martin Ennals 2013 pour les défenseurs des droits de l'homme; www.martinennalsaward.org

- jeudi 10 à 18 h. 30, Religions et droits humains avec le Ministre égyptien de la solidarité sociale; www.unige.ch/public/evenements/revolutions-egy.html  

- vendredi 11, 10 h. "Globalisation et droits humains" avec Daphne Koller, Prof. à Stanford U., Co-fondatrice de Coursera (plateforme de cours en ligne). Interprétation français-anglais...

www.unige.ch/dies  

Une semaine à compléter par un Colloque sur l'universalité et la régionalisation des Droits de l'Homme les mercredi 9 et jeudi 10 octobre.

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Michel Veuthey

 

03/10/2013

SYRIE : LE CONSEIL DE SECURITE PREND ENFIN POSITION SUR L'HUMANITAIRE


Dans une déclaration présidentielle, le Conseil de sécurité a ainsi fait appel hier mardi 2 octobre aux autorités syriennes « à prendre immédiatement des mesures pour permettre l’intensification des opérations de secours humanitaires ». 

Par cette déclaration présentée par le Président du Conseil pour le mois d’octobre, l’Ambassadeur Agshin Mehdiyev de l’Azerbaïdjan, le Conseil condamne à la fois « les violations généralisées des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises par les autorités syriennes » et « l’augmentation du nombre d’attentats terroristes menés par des organisations et des personnes associées à Al-Qaida.

Déclaration présidentielle

Le Conseil de sécurité rappelle ses résolutions 2042 (2012), 2043 (2012) et 2118 (2013) et ses déclarations présidentielles des 3 août 2011, 21 mars 2012 et 5 avril 2012.

Le Conseil réaffirme son ferme attachement à la souveraineté, à l’indépendance, à l’unité et à l’intégrité territoriale de la Syrie et de tous les autres États touchés par le conflit en Syrie, ainsi qu’aux buts et aux principes énoncés dans la Charte des Nations Unies.

Le Conseil demande à toutes les parties de respecter les principes directeurs des Nations Unies en matière d’aide humanitaire d’urgence, soulignant qu’il importe que cette aide soit fournie en fonction des besoins, sans préjugés ou motivations politiques.

Le Conseil est consterné par le niveau inacceptable et l’escalade de la violence et par la mort de plus de 100 000 personnes en Syrie, dont font état des rapports du Secrétaire général de l’ONU et de la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme. Il est profondément alarmé par la sérieuse et rapide détérioration de la situation humanitaire dans ce pays et note avec une vive préoccupation que plusieurs millions de Syriens, en particulier des déplacés, dont près de la moitié sont des enfants, ont besoin d’une aide humanitaire immédiate et que, si l’action humanitaire ne redouble pas d’urgence, leur vie sera menacée.

Le Conseil condamne les violations généralisées des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises par les autorités syriennes, ainsi que les atteintes aux droits de l’homme et les violations du droit international humanitaire perpétrées par des groupes armés.

Le Conseil condamne également, quels qu’en soient les auteurs, tous les actes de violence commis en Syrie, en particulier tous les actes de violence et sévices de caractère sexuel ou fondés sur le sexe, et rappelle que le droit international humanitaire interdit le viol et les autres formes de violence sexuelle.

Le Conseil condamne en outre toutes les violations et exactions graves commises contre des enfants en contravention du droit international applicable, telles que l’enrôlement et l’emploi d’enfants, le meurtre et la mutilation, le viol et toutes les autres formes de violence sexuelle, les attaques perpétrées contre des écoles ou des hôpitaux, l’arrestation arbitraire, la détention, la torture, les mauvais traitements et l’utilisation comme boucliers humains.

Le Conseil condamne l’augmentation du nombre d’attentats terroristes menés par des organisations et des personnes associées à Al-Qaida, qui font de nombreuses victimes et des dégâts considérables, et demande à toutes les parties de s’engager à mettre un terme aux actes terroristes commis par ces organisations et personnes. Il réaffirme, à cet égard, que le terrorisme constitue, sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations, l’une des menaces les plus graves contre la paix et la sécurité internationales, et que tous les actes de terrorisme sont criminels et injustifiables, quels qu’en soient les motivations, le lieu, l’époque et les auteurs.

Le Conseil rappelle que toutes les obligations imposées par le droit international humanitaire doivent être respectées en toutes circonstances. Il rappelle, en particulier, l’obligation de faire la distinction entre civils et combattants, l’interdiction de mener des attaques aveugles ou des attaques contre les populations et les installations civiles et l’interdiction de recourir à des armes chimiques et à des armes, projectiles, matières et moyens de guerre qui sont de nature à infliger des blessures superflues ou des souffrances inutiles. Il exhorte toutes les parties à mettre fin immédiatement à toutes les violations du droit international humanitaire et des droits de l’homme et leur demande de respecter pleinement les obligations que leur impose le droit international humanitaire et de prendre toutes les mesures voulues pour protéger les civils, notamment de s’abstenir d’attaquer des installations civiles telles que centres médicaux, écoles et points de ravitaillement en eau, ainsi que d’éviter d’établir des positions militaires dans des zones habitées. Il rappelle à cet égard que les autorités syriennes ont la responsabilité première de protéger la population.

Le Conseil rappelle également que, selon le droit international humanitaire, les blessés et les malades doivent recevoir, dans toute la mesure possible et avec le moins de retard possible, les soins médicaux et l’attention qu’exige leur état, et que le personnel et les installations médicaux et humanitaires ainsi que les moyens de transport servant à l’acheminement de l’aide, doivent être respectés et protégés. À cet effet, il demande instamment que le personnel médical et les fournitures, en particulier les articles chirurgicaux et les médicaments, puissent arriver sans entrave dans toutes les régions du pays.

Le Conseil souligne que l’ampleur de la tragédie humanitaire provoquée par le conflit qui sévit en Syrie appelle une action immédiate visant à faciliter l’acheminement sûr et sans entrave de l’aide humanitaire dans tout le pays, notamment dans les régions et districts où les besoins humanitaires sont particulièrement urgents. Il condamne tous les refus d’accès humanitaire et rappelle que le fait de priver arbitrairement des civils de biens indispensables à leur survie, notamment en entravant intentionnellement l’acheminement des secours, peut constituer une violation du droit international humanitaire.

Le Conseil engage instamment toutes les parties, en particulier les autorités syriennes, à prendre toutes les mesures nécessaires pour permettre à l’Organisation des Nations Unies, aux institutions spécialisées et à tous les intervenants humanitaires qui mènent des activités de secours humanitaires de porter rapidement assistance aux populations touchées en Syrie, notamment en faisant sans tarder le nécessaire pour que l’aide arrive en toute sécurité et sans entrave aux populations qui ont besoin d’aide dans toutes les zones contrôlées par elles et de part et d’autre des lignes de conflit. Il invite également l’Organisation des Nations Unies, les institutions spécialisées et toutes les parties concernées, y compris les organisations de la société civile syrienne, à resserrer leur coopération en vue de faciliter l’acheminement de l’aide sur tout le territoire syrien.

Le Conseil exhorte les autorités syriennes à prendre immédiatement des mesures pour permettre l’intensification des opérations de secours humanitaires et à lever les obstacles administratifs et les autres entraves, notamment :

a) À autoriser rapidement d’autres organisations non gouvernementales nationales et internationales à mener des activités de secours humanitaires;

b) À simplifier et accélérer les procédures pour la mise en service d’autres centres humanitaires, pour l’entrée et la circulation du personnel et des convois humanitaires sur le territoire syrien, en délivrant les visas et les autorisations selon des modalités prévisibles, pour l’importation de biens et de matériel, tels que le matériel de communication, les véhicules blindés de protection et le matériel médical et chirurgical nécessaires pour les opérations humanitaires;

c) À faire sans tarder le nécessaire pour que l’aide humanitaire soit acheminée en toute sécurité et sans entrave aux populations dans le besoin par les moyens les plus efficaces, y compris en traversant les lignes de conflit et, le cas échéant, les frontières des pays voisins, conformément aux principes directeurs des Nations Unies pour l’aide humanitaire d’urgence;

d) À accélérer l’approbation des projets humanitaires, y compris ceux qui sont prévus dans le plan d’aide humanitaire révisé pour la Syrie.

Le Conseil demande instamment à toutes les parties :

a) De prendre toutes les mesures voulues pour assurer la sécurité du personnel des Nations Unies, des institutions spécialisées et de tout autre organisme participant à l’action humanitaire, sans compromettre sa liberté de circulation et d’accès, et souligne que c’est aux autorités syriennes qu’incombe au premier chef la responsabilité à cet égard;

b) De démilitariser immédiatement les installations médicales, les écoles et les points de ravitaillement en eau, de s’abstenir de prendre des installations civiles pour cible et de s’entendre sur les modalités de trêves humanitaires, ainsi que sur les principaux itinéraires afin que ceux-ci puissent rapidement, sur notification des organismes humanitaires, être empruntés en toute sécurité et sans entrave par les convois humanitaires qui acheminent l’aide aux populations dans le besoin;

c) De nommer des interlocuteurs habilités à traiter avec les intervenants humanitaires des questions d’ordre opérationnel et politique.

Le Conseil est profondément préoccupé par les incidences de la crise des réfugiés causée par le conflit en Syrie, qui déstabilise toute la région. Il salue les efforts considérables faits par les pays voisins et les pays de la région, en particulier la Jordanie, le Liban, la Turquie, l’Iraq et l’Égypte, pour accueillir les réfugiés ayant fui la Syrie, qui sont plus de 2 millions.

Le Conseil réaffirme l’importance du principe de non-refoulement et le droit des réfugiés de retourner librement en Syrie et invite les pays voisins de la Syrie à protéger tous ceux qui fuient la violence en Syrie, y compris les Palestiniens. Il prie instamment tous les États Membres, compte tenu du principe de solidarité, d’aider ces pays à porter assistance aux réfugiés et aux groupes touchés. Il souligne qu’il est indispensable que toutes les parties respectent et préservent la sécurité et le caractère civil des camps de réfugiés et de déplacés.

Le Conseil exhorte tous les États Membres à répondre rapidement aux appels humanitaires des Nations Unies destinés à faire face aux besoins croissants des populations qui se trouvent en Syrie, en particulier les personnes déplacées, et des réfugiés syriens dans les pays voisins, et à veiller à ce que toutes les contributions annoncées soient versées. Il exhorte également tous les États Membres, agissant en coordination avec les institutions financières internationales et les organismes des Nations Unies, à offrir un appui accru pour compenser les incidences politiques, socioéconomiques et financières de plus en plus marquées de la crise des réfugiés sur les pays d’accueil.

Le Conseil souligne qu’il faut mettre fin à l’impunité des auteurs de violations du droit international humanitaire et des droits de l’homme et réaffirme que ceux qui ont commis de telles violations en Syrie ou en sont responsables de quelque manière que ce soit doivent être traduits en justice.

Le Conseil souligne également que la situation humanitaire continuera à se détériorer tant que la crise n’aura pas trouvé de règlement politique, réaffirme qu’il approuve le Communiqué de Genève du 30 juin 2012 [annexe II de la résolution 2118 (2013)] et exige que toutes les parties s’emploient à appliquer immédiatement et intégralement le Communiqué, qui vise à mettre fin sans tarder à tous les actes de violence et à toutes les violations du droit international, et à faciliter le lancement d’un processus politique dirigé par la Syrie en vue d’une transition qui réponde aux aspirations légitimes du peuple syrien et lui permette de décider en toute indépendance et de manière démocratique de son propre avenir. Il réaffirme qu’une conférence internationale doit être organisée dès que possible en vue de la mise en œuvre du Communiqué de Genève, afin de faciliter le lancement d’un processus politique dirigé par la Syrie et devant mener à une transition qui mette rapidement fin au conflit en Syrie.

Le Conseil prie le Secrétaire général de l’informer régulièrement de la situation humanitaire en Syrie et de ses incidences pour les pays voisins, y compris de la suite donnée aux différentes dispositions de la présente déclaration.

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01/10/2013

Humanitaires encore : ne pas oublier justice et réconciliation...

TABLE RONDE AVEC SOEUR ANGELIQUE NAMAIKA

Lauréate de la Distinction Nansen 2013

Université de Genève, mardi 1er octobre 2013

 

Une Table ronde 

- modéré par Christine Chappuis, Doyenne de la Faculté de Droit, avec la participation de

- Jan Egeland (NRC)

- Alfred Zamudio (IDMC)

- Stefano Severe (HCR)

- Betty Goguikian Ratcliff (MER, Fac. de psychologie, UNIGE).

 

CONGO, le contexte de la DRC :

 

Un  pays plus étendu que l'Europe occidentale, dont plus de 400.000 citoyens vivent réfugiés dans les neuf pays limitrophes, et qui compte plus de 2,5 millions de personnes déplacées...de l'ordre de grandeur des déplacements de populations en Colombie et en Syrie !  Déplacements multiples, prolongés... La Province orientale, dont vient Soeur Angélique, est particulièrement touchée.

Le Haut-Commissariat pour les Réfugiés (HCR), selon Stefano Severe, Représentant en RDC, accompagne des sociétés caritatives et la société civile en général. Et il n'y pas que la L.R.A. ("Lord's Resistance Army") mais aussi d'autres groupes armés ("War Lords").

 

Soeur Angélique s'occupe principalement de femmes victimes de la L.R.A. : enlevées à leurs familles, capturées, violées, forcées de tuer... victimes de coups de machette, mutilées, assistant à l'assassinat de leur mari, à la mutilation de leurs enfants...

 

Elle leur prodigue écoute, accueil, formation scolaire et professionnelle. Cet accompagnement les aide matériellement et psychologiquement. Et va leur permettre de devenir autonomes. Ces femmes peuvent alors se prendre en charge, s'épanouir, oublier les atrocités dont elles ont été victimes et de contribuer à aider d'autres.

 

Alfredo Zamudio, Directeur de l'Observatoire des situations de déplacement interne (IDMC), commente le rapport "A Life of Fear and Flight. The Legacy of LRA Brutality in North-East  Democratic Republic of the Congo" (Une vie de peur et de fuite. Les conséquences de la brutalité de la LRA dans le nord-est de la DRC). Ces personnes vivent dans la crainte, l'ostracisme des communautés dans lesquelles elles ont trouvé refuge. 

 

Jan Egeland, Secrétaire général du "Norwegian Refugian Council" (NRC), ancien responsables des opérations humanitaires de l'ONU (OCHA), rappelle que cette tragédie causée par la LRA touche l'Ouganda, une partie du Soudan et le nord-est du Congo. La LRA, s'appuyant sur l'ethnie acholi, et avec le soutien du Gouvernement de Khartoum, s'est fait une spécialité de kidnapper des enfants, de les forcer à brûler leurs maisons, tuer leurs parents et devenir enfants-soldats...


La solution militaire dont rêvait le Gouvernement ougandais ("Iran Fist") a été un échec. Après un cessez le feu, Jan Egeland a pu rencontrer Josph Kony, le leader de la LRA. Les pourparlers ont été suspendus et les atrocités se poursuivre. Quelle leçon en tirer ? 

 

1. On n'aurait jamais dû laisser ces crimes se perpétrer depuis les années 80 ! C'est comme en Syrie, où le conflit a commencé par des escarmouches;

2. Les pays de la région doivent participer à la solution, avec l'assistance de la communauté internationale ( pas seulement sur le plan militaire ! )

3. Justice et réconciliation doivent être recherchées en parallèle, pour réinsérer  victimes et bourreaux dans les communautés.

 

Après trente ans de violences, il est grand temps d'agir, conclut Jan Egeland.

 

Betty Goguikian Tatcliff, psychologue, parle de la nécessité de soigner les blessures invisibles, psychiques et pas seulement physiques. C'est un travail de ré-humanisation des personnes, qui ont été traitées comme des animaux ou des objets, pour pouvoir penser réinsérer ces personnes dans les communautés. Ces femmes souffrent de profonde dépression. Ces traumatismes subis par ces femmes ont des conséquences sur leurs enfants, leurs maris et leurs proches. Un viol de guerre laisse la femme dévastée à titre individuel et social. C'est une stratégie de guerre qui vise à rendre la femme inopérante. C'est un génocide sans tuer. C'est tout le tissu communautaire qui est atteint par une arme de guerre à retardement et à fragmentation. Elle est perçue comme infectée, infiltrée par l'ennemi, condamnée au silence, murée dans la honte d'événements indicibles. Le travail de Soeur Angélique est remarquable par son écoute, tout en laissant libres ces femmes de garder le silence. Forcer ces femmes à parler pourrait en effet être vécu comme un nouveau viol...

 

Soeur Angélique ajoute que l'UNICEF a pris en charge un appui psychologique. Mais il fallait d'abord compatir avec elle, faire attention à tout ce qu'elles disent et à elles, les accueillir avec de la nourriture, leur apprendre comment gagner elles-mêmes leur nourriture, à trouver un revenu en travaillant. 

 

Elle insiste sur l'importance de la formation. Il faudrait construire des bâtiment, aider à procurer du matériel. Le Prix Nansen va l'aider. Et d'autres appuis et dons seraient certainement utiles...

 

Un dialogue inter-congolais et entre pays limitrophes est nécessaire pour chercher des solutions politiques. Et il faudrait donner les ressources nécessaires pour les programmes DDR (Désarmement, démobilisation et réinsertion) pour accompagner ces personnes jusqu'à leur pleine réinsertion professionnelle et communautaire.

 

En attendant, l'urgence humanitaire est criante !

 

Michel Veuthey

 

 

http://www.internal-displacement.org

facebook.com/InternalDisplacement

twitter.com/idmc_geneva

"Dans les tranchées de l'humanitaire"

Il n'y a pas que la Syrie qui préoccupe les humanitaires : l'Afrique, et en particulier le Congo (RDC) est un pays qui n'est pas sous les projecteurs de l'actualité télévisée et qui mériterait davantage d'attention. 

Certains citent le chiffre de 3 millions de victimes ces 30 dernières années. Difficile à vérifier. Et l'ordre de grandeur reste impressionnant. A vrai dire, ce n'est pas nouveau : relire Joseph Conrad "Au Coeur des Ténèbres" ("In the Heart of Darkness")...

Lundi soir, au BFM, le HCR remettait, avec la présence du Ministre norvégien des Affaires étrangères, M. Eide, du Représentant permanent de la Suisse auprès des Nations Unies à Genève, l'Ambassadeur Fasel, et du Secrétaire général de Norwegian Refugee Council, M. Egeland, le Prix Nansen à Soeur Angélique Namaika, une religieuse congolaise.

Loin des bals de bienfaisance, sans bureaux magnifiques ni véhicules 4X4, elle parcourt à vélo les routes de terre battue du nord-est du Congo pour améliorer la vie de milliers de femmes réfugiées et déplacées qui ont été chassées de chez elles par des milices armées, notamment la tristement célèbre LRA.


Soeur Angélique est aujourd'hui mardi 1er octobre à 12 h. 15 à Uni Mail. Encore une occasion de l'écouter à Genève et d'admirer son travail, son courage et sa foi.


Michel Veuthey