01/10/2013

Humanitaires encore : ne pas oublier justice et réconciliation...

TABLE RONDE AVEC SOEUR ANGELIQUE NAMAIKA

Lauréate de la Distinction Nansen 2013

Université de Genève, mardi 1er octobre 2013

 

Une Table ronde 

- modéré par Christine Chappuis, Doyenne de la Faculté de Droit, avec la participation de

- Jan Egeland (NRC)

- Alfred Zamudio (IDMC)

- Stefano Severe (HCR)

- Betty Goguikian Ratcliff (MER, Fac. de psychologie, UNIGE).

 

CONGO, le contexte de la DRC :

 

Un  pays plus étendu que l'Europe occidentale, dont plus de 400.000 citoyens vivent réfugiés dans les neuf pays limitrophes, et qui compte plus de 2,5 millions de personnes déplacées...de l'ordre de grandeur des déplacements de populations en Colombie et en Syrie !  Déplacements multiples, prolongés... La Province orientale, dont vient Soeur Angélique, est particulièrement touchée.

Le Haut-Commissariat pour les Réfugiés (HCR), selon Stefano Severe, Représentant en RDC, accompagne des sociétés caritatives et la société civile en général. Et il n'y pas que la L.R.A. ("Lord's Resistance Army") mais aussi d'autres groupes armés ("War Lords").

 

Soeur Angélique s'occupe principalement de femmes victimes de la L.R.A. : enlevées à leurs familles, capturées, violées, forcées de tuer... victimes de coups de machette, mutilées, assistant à l'assassinat de leur mari, à la mutilation de leurs enfants...

 

Elle leur prodigue écoute, accueil, formation scolaire et professionnelle. Cet accompagnement les aide matériellement et psychologiquement. Et va leur permettre de devenir autonomes. Ces femmes peuvent alors se prendre en charge, s'épanouir, oublier les atrocités dont elles ont été victimes et de contribuer à aider d'autres.

 

Alfredo Zamudio, Directeur de l'Observatoire des situations de déplacement interne (IDMC), commente le rapport "A Life of Fear and Flight. The Legacy of LRA Brutality in North-East  Democratic Republic of the Congo" (Une vie de peur et de fuite. Les conséquences de la brutalité de la LRA dans le nord-est de la DRC). Ces personnes vivent dans la crainte, l'ostracisme des communautés dans lesquelles elles ont trouvé refuge. 

 

Jan Egeland, Secrétaire général du "Norwegian Refugian Council" (NRC), ancien responsables des opérations humanitaires de l'ONU (OCHA), rappelle que cette tragédie causée par la LRA touche l'Ouganda, une partie du Soudan et le nord-est du Congo. La LRA, s'appuyant sur l'ethnie acholi, et avec le soutien du Gouvernement de Khartoum, s'est fait une spécialité de kidnapper des enfants, de les forcer à brûler leurs maisons, tuer leurs parents et devenir enfants-soldats...


La solution militaire dont rêvait le Gouvernement ougandais ("Iran Fist") a été un échec. Après un cessez le feu, Jan Egeland a pu rencontrer Josph Kony, le leader de la LRA. Les pourparlers ont été suspendus et les atrocités se poursuivre. Quelle leçon en tirer ? 

 

1. On n'aurait jamais dû laisser ces crimes se perpétrer depuis les années 80 ! C'est comme en Syrie, où le conflit a commencé par des escarmouches;

2. Les pays de la région doivent participer à la solution, avec l'assistance de la communauté internationale ( pas seulement sur le plan militaire ! )

3. Justice et réconciliation doivent être recherchées en parallèle, pour réinsérer  victimes et bourreaux dans les communautés.

 

Après trente ans de violences, il est grand temps d'agir, conclut Jan Egeland.

 

Betty Goguikian Tatcliff, psychologue, parle de la nécessité de soigner les blessures invisibles, psychiques et pas seulement physiques. C'est un travail de ré-humanisation des personnes, qui ont été traitées comme des animaux ou des objets, pour pouvoir penser réinsérer ces personnes dans les communautés. Ces femmes souffrent de profonde dépression. Ces traumatismes subis par ces femmes ont des conséquences sur leurs enfants, leurs maris et leurs proches. Un viol de guerre laisse la femme dévastée à titre individuel et social. C'est une stratégie de guerre qui vise à rendre la femme inopérante. C'est un génocide sans tuer. C'est tout le tissu communautaire qui est atteint par une arme de guerre à retardement et à fragmentation. Elle est perçue comme infectée, infiltrée par l'ennemi, condamnée au silence, murée dans la honte d'événements indicibles. Le travail de Soeur Angélique est remarquable par son écoute, tout en laissant libres ces femmes de garder le silence. Forcer ces femmes à parler pourrait en effet être vécu comme un nouveau viol...

 

Soeur Angélique ajoute que l'UNICEF a pris en charge un appui psychologique. Mais il fallait d'abord compatir avec elle, faire attention à tout ce qu'elles disent et à elles, les accueillir avec de la nourriture, leur apprendre comment gagner elles-mêmes leur nourriture, à trouver un revenu en travaillant. 

 

Elle insiste sur l'importance de la formation. Il faudrait construire des bâtiment, aider à procurer du matériel. Le Prix Nansen va l'aider. Et d'autres appuis et dons seraient certainement utiles...

 

Un dialogue inter-congolais et entre pays limitrophes est nécessaire pour chercher des solutions politiques. Et il faudrait donner les ressources nécessaires pour les programmes DDR (Désarmement, démobilisation et réinsertion) pour accompagner ces personnes jusqu'à leur pleine réinsertion professionnelle et communautaire.

 

En attendant, l'urgence humanitaire est criante !

 

Michel Veuthey

 

 

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