23/11/2012

Education: Pink Floyd ou l'ONU

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Dans nos sociétés multiculturelles que les migrations rendent de plus en plus métissées, il est opportun de se demander quel est le rôle de l’éducation et si ce rôle restera le même par le passé. A la fin des années ‘70, le groupe de musique rock Pink Floyd portait sur cette question un regard critique, voire même féroce et, face à l’éducation, il résumait son attente en ces termes :

 “We don’t need no education
We don’t need thought control…
Teachers them kids alone…
All in all it's just another brick in the wall…”

C’est ainsi en effet que Pink Floyd critiquait le rôle classique de l’instruction publique, rôle qui pour lui ne consisterait ni plus ni moins qu’à consolider l’Etat-nation. Plus d’un siècle auparavant, en 1805 déjà, cette conception ressortait clairement d’une note rédigée par Napoléon qui déclarait: “Il n’y aura pas d’Etat politique fixe s’il n’existe pas un corps de professeurs avec des principes fixes. Tant qu’on n’enseignera pas dès l’enfance qu’il faut être républicain ou monarchiste, catholique ou irréligieux, l’Etat ne formera pas une nation” (Napoléon, 1939: 213).
 
De nos jours, la Déclaration sur la diversité culturelle propose une formulation du droit à l’éducation radicalement opposée à cette conception de l’empereur et même aux idées républicaines du début du XIXe siècle. Ainsi dispose-t-elle dans son article 5: “Toute personne à droit à une éducation et une formation de qualité qui respecte pleinement son identité culturelle” (UNESCO, 2001).

L’approche napoléonienne se fondait sur la notion de citoyenneté républicaine qui, selon Albala-Bertrand (1996), met l’accent sur l’individu en tant que membre d’une société politique par rapport à certains principes fondamentaux: le sentiment d’appartenance à une communauté politique, la loyauté envers la patrie et la prédominance des devoirs civiques sur les intérêts individuels. Pour mieux cerner le contenu, cette notion peut être opposée à celle de citoyenneté libérale. L’idée centrale de celle-ci est que tous les individus sont égaux et dépositaires de droits inaliénables qui ne peuvent être annulés par l’Etat. Cette idée est à l’origine des droits de l’homme tels que nous les connaissons (droits civils et politiques).

Pour K. Tomasevski, ancienne rapporteuse des Nations Unies sur le droit à l'éducation,  la réalisation progressive du droit à l’éducation passe par les trois principales étapes suivantes de la lutte contre l’exclusion:
•    “La première étape consiste à accorder le droit à l’éducation à ceux qui en étaient traditionnellement privés (comme les peuples autochtones ou les non-ressortissants) ou à ceux qui n’y ont toujours pas accès (…)
•    La deuxième étape consiste à lutter contre la ségrégation en matière d’éducation et à favoriser l’intégration (…)
•    La troisième étape nécessite une adaptation de l’enseignement aux divers sujets du droit à l’éducation, c’est-à-dire que ce ne sont plus les nouvelles catégories d’individus ayant accès à l’enseignement qui devront s’adapter aux conditions existantes, mais plutôt le système éducatif qui devra être mis en conformité avec les principes du droit de chacun à l’éducation et de l’égalité de droits dans ce domaine”

Alfred Fernandez

16/11/2012

Education: l'impératif de la qualité

 

 

Le dernier rapport de Mr.  Singh, Rapporteur Spécial des Nations Unies sur le droit à l’éducation, présenté en juin dernier lors de la XXème session du Conseil des droits de l’homme, porte sur la qualité de l’éducation. Il est indéniable que ce sujet est crucial et il fait d’ailleurs opportunément suite à son premier rapport sur l’égalité des chances en éducation, qui y est lié par bien des aspects.

 « Une éducation qui n’est pas de qualité ne mérite pas le nom d’éducation» . Intimement convaincus de cette assertion,  l’ensemble des 26 membres de la plateforme d’ONGs sur le droit à l’éducation, ont participé activement aux réflexions et échanges préliminaires avec le Rapporteur Spécial sur ce thème. Le rapport de Mr Singh, riche et instructif, qui a été très bien accueilli au sein de l’ensemble de la communauté internationale, constitue une synthèse des progrès enregistrés, des bonnes pratiques et de recommandations pour promouvoir la qualité au sein de l’éducation. Et nous sommes heureux de voir que la contribution de la société civile, a été prise en compte sur un certain nombre de points essentiels.

La qualité de l’éducation ne peut tout d’abord se comprendre sans le respect des normes internationales relatives au droit à l’éducation. L’Observation N°13 du Comité des droits économiques, sociaux et culturels au Pacte décrit bien les obligations minimales, dont nous retiendrons par exemple celle d’assurer un enseignement primaire à tous et de garantir le libre choix de l’éducation sans ingérence de l’Etat. 

L’importance donnée actuellement à la qualité permet de mettre au premier plan le renforcement des garanties des droits de l’homme dans l’éducation. Nous voulons réaffirmer ici l’importance primordiale pour une politique éducative qui se veut « de qualité » d’adopter une approche basée sur les droits de l’homme

Ces mêmes normes, à savoir non seulement l’article 26 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme mais aussi l’article 29 dela Convention Internationale des droits de l’enfant, stipulent également que l’éducation doit développer la personnalité humaine, le respect des droits de l’homme et l’identité culturelle de chaque apprenant. Ainsi, il est clair que les normes internationales insistent sur les buts à visée humaine de l’éducation. Et pour reprendre les termes de K. Tomasevski, premier rapporteur Spécial sur le droit à l’éducation, ce qu’il faut mettre  au premier plan, c’est l’accent mis non seulement sur les moyens, mais aussi – et c’est encore plus important – les fins de l’éducation. 

Le Rapporteur Spécial, Mr Singh, a développé justement dans son rapport 2012 certains points, dans ce sens, tout à fait pertinents comme:

  • l’importance de l’acquisition de connaissances sur les valeurs des droits de l’homme
  • la diversité culturelle, qui est une richesse des pays
  • l’éducation technique et professionnelle comme composante essentielle des savoirs fondamentaux
  • la valorisation des personnes vulnérables comme les femmes et les filles ou des groupes marginalisés comme les enfants handicapés
  • la nécessité d’une formation de qualité pour les enseignants.

 

Claire de Lavernette / Plateforme d’ONG sur le droit à l’éducation