04/06/2012

La crise de la démocratie selon Rousseau

 

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Voici ce que dit Rousseau dans le Contral Social:

Sitôt que le service public cesse d’être la principale affaire des citoyens, et qu’ils aiment mieux servir de leur bourse que de leur personne, l’État est déjà près de sa ruine. Faut-il marcher au combat ? ils payent des troupes et restent chez eux ; faut-il aller au conseil ? ils nomment des députés et restent chez eux. À force de paresse et d’argent, ils ont enfin des soldats pour asservir la patrie, et des représentants pour la vendre.

C’est le tracas du commerce et des arts, c’est l’avide intérêt du gain, c’est la mollesse et l’amour des commodités, qui changent les services personnels en argent. On cède une partie de son profit pour l’augmenter à son aise. Donnez de l’argent, et bientôt vous aurez des fers. Ce mot de finance est un mot d’esclave, il est inconnu dans la cité. Dans un pays vraiment libre, les citoyens font tout avec leurs bras, et rien avec de l’argent ; loin de payer pour s’exempter de leurs devoirs, ils payeraient pour les remplir eux-mêmes. Je suis bien loin des idées communes ; je crois les corvées moins contraires à la liberté que les taxes.
Mieux l’État est constitué, plus les affaires publiques  l’emportent sur les privées, dans l’esprit des citoyens. Il y a même beaucoup moins d’affaires privées, parce que la somme du bonheur commun fournissant une portion plus considérable à celui de chaque individu, il lui en reste moins à chercher dans les soins particuliers. Dans une cité bien conduite, chacun vole aux assemblées ; sous un mauvais gouvernement, nul n’aime à faire un pas pour s’y rendre, parce que nul ne prend intérêt à ce qui s’y fait, qu’on prévoit que la volonté générale n’y dominera pas, et qu’enfin les soins domestiques absorbent tout. Les bonnes lois en font faire de meilleures, les mauvaises en amènent de pires. Sitôt que quelqu’un dit des affaires de l’État : Que m’importe ? on doit compter que l’État est perdu.

Commentaires

Rousseau avait pour modèle l'ancienne Rome, qui divinisait la Cité, mais ce qu'il dit ici est un peu ridicule, car le bonheur de l'être humain est de se partager équitablement entre le public et le privé, et non pas d'accorder au public la suprématie. C'est à cause de ce genre d'idées que les adeptes de Rousseau ont tendu à l'étatisme et même au communisme. Même chez les Grecs, Rousseau préférait significativement Sparte à Athènes, mais c'est Athènes qui, par sa culture nourrie de philosophie et même de vie mystique (au sens où les anciens l'entendaient) a rayonné sur le monde et a permis d'en accroître le bonheur. Cela dit, on peut toujours accepter l'idée qu'en ne payant plus des députés, on paie moins d'impôts, donc qu'on a moins d'argent à gagner, et donc moins de temps à travailler, et plus à aller faire le travail du député à sa place! On pourrait voter par Internet et supprimer les assemblées de députés.

Écrit par : Rémi Mogenet | 04/06/2012

On pourrait voter les lois par Internet, je veux dire. Et en discuter par Internet!

Écrit par : Rémi Mogenet | 04/06/2012

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