10/09/2011

11 septembre: les vrais enjeux selon P. Kennedy

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En mars 2002, Paul Kennedy, professeur à Yale,  écrivait ces lignes dans Le Monde. Ses propos restent d'une incroyable actualité en cette veille du 11 septembre:

La sympathie qu'a manifestée l'étranger après l'horreur du 11 septembre 2001 fut certes sincère, mais elle s'adressait à des disparus innocents et aimés : ceux qui travaillaient au World Trade Center, les policiers, les pompiers. Il y avait aussi ce sentiment de compassion qui est né de la peur que pareille chose n'arrive à Sydney, à Oslo ou à New Delhi. Mais cela n'impliquait pas un amour et un soutien inconditionnels à l'Oncle Sam.

Beaucoup d'Américains qui liront ce point de vue ne se préoccupent peut-être pas vraiment des critiques et des inquiétudes croissantes qui s'expriment à l'étranger. Pour eux, la réalité est que les Etats-Unis sont sans discussion possible le numéro un et qu'il ne reste à tous les autres - Europe, Russie, Chine, monde arabe - qu'à accepter cette évidence. Agir comme s'il en était autrement ne sert à rien.

Mais j'entends aussi des Américains - anciens du Corps des volontaires de la paix, parents dont les enfants étudient à l'étranger (comme eux-mêmes l'ont fait autrefois), hommes d'affaires qui ont noué des liens solides hors du pays, hommes et femmes de religion, défenseurs de l'environnement - s'inquiéter sérieusement de l'"empreinte" que nous laissons et des murmures venus de lointains horizons.

Il est intéressant d'y réfléchir : par trois fois au cours du siècle dernier, le monde a dans sa majorité regardé avec espoir et un désir ardent en direction d'un dirigeant américain qui défendait les plus hautes valeurs de l'homme. Car Woodrow Wilson, Franklin D. Roosevelt et John Kennedy ont fait se gonfler les cœurs à l'étranger en rejetant le parti pris étriqué de "l'Amérique d'abord" et en parlant de la misère de l'humanité tout entière. C'est de cette Amérique ouverte et réfléchie que tant d'amis étrangers inquiets et déçus veulent voir le retour.

Il existe, à l'heure actuelle, à l'étranger, le désir profond d'un véritable leadership des Etats-Unis. Pas au sens d'"arrogance du pouvoir" que lui donna un jour le sénateur William J. Fulbright, mais un leadership tel que Roosevelt a pu l'illustrer. Je parle d'un leadership qui se définirait par sa largeur de vue, la perception de notre condition humaine commune, la conviction d'avoir autant à apprendre des autres qu'à leur transmettre. Un leadership qui s'adresserait aux faibles et aux opprimés du monde entier, et inciterait les Etats-Unis à se joindre à d'autres nations privilégiées puissantes afin d'aider ensemble ceux qui ont du mal à subsister.

Paul Kennedy, Le Monde 4. 3. 2002

Commentaires

Merci pour ce rappel, actuel de maniére brûlante !

Écrit par : Carol Scheller | 18/09/2011

Vous avez parfaitement raison.
Mais ce que vous souhaitez tient plus de l'utopie que d'une possibilité envisageable.
Obama aurait pu être le 4ème président que vous souhaitez. Mais il a eu la crise des subprimes qui, en plus de la couleur de sa peau et de la haine que lui vouent les républicains, les tea-parties, les évangélistes et créationistes obtus de tout genre, n'a fait que l'affaiblir dans l'opinion des américains.
Et si son élection fut l'occasion d'un immense espoir au niveau mondial, il faut hélas constater qu'aujourd'hui cet élan se réduit à un "bof" général.
Wilson, Roosevelt et Kennedy ont agi en temps de guerre (chaude et froide). Ils avaient tout un peuple et le monde entier derrière eux.
Mais aujourd'hui il n'y a plus de guerre. Des attentats certes, mais pas de guerre ouverte ou larvée contre un ennemi précis. Le seul ennemi d'Obama et de tous les présidents du monde est la finance, la spéculation et la corruption. Et ce n'est pas rassembleur. Il ne peut qu'en résulter le dégoût de tous ces profiteurs et dans la foulée de tous ces politiques qui ne peuvent rien faire d'autre que constater les dégats et être immédiatement contrés par leur opposition qui voit dans leur impuissance l'occasion de les évincer et de reprendre le pouvoir.
En un mot, tant qu'il n'y aura pas d'événement fédérateur, tous les présidents du monde ne seront que des marionettes bousculées par leur opposition.

Écrit par : Lambert | 22/09/2011

Les E.U.s serient-ils encore en mesure de guider le monde à l'heure actuelle ? Et de le guider où ?
le pays est endetté jusqu'aux oreilles, les infrastructures - ponts, routes chemins de fer, etc... auraient besoin de 12 trillions de dollars pour être mises à jour, les écoles sont un désastre, tout le système est à vau-l'eau.
La soit-disant "Démocratie" est totalement sous contrôle sioniste, le "Patriot Act" instaure en fait un régime policier. Les forces armées sont totalement disproportionnées et répandent la terreur à d'innombrables endroits.
Et ce pays prétend encore mener le monde....

Écrit par : J.C. Simonin | 23/09/2011

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