28/01/2010

L'éducation aux droits de l'homme: les choses sérieuses commençent


Le Comité Consultatif des droits de l'homme achève la rédaction du projet de Déclaration sur l'éducation aux droits de l'homme. Exercice difficile.

Trois points nous paraissent de la plus haute importance pour que cette Déclaration donne un signal fort aux Etats:

1. L’insertion de l’éducation aux droits de l’homme dans le droit à l’éducation.
2. Le lien entre l’éducation et la formation aux droits de l’homme d’une part et la diversité culturelle et religieuse d’autre part.
3. L’impact de l’éducation aux droits de l’homme sur le système éducatif tout entier.


1. L’insertion de l’éducation aux droits de l’homme dans le droit à l’éducation. Deux thèmes devraient être pris davantage en considération :

1.a.) La formation des enseignants sans laquelle tout effort serait vain comme le démontrent l’expérience et l’expertise que nos organisations ont accumulées depuis plusieurs années grâce à leur travail de terrain. Rappelons à ce propos que l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe dans sa Recommandation 1849 (2008) souligne que « les compétences requises pour promouvoir en classe la culture de la démocratie et des droits de l’homme doivent être introduites dans le programme d’éducation des enseignants de toutes les matières (5.2) ».

1. b.) Le rôle des parents qui, selon les normes internationales, sont les premiers responsables de l’éducation des enfants. M. Decaux dans son rapport a rappelé que l’Etat doit respecter ce rôle qui leur est dévolu. Ainsi, Iil est important que dans le cadre de l’éducation et la formation aux droits de l’homme, les droits des parents, notamment leurs options éthiques, religieuses ou pédagogiques soient respectées. Des exemples récents dans plusieurs pays ont mis en évidence la difficulté de concilier l’éducation aux droits de l’homme et à la citoyenneté avec le respect du pluralisme. Les sentences de la Cour européenne des droits de l’homme Folgero c/ Norvège et Zengin c/ Turquie en sont un bon exemple.

2. Le lien entre l’éducation aux droits de l’homme et la diversité culturelle et religieuse. Ce lien qui figure bien au paragraphe 10 du texte, mais la formulation est trop peu exigeante. Les droits de l’homme, en tant que patrimoine culturel de l’humanité, rassemblent les valeurs communes à toutes les cultures, religions et philosophies. «Ils émanent du tissu même des cultures» en paroles du Rapport mondial sur la diversité culturelle. Leur enseignement doit être dispensé de manière à bien mettre en lumière cette appartenance. Cela demande un effort nettement plus soutenu de la part des cultures et religions d’une part et des Etats d’autre part.

C’est une heureuse coïncidence que le Comité consultatif doit présenter son projet en cette année 2010 déclarée par l’Assemblée Générale «Année du rapprochement des cultures ». Lors de sa dernière session, la Conférence générale de l’UNESCO insistait sur le fait qu’ «un vaste sentiment de communauté de valeurs s’est fait jour à l’échelle internationale sur les éléments qui composent ce cadre général de dialogue. Ce sont des valeurs comme la liberté, l'égalité, la solidarité, la tolérance, le respect de la nature et le partage des responsabilités - dont la Déclaration du Millénaire a réaffirmé la valeur « éternelle et universelle ».
Ces valeurs fondamentales sont attachées à l’idéal de tolérance, qui comprend le respect de l'autre, quelles que soient ses croyances, sa culture ou sa langue. D'autres valeurs universelles importantes sont le respect et la défense de la diversité culturelle, l'attachement à la paix, à la non-violence et à des pratiques pacifiques, le respect de la dignité humaine et le respect des droits de l'homme » La Déclaration doit contribuer à rendre pleinement effective cette communauté de valeurs en permettant son apprentissage raisonné.

3. L’impact de l’éducation aux droits de l’homme sur le système éducatif tout entier.
Le Plan d’action de la première phase du Programme mondial en faveur de l’éducation aux droits de l’homme l’a mis en relief. L’éducation aux droits de l’homme exige une nouvelle démocratisation du système scolaire, une nouvelle gouvernance. Elle implique l’adoption d’une approche fondée sur les droits de l’homme des politiques éducatives afin que ceux qui ont des obligations puissent mieux s’en acquitter et que les bénéficiaires des droits puissent mieux les faire valoir. (Cf UNESCO, Stratégie relative aux droits de l’homme, 2003 p. 5)