10/10/2008

Education aux droits de l'homme: chantier ouvert

La Conférence mondiale sur les droits de l’homme de 1993 estimait que : » l'éducation, la formation et l'information en la matière sont indispensables à l'instauration et à la promotion de la compréhension mutuelle, de la tolérance et de la paix. " 15 années plus tard on s’attelle à la rédaction d’un un texte international sur l’éducation aux droits de l’homme. C’est le premier et le plus important chantier du Comité Consultatif des droits de l’homme, qui s’est réuni ces jours pour la première fois à Genève, le nouveau think tank des Nations Unies sur les droits humains.

L’enjeu est de taille car jusqu’à maintenant l’éducation aux droits est dispersée dans beaucoup de textes et manque de clarté. On ne sait pas non plus qu’elles sont les obligations exactes des Etats en la matière.

Et cependant on sait bien que si la mission fondamentale de l’autorité politique est de protéger les droits de l’être humain et de faire en sorte que chacun s’acquitte de sa fonction particulière, il n’y aura pas de paix durable ni de justice sans une éducation aux droits de l’homme.

Cette Déclaration pourrait être – j’ose dire, devrait être -  un jalon important dans l’histoire des droits de la personne humaine. L’initiative lancée par le gouvernement suisse devra cependant faire face à des défis redoutables.

La future Déclaration devra éclaircir le contenu de l’article 26 de la Déclaration universelle des droits de l’homme : « L'éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l'amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux ou religieux ».Elle doit contribuer à mettre en place un « vivre ensemble » basé sur le respect des droits et sur la justice. Elle doit également combattre des modes de coexistence fondés sur la violence et la discrimination.

L’éducation aux droits doit également promouvoir et justifier philosophiquement la conception de la personne humaine de la Déclaration universelle. Elle doit prouver, en utilisant les ressources de la raison, que "tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits » et « qu’ils sont doués de raison et de conscience". Il s’agit d’un grand défi posé à toute la communauté intellectuelle car avec cette affirmation, la Déclaration adopte une anthropologie claire: l'être humain est rationnel et moral. Il n’est déterminé ni par la biologie ni par la culture : il est libre et responsable.

La future Déclaration ne peut se contenter d’un consensus mou sur quelques concepts vagues. Elle doit, en quelque sorte, poser le débat sur les fondements philosophiques des droits de la personne humaine. Ce débat me semble être l’unique moyen pour faire passer les droits du domaine de la « croyance » à celui de l’argumentation rationnelle.

Enfin, l’éducation aux droits de l’homme doit surtout éviter de se transformer en une espèce de nouvelle religion sur le modèle de ce que Rousseau appelait « religion civile ». Son rôle est complémentaire aux religions et aux convictions. Son rôle est plus modeste : elle doit faciliter le « vivre ensemble » des diversités présentes dans les sociétés  -  diversités linguistiques, idéologiques, religieuses, ethniques  - pour que ces différences enrichissent l’ensemble  au lieu de le fractionner ou l’affaiblir.