30/10/2007

Homme / femme: la diversité constitutive

La diversité culturelle, comprise de façon positive seulement depuis peu, demande à être conçue de manière cohérente avec l’universalité des droits de la personne humaine. La Déclaration sur la diversité culturelle de l’UNESCO (2001) propose la recherche de cette cohérence comme tâche à la communauté internationale : « La défense de la diversité culturelle est un impératif éthique, - affirme la Déclaration- inséparable du respect de la dignité de la personne humaine. Elle implique l'engagement de respecter les droits de l'homme et les libertés fondamentales, en particulier les droits des personnes appartenant à des minorités et ceux des peuples autochtones (art. 4) »

Universalité et diversité ne peuvent pas être pensées comme antinomiques mais comme deux richesses qu’il faut garder ensemble. Cela signifie que l’universalité des droits doit être possible sans supprimer ou amoindrir la diversité culturelle « qui est, pour le genre humain, aussi nécessaire qu'est la biodiversité dans l'ordre du vivant » (art 1) Corrélativement il doit être possible de respecter, voire de promouvoir la diversité sans diminuer les exigences de l’universalité. L’éloge de la diversité et sa promotion ne se confond donc pas avec le relativisme.

La diversité apparaît comme une valeur fondamentale car il faut bien reconnaître que la première et fondamentale diversité est la diversité homme/femme, cette diversité indispensable du point de vue biologique mais aussi du point de vue culturel.

Cette diversité originaire homme/femme ouvre la porte à la question de genre. Le XXème siècle a connu l’émergence d’un mouvement féministe dont le but essentiel était la lutte contre la discrimination à l’égard de la femme. Après un demi-siècle de luttes, le mouvement féministe a réussi seulement partiellement ses objectifs.  Des nouveaux problèmes sont apparus que l’on n’avait pas pu ou que l’on n’avait pas su prévoir.

Pour répondre à ces nouveaux défis, la communauté internationale a forgé des nouveaux concepts. Pour faire court nous en citerons trois: 1) le passage de la « discrimination sexuelle » à la discrimination pour raison de « genre », 2) la politique des différences et des droits catégoriels allant jusqu’à la séparation entre les sexes, 3) la politique des « actions affirmatives » : la discrimination demande un traitement « discriminatoire ».

La notion de genre fait référence aux relations sociales entre l’homme et la femme (Déclaration et plan d’action de Beijing, 1995). Elle implique que l’on accorde plus d’importance dans la discrimination à l’égard de la femme au culturel qu’au biologique. S’il y a discrimination a l’égard des femmes c’est dans les idées toutes faites qu’il faut trouver les causes plus que dans une imposition violente d’une manière de voir.

La politique des différences suppose une conception de la démocratie divergente, voire opposée à la traditionnelle qui mettait l’accent dans l’égalité de tous et qui était « aveugle » aux différences (C. Taylor) : tous égaux, tous les mêmes droits. Aujourd’hui la démocratie est plus équitable qu’égalitaire : tous égaux, tous différents.  Cette notion d’équité est à la base de l’action affirmative ou discrimination positive qui postule un traitement inégal des personnes en situation d’inégalité. Politiques transitoires visant à l’égalité par un traitement équitable des personnes « défavorisés « .

Ceci dit, il reste un long chemin a parcourir jusqu’atteindre une conception de la diversité homme / femme qui réponde aux exigences de la dignité humaine. Et le chemin accompli jusqu'à maintenant n’est pas entièrement positif. Il a ses zones d’ombre. Il présuppose des affirmations qui faute de discussion peuvent conduire à des dogmatismes aux résultats encore plus discriminatoires. Une franche discussion permettrait de déterminer avec précision ce qui relève des droits et ce qui relève de l’idéologie.

 

 

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17/10/2007

Citoyenneté démocratique et liberté culturelle

Le Collège Universitaire Henry Dunant vient de créer avec l’Université de la Rioja une chaire UNESCO sur Citoyenneté démocratique et liberté culturelle. La Chaire UNESCO Citoyenneté démocratique et liberté culturelle est une structure internationale et interdisciplinaire d’enseignement, de recherche scientifique et de recherche appliquée. L'équipe de la Chaire est pluridisciplinaire, composée d’enseignants et de chercheurs en droit, philosophie, psychologie, sociologie et anthropologie sociale. Elle entend contribuer à la construction d'une société inclusive en mettant en oeuvre une approche des politiques publiques basée sur les droits de l’homme, notamment des politiques éducatives et sociales. Elle a pour but de favoriser le transfert de connaissances des Universités vers les administrations publiques et la société civile.


Citoyenneté démocratique et liberté culturelle : les concepts définissant cette chaire essaient de cerner les éléments fondamentaux d’une nouvelle manière de concevoir le politique. En effet, une société pleinement démocratique doit être inclusive de manière non seulement à respecter les cultures, convictions et religions présentes en son sein mais à les incorporer dans son projet politique. Ceci nous semble être le défi essentiel des sociétés démocratiques européennes. Cette nouvelle conception du politique renferme deux caractéristiques fondamentales : elle met en place une bonne gouvernance et situe la personne humaine et ses droits au centre du système social.


En mettant l’accent sur la liberté culturelle, la Chaire se propose également de renouveler le débat sur la justice sociale et la pauvreté. Selon cette approche, être pauvre signifie moins avoir de faibles revenus qu’être privé de la capacité d’exercer la liberté de choisir (A. Senn). C’est aussi le point de vue de la plupart des acteurs internationaux dans la lutte contre la pauvreté (cf. PNUD, Rapport sur le développement humain, 2004).

Deux sont les finalités principales de la nouvelle Chaire:

1.    Fournir les outils théoriques nécessaires à la mise en place des politiques publiques selon une approche fondée sur les droits et les principes d’une bonne gouvernance. Cette gouvernance implique l’interaction des parties prenantes (État ou pouvoir politique, société civile et secteur privé) dans la conception, la mise en place et l’évaluation des politiques. Comme l’a souligné le Projet de directives  Les stratégies de la lutte contre la pauvreté sous l’angle des droits de l’homme (2002) : « L’approche fondée sur les droits de l’homme offre un cadre normatif explicite, celui des prescriptions internationales relatives aux droits de l’homme. Ancré dans des valeurs morales universellement reconnues et assorti d’obligations juridiques, le droit international relatif aux droits de l’homme fournit un cadre normatif contraignant pour la formulation des politiques nationales et internationales » (par. 3).
2.    Concevoir un modèle de transfert des connaissances entre les Universités et la société et ainsi contribuer à l’élaboration d’une nouvelle conception du savoir universitaire qui placerait les sciences humaines au service direct des besoins sociaux.

 

 

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08/10/2007

Qu’est-ce que l’éducation aux droits de l’homme ?



Comment les textes internationaux définissent-ils l’éducation aux droits de l’homme (EDH)? Force est de constater que les instruments sont vagues sur le sujet. On ne trouve guère que des affirmations générales du type : l’éducation doit viser  au renforcement du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l’amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux et religieux .

Dans le Plan d’action pour la Décennie de l’éducation aux droits de l’homme (Résolution de l’Assemblée Générale 49/1184) on trouve au § 2:  « on entend par enseignement des droits de l’homme les activités de formation et d’information visant à faire naître une culture universelle des droits de l’homme en inculquant (…) connaissances, (…) qualités et (…) attitudes »

Il s’agit ici d’une définition succincte contenant en même temps les objectifs assignés à l’EDH. On parle « d’activités de formation et d’information visant à faire naître une culture universelle des droits de l’homme». Il s’agit aussi d’activités visant les « connaissances, les aptitudes et les comportements » permettant d’atteindre les objectifs assignés à l’éducation aux droits de l’homme.

Le Plan d’action mondial pour l’éducation aux droits de l’homme et à la démocratie (Montréal, 1993) estimait que l’EDH devait « parvenir à ce que les comportements entraînant un déni de droits soient modifiés, que tous les droits soient respectés et que la société civile devienne un système pacifique, reposant sur la participation » et surtout « créer une culture des droits de l’homme et favoriser le développement de sociétés démocratiques ». Culture des droits de l’homme comprise comme une situation de respect des droits, d’ancrage des droits dans les cultures et d’une gouvernance démocratique.

Il importe également au moment de mettre en place l’EDH de savoir qu’elle n’existe pas dans l’abstrait. Elle s’inscrit dans un contexte culturel et social dont il faut tenir compte si l’on veut qu’elle soit adéquate et efficace. Dans ce sens il faut  faire la différence entre l’éducation aux droits de l’homme, le droit, la religion et l’éthique individuelle. L’éducation aux droits de l’homme correspond à notre avis à ce qu’on peut appeler une éthique civique, partie de l’éthique sociale qui à son tour ne peut être séparée de l’ensemble de la formation éthique. Cette éthique doit avoir comme objectif « la vie bonne avec et pour l’autre dans le cadre d’institutions justes. » (Paul Ricoeur).  

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