30/07/2007

Droits culturels: choc des cultures ou choc des ignorances ?

Droits culturels

La diversité culturelle était comprise comme un obstacle et un frein à l'universalité et au progrès. Depuis l'adoption de la Déclaration universelle de l'UNESCO sur la diversité culturelle en 2001, et de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, en 2005, la diversité est comprise au contraire comme une ressource à préserver.

Les individus veulent être libres de prendre part à la société sans avoir à se détacher des biens culturels qu'ils ont choisis. C'est une idée simple, mais profondément perturbatrice affirme le PNUD dans son Rapport 2004 sur le développement humain.

Pourquoi le PNUD déclare-t-il que cette idée est perturbatrice ? Elle prend de face l'affaiblissement progressif de l'Etat qui, non seulement se trouve soumis aux pressions conjuguées de la mondialisation et de l'autonomisation des acteurs privés, mais doit reconnaître aussi que sa prétention à la neutralité culturelle - ou au monoculturalisme national, ce qui revient au même - est battue en brèche. La conception démocratique de l'Etat doit aujourd'hui se départir de l'illusion selon laquelle la construction démocratique, comme la science, serait au-delà des cultures, dans un univers pur qui serait celui de la raison. Nous devons prendre aujourd'hui la pleine mesure des critiques qui ont été faites à l'égard de cette conception neutre de l'« Etat libéral », le « ré-enculturer » retrouver et développer les ressources de sa culture démocratique, réhabiliter leur diversité.

La protection mutuelle de la diversité et des droits culturels, par et pour les droits culturels, forme un nouveau paradigme politique qui permet de valoriser les ressources dispersées, Les cultures ne sont pas des entités que l'on peut comparer. Il ne peut y avoir de « choc des cultures », mais seulement un « choc des ignorances », car chaque tradition culturelle porte en elle des germes d'universalité et d'hospitalité. Il convient de les retrouver, surtout lorsque des traditions se sont sclérosées, sont devenues fondamentalistes et exclusives, et prétendent s'opposer à l'universalité des droits de l'homme.

Déformées dans leur contenu, les revendications identitaires représentent un danger pour la paix et pour la compréhension de l'ensemble des droits de l'homme : ils « justifient » le relativisme et l'inaction, ou au contraire l'exclusion, les discriminations et les purifications ethniques, avec des actions humiliantes et violentes. Par ailleurs, la violation des droits culturels peut encourager la déformation de ces revendications. C'est pourquoi leur clarification et leur stricte insertion dans le système des droits de l'homme sont une urgence de ce temps, et constituent les bases et les conditions du dialogue interculturel.

L'analphabète dans un monde où tout s'écrit, celui qui n'a jamais éprouvé la possibilité de l'expression, celui qui n'a jamais été bouleversé par une œuvre, celui dont le travail n'est que répétitif et aliénant, ne peuvent accéder aux autre droits humains. Les violations des droits culturels sont une humiliation des plus fondamentales et le gaspillage social le plus radical.

Patrice Meyer-Bisch / Alfred Fernandez

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25/07/2007

La ville: le lieu des droits économiques, sociaux et culturels

Cours 2007

 

Les droits économiques sociaux et culturels (desc) sont souvent négligés par rapport aux droits civils et politiques. On pense souvent à des droits pour le Sud. En réalité il ne peut y avoir respect des droits de l’homme sans respect des desc puisque les droits de la personne humaine sont indivisibles et interdépendants. La communauté internationale en prend de plus en plus conscience depuis la Conférence mondiale des droits de l’homme de Vienne(1993).

La ville est le lieu privilégié du progrès dans l'accomplissement des droits puisque que la ville est, hélas, le lieu privilégié des violations dans les pays du Nord.  Les desc sont partiellement des droits de solidarité ; le débiteur de ces droits n'étant pas pas seulement l'Etat. En effet chacun de nous en est le débiteur. C'est également le cas du pouvoir proche, à savoir la mairie. La mairie, pouvoir proche du citoyen, peut contribuer à résoudre la crise actuelle de l'Etat qui est, entre autres, une crise de proximité. On peut aller jusqu’à dire que moins il y a de proximité, plus abonde l'exclusion sociale. Nous avons besoin d'un pouvoir ami, proche, qui favorise le dialogue et la solidarité, et qui soit un catalyseur d’échanges. La mairie est le pouvoir concret, à la portée de main, elle peut rétablir la confiance entre le citoyen et l'Etat.

Nous savons bien que le danger qui guette la ville est la foule solitaire dont parlait le sociologue David Riesman. Elle s'installe partout même dans les petites villes, elle dégénère en violence aveugle. C’est pourquoi la protection des droits économiques, sociaux et culturels doit commencer par la ville  et ceci de manière urgente. Il est urgent aujourd’hui de mettre en oeuvre une politique de la ville, car la ville qui s’est créée pour socialiser, s’est muée en instrument d’exclusion. Pour nous, l’expression politique de la ville signifie tout simplement : protection des droits économiques, sociaux, et culturels.
Cette politique de la ville doit prendre comme point de départ les  trois principes majeurs suivants :

1.    La personne humaine sera placée au centre du développement et les économies orientées de façon à mieux satisfaire les besoins des populations,
2.    Les politiques économiques, culturelles et sociales seront intégrées de façon à se renforcer mutuellement,
3.    Donner aux individus, et notamment aux femmes, les moyens de renforcer leurs propres capacités constitue un objectif primordial du développement et son moteur. Il faut  pour cela, qu’ils participent  pleinement à l’élaboration, à l’application et à l’évaluation des décisions déterminant le fonctionnement et la prospérité des sociétés
(Déclaration de Copenhague sur le développement social, par.26).

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23/07/2007

Session en espagnol 2007: droits culturels, égalité, Conseil des droits de l'homme

Cet été, les participants de la section hispanophone viennent de 11 pays d’Europe et d’Amérique Latine. Il s’agit d’économistes, de fonctionnaires internationaux et nationaux, de magistrats, et responsables d’ONG des pays suivants : Argentine, Bolivie, Brésil, Colombie, Equateur, Espagne, Guatemala, Italie, Mexique, Panamá et Pérou. Deux tiers des participants sont des femmes, parmi lesquelles six femmes autochtones qui suivent un programme spécial portant sur les questions de genre et les droits des peuples autochtones

Pour mémoire, le corps enseignant de l'Université d'été compte des experts d'organisations internationales, des professeurs d'université, des diplomates, et des membres d'ONG. Réalisés en étroite collaboration avec le bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme les cours ont pour but de donner aux participants des connaissances de base sur le système international de protection des droits de l'homme grâce à un contact direct avec les institutions des Nations Unies.

Cette confrontation avec le milieu onusien et la connaissance concrète de son fonctionnement sont souvent ce qui fait défaut aux membres des ONG et aux agents gouvernementaux. Sans une formation adéquate ils éprouveraient beaucoup de difficultés à comprendre un organe tel que le Conseil des droits de l'homme qui représente un changement profond dans les méthodes de travail des Nations Unies en matière de protection des droits de la personne humaine.

Dans les modules de formation, dont l'un des objectifs est de privilégier les droits sociaux et culturels, une place importante sera réservé cette année à l'étude de la Déclaration de Fribourg est axé sur les droits culturels qui a été présentée en mai 2007 aux Nations Unies.

Le Collège organise également du 30 juillet au 3 août un cours d’été avec l’Université de la Rioja (Espagne) sur le thème Repenser l’égalité, universaliser les opportunités dont le thème transversal est celui du genre.

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19/07/2007

Non à une conception "animale" des droits de la personne humaine

Participants session francophone 2007

Le respect des droits de l’homme est une exigence de la dignité humaine. Une dignité qui vient de la condition/nature humaine selon la Déclaration universelle. Selon la Déclaration, l’homme est doué de conscience et de raison. Voilà ce qui est spécifiquement humain. Lorsqu’on parle de la pauvreté on pense aux conditions matérielles de survie. C’est vrai que la pauvreté suppose souvent le manque de nourriture, d’hygiène, de logement, mais réduire l’être en situation de misère à la satisfaction de ces besoins élémentaires revient à nier en lui l’humain.

C’est ainsi que nous arrivons à une sorte de conception « animale » des droits de la personne. On imagine qu’il faut aller par paliers et, qu’en absence de moyens économiques, il faut parer au plus pressé. Ceci implique donc un minimum vital: nourriture, soins de santé, logement.

Le raisonnement semble se tenir parce qu’il est difficile de subvenir à tous les besoins en même temps. Il est difficile de passer d’une situation de détresse, d’urgence humanitaire, par exemple, à une situation de plein accomplissement du droit pour utiliser la terminologie du Comité des droits économiques sociaux et culturels. Par ailleurs le Pacte des droits économiques sociaux et culturels prévoit une progressivité dans l’accomplissement du droit.

Mais le raisonnement est faux lorsqu’il fait passer les exigences de la dignité humaine derrière les impératifs économiques. Le raisonnement est d’autant plus pervers qu’il peut servir d’alibi, et il le fait en réalité, pour un non accomplissement des droits économiques, sociaux et culturels. En effet toujours, et je dis bien toujours, l’Etat manquera de ressources pour le plein accomplissements de ces droits. C’est un principe même de l’économie: la rareté des ressources. Ce raisonnement débouche donc sur une impasse.

Il faut prendre les exigences humaines et non l’économie comme point de départ, car si l’on part de l’économie on est amené à ne pas respecter non plus les droits civils et politiques. La démocratie, l’Etat de droit, l’administration de la justice, les prisons : tout cela coûte cher, très cher. Et, en pure logique économique, il serait plus rentable de supprimer les Parlements, les tribunaux, les élections. Il suffirait d’un « bon » dictateur et d’une police à son service. Remarquez que ce raisonnement a été fait en Europe souvent. Les exemples les plus proches ont été les expériences fascistes ou nazies.

Au fond nous voyons ici le manque de pertinence qu’il y a à faire la distinction entre droits civils, droits politiques et droits économiques et sociaux. Je laisse volontiers en dehors les droits culturels, parce que cette catégorie de droits est différente et, les mettre dans ce groupe, n’est en réalité qu’un reliquat de la guerre froide et de la vision marxiste de la société.

Si nous partons des droits et des droits culturels en particulier, c’est-à-dire des droits à l’identité, la perspective est différente. L’homme est un être de culture, dans ce sens il a deux exigences fondamentales en lien avec l’article 1 de la Déclaration. Doué de raison et de conscience l’homme a besoin de « sens » et de « solidarité » comme l’a affirmé Viveret. Ayant connu enfant des situations de misère en Europe je me suis aperçu que tout être humain met les besoins culturels sur le lmême plan que les besoins biologiques. Vous êtes-vous demandé pourquoi dans les favelas de Rio il y a la télévision alors que les habitants manquent de services de base ?


Sortir d’une vision économiciste de l’homme est nécessaire pour parler droits de l’homme. C’est pourquoi, la communauté internationale a développé la notion de développement humain : « création d’un environnement qui permette à tous de mener une vie longue saine et créative ». Cette notion développée par la PNUD est encore insatisfaisante à plusieurs points de vue, mais elle permet de faire le point entre une conception purement « animale » du développement compris comme satisfaction des besoins essentiels à une vision humaniste.

Car, aussi important que le logement et la nourriture sont la liberté et l’éducation. C’est pourquoi il importe de changer d’optique et de prendre au sérieux l’indivisibilité des droits. « Tous les droits pour tous » était le slogan du 50ème anniversaire de la Déclaration universelle. Voilà l’optique juste.

L'ancienne Rapporteuse sur le droit à l’éducation a développé une conception culturelle, pourrait-on dire, des droits sociaux en parlant d’acceptabilité et d’adaptabilité du droit. Les prestations publiques doivent, en effet, être centrées sur les besoins de l’être humain et non sur le budget des Etats. Elles doivent être acceptables pour tous, préserver la dignité de tous.

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17/07/2007

Les « dialogue politiques » : le bricolage élevé au rang de norme ?


La session hispanophone de la treizième Université d’été des droits de l’homme de Genève qui débute lundi prochain consacrera une bonne partie de son temps à former au « dialogue politique » . Notion relativement nouvelle, le «dialogue politique» s’insère dans un domaine où la priorité était donnée à l’expertise technique. L’éducation , la santé, ou la sécurité sociale étaient - sont encore - une affaire de spécialistes ou de Comités d’experts. Mais la 46ème Conférence internationale d’éducation (2001) a amorcé le changement de cap et a donné une pleine légitimité à la notion.

La mise en place des « dialogues politiques » signale donc la fin d’une manière de concevoir les politiques publiques qui faisait l’objet d’un consensus tacite: celle fondée sur la compétence des experts. Désormais, il semble acquis que la participation des parties prenantes et le consensus des différents acteurs est plus important que les solutions techniquement parfaites. Ce changement est plus important qu’il ne paraît.

A première vue l’idée d’instaurer des dialogues politiques pour la mise en place de politiques pourrait sonner le glas de la rationalité et de la science pour entrer dans une dynamique du « bricolage ». En effet, dire que le meilleur n’est pas la rationalité mais la participation peut sembler hautement suspect.

Mais on peut faire une lecture complètement différente de ce fait. Les dialogues politiques nous mettent en présence de l’épuisement de la conception moderne du monde. L’épistémologie de la modernité dont la finalité était de se rendre « maître et possesseurs de la nature » (Descartes) se fondait sur l’idée que le progrès des connaissances permettrait une gestion du monde et de la société strictement rationnelle et planifiée. Cette application de la rationalité à la réalité sociale permettrait à terme un monde « parfait ». Le rêve moderne était d’autant plus solide qu’il semblait s’identifier à la rationalité même et les progrès rapides de la science expérimentale sont venus conforter une conception du monde qui semblait s’imposer de soi.

Or la situation aujourd’hui a bien changé et le rêve de la perfection s’est brisé sur le cauchemar des totalitarismes et le spectre du nucléaire pour ne citer que deux faits majeurs. Dans le domaine de la philosophie politique, la chute du mur plus que signifier la fin d’une alternative politique au capitalisme a supposé l’échec de tout essai de planification rationnelle du système social et politique. Le retour en force du libéralisme après 1989, dans ce sens, va au-delà d’une idéologie politique. Inspiré du mythe de la « main invisible », l’épistèmê libérale actuelle prend acte de l’impossibilité de comprendre et organiser le système social. Faute de modèle parfait, mieux vaut trouver l’adhésion du plus grand nombre. Faute de solutions techniquement parfaites contentons-nous de la participation de tous à un projet commun. C’est loin d’être chose facile.

09:22 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (0)

06/07/2007

Liberté d'expression et respect des religions


Gerald Herrmann, dessinateur de presse, Tribune de Genève

Mix & Remix, dessinateur de presse à l'Hebdo

Jean François Mabut, journaliste, responsable des blogs à la Tribune de Genève

Rencontre animée par Georges Pop, journaliste à la Radion Suisse Romande


Entrée libre

Uni Dufour – Auditoire Rouiller U300

24 rue du Général Dufour – 1204 Genève

Tram 12 ou 17 (arrêt Place Neuve) ou parking sur place

6 juillet 2007
18h30 à 20h00

Uni Dufour

Organisé par

en collaboration avec le Service formation continue de l’Université de Genève


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05/07/2007

Conseil Scientifique

J. Alvarez Vita, Ambassadeur, ancien Vice président du Comité des droits économiques, sociaux et culturels (CDESC), Pérou.

J. Barnes, Professeur, London School of Economics, Royaume Uni.

B. Bürgenmeier, Ancien Doyen, Faculté des SES, Université de Genève, Suisse.

F. Delperée, Ancien Doyen, Faculté de Droit, Université de Louvain, Belgique.

M. J. Falcón, Directrice de l’Institut de Droits Humains, Université Complutense, Madrid.

F. Ferrer, Professeur, Faculté d'Education, Université A. de Barcelone, Espagne.

G. Malinverni, Professeur, Université de Genève, membre du CDESC,  juge à la Cour Européenne des droits de l’homme, Suisse.

J.L. Martínez Lopez-Muñiz, Professeur, Faculté de Droit, Université de Valladolid, Espagne.

C. Medina, Professeur, Juge à la Cour Interaméricaine des droits de l’homme, Chili.

P. Meyer-Bisch, Coordonateur, Institut interdisciplinaire d’éthique et des droits humains, Université de Fribourg.

Ph. Némo, Professeur, Ecole Supérieure de Commerce, Paris, France.

J. Symonides, Professeur, Ancien Directeur, Division des droits de l'homme, UNESCO.

J. C. Tedesco, Vice-Ministre de l’Education, Argentine.

Z. Zachariev, Ancien Directeur à l'UNESCO, Bulgarie.

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04/07/2007

Pluralisme culturel et droits de l'homme

Le pluralisme culturel doit être donc considéré comme une richesse et non un obstacle pour l'affirmation de l'universalité des valeurs de la Déclaration universelle. L'ethos des "droits humains" est compatible avec toutes les cultures: davantage encore, il existe dans toutes les cultures puisqu’il dérive de la condition / nature humaine. Le pluralisme des cultures enrichit les droits de l'homme dans le sens qu’elle permet de mieux percevoir la complexité de l'humain.

Le rapport de la Commission mondiale sur la culture et le développement Notre diversité créatrice, affirme ainsi: "Il en va de la diversité et de la pluralité des cultures comme de la biodiversité. Le pluralisme est bénéfique parce qu'il prend en compte l'ensemble des richesses accumulées par l'humanité, en termes d'expériences, de sagesse et d'art de vivre. Toute culture s'enrichit de la confrontation avec d'autres cultures, qui lui fait découvrir ses propres particularités. Qu'on ne voie là aucun relativisme culturel, aucune contradiction avec l'affirmation de la validité de normes absolues.". (1996, p. 58-59).

Et la Commission de poursuivre: "Il est clair que, dans un monde où le relativisme est vrai, il n'y a pas de place pour son affirmation, car si le relativisme cognitif est un non-sens, le relativisme moral, lui, est tragique. Sans l'affirmation de principes absolus, la Commission serait dans l'impossibilité de formuler la moindre recommandation, et aucun discours rationnel ne pourrait être tenu". (1996, p. 59).

Voici donc dans quels termes se pose la question:

· d'une part, nous devons respecter les différentes cultures – il s’agit du respect de notre patrimoine et de notre identité, respect et promotion du patrimoine qui peut être envisagée aussi d'une façon dynamique – parce que les cultures signifient en définitive pensées, capacité d'apporter des solutions aux nouveaux problèmes qui se présentent,

· d’autre part, nous sentons la nécessité des normes éthiques communes qui tirent leur origine d'un besoin social au niveau du langage et de la pensée sinon d’une exigence métaphysique. Des normes absolues auxquelles aucun pouvoir politique peut déroger comme l’Antigone de Sophocle l’avait proclamé devant Créon.

Nous nous trouvons face à deux exigences irréductibles: on ne peut ni éliminer le pluralisme, ni ignorer l'absolu moral si on veut rendre justice à l’humain. Le travail du penseur – et du politique – consiste à concilier cette double exigence de la condition humaine.

Pour faire justice à cette double exigence un travail de déconstruction préalable est nécessaire. Il convient de démasquer quelques préjugés qui représentent des obstacles sérieux à une réflexion cohérente sur le thème qui nous occupe.

Le premier préjugé est de penser que nous sommes les premiers dans l'histoire de l’humanité à nous être posés cette question. En réalité il faut dire que jamais le pluralisme a été conçu comme un obstacle à l'absolu moral. Bien au contraire, déjà la philosophie grecque, comme le souligne de manière perspicace R. Spaemann, se pose la question de savoir quelle est la règle ou la coutume qui soit la meilleure, c'est-à-dire qui soit vraiment en accord avec la physis, la nature, l’être de l’homme. Le pluralisme culturel ou la conscience du pluralisme culturel n'est donc pas une originalité ni une découverte du monde moderne, elle existe bel et bien depuis toujours. Nous sommes en face d’une réalité qui a été l'objet de réflexion dans toutes les cultures et qui n'a jamais signifié un obstacle à l’absolu moral.

Le deuxième préjugé consiste à penser de manière inadéquate le pluralisme culturel. Lorsqu'on parle de pluralisme culturel et donc de pluralisme de valeurs morales, on imagine une multiplicité irréductible de valeurs morales. En réalité, les valeurs sont bipolaires comme l’a souligné J. Ortega y Gasset: positives ou négatives. Juste et injuste, par exemple, ou encore, bon / mauvais. Ce que l’on appelle pluralisme, c’est l’ordre des valeurs, c'est là seulement qu'il existe des variations : valeurs morales, esthétiques, économiques, religieuses. Quelles sont celles que nous jugeons les plus importantes? Qu'est-ce qu'on considère essentiel? L’utile, l’agréable ou peut-être le juste?.

Observons maintenant si le pluralisme culturel s’oppose à l’existence de certaines valeurs universellement valides. C’est un lieu commun qui ne résiste pas à l’analyse. J. Hersch, coordinatrice du livre Le droit d’être un homme, recueil de textes sur les droits de l’homme sélectionnés dans toutes les cultures souligne avec pertinence que: “même s’il n’existait pas de concept universel des droits de l’homme, tous les hommes de toutes les cultures ont besoin, espèrent et sont conscients de ces droits” (1985, p. 148)

09:09 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (0)