19/07/2007

Non à une conception "animale" des droits de la personne humaine

Participants session francophone 2007

Le respect des droits de l’homme est une exigence de la dignité humaine. Une dignité qui vient de la condition/nature humaine selon la Déclaration universelle. Selon la Déclaration, l’homme est doué de conscience et de raison. Voilà ce qui est spécifiquement humain. Lorsqu’on parle de la pauvreté on pense aux conditions matérielles de survie. C’est vrai que la pauvreté suppose souvent le manque de nourriture, d’hygiène, de logement, mais réduire l’être en situation de misère à la satisfaction de ces besoins élémentaires revient à nier en lui l’humain.

C’est ainsi que nous arrivons à une sorte de conception « animale » des droits de la personne. On imagine qu’il faut aller par paliers et, qu’en absence de moyens économiques, il faut parer au plus pressé. Ceci implique donc un minimum vital: nourriture, soins de santé, logement.

Le raisonnement semble se tenir parce qu’il est difficile de subvenir à tous les besoins en même temps. Il est difficile de passer d’une situation de détresse, d’urgence humanitaire, par exemple, à une situation de plein accomplissement du droit pour utiliser la terminologie du Comité des droits économiques sociaux et culturels. Par ailleurs le Pacte des droits économiques sociaux et culturels prévoit une progressivité dans l’accomplissement du droit.

Mais le raisonnement est faux lorsqu’il fait passer les exigences de la dignité humaine derrière les impératifs économiques. Le raisonnement est d’autant plus pervers qu’il peut servir d’alibi, et il le fait en réalité, pour un non accomplissement des droits économiques, sociaux et culturels. En effet toujours, et je dis bien toujours, l’Etat manquera de ressources pour le plein accomplissements de ces droits. C’est un principe même de l’économie: la rareté des ressources. Ce raisonnement débouche donc sur une impasse.

Il faut prendre les exigences humaines et non l’économie comme point de départ, car si l’on part de l’économie on est amené à ne pas respecter non plus les droits civils et politiques. La démocratie, l’Etat de droit, l’administration de la justice, les prisons : tout cela coûte cher, très cher. Et, en pure logique économique, il serait plus rentable de supprimer les Parlements, les tribunaux, les élections. Il suffirait d’un « bon » dictateur et d’une police à son service. Remarquez que ce raisonnement a été fait en Europe souvent. Les exemples les plus proches ont été les expériences fascistes ou nazies.

Au fond nous voyons ici le manque de pertinence qu’il y a à faire la distinction entre droits civils, droits politiques et droits économiques et sociaux. Je laisse volontiers en dehors les droits culturels, parce que cette catégorie de droits est différente et, les mettre dans ce groupe, n’est en réalité qu’un reliquat de la guerre froide et de la vision marxiste de la société.

Si nous partons des droits et des droits culturels en particulier, c’est-à-dire des droits à l’identité, la perspective est différente. L’homme est un être de culture, dans ce sens il a deux exigences fondamentales en lien avec l’article 1 de la Déclaration. Doué de raison et de conscience l’homme a besoin de « sens » et de « solidarité » comme l’a affirmé Viveret. Ayant connu enfant des situations de misère en Europe je me suis aperçu que tout être humain met les besoins culturels sur le lmême plan que les besoins biologiques. Vous êtes-vous demandé pourquoi dans les favelas de Rio il y a la télévision alors que les habitants manquent de services de base ?


Sortir d’une vision économiciste de l’homme est nécessaire pour parler droits de l’homme. C’est pourquoi, la communauté internationale a développé la notion de développement humain : « création d’un environnement qui permette à tous de mener une vie longue saine et créative ». Cette notion développée par la PNUD est encore insatisfaisante à plusieurs points de vue, mais elle permet de faire le point entre une conception purement « animale » du développement compris comme satisfaction des besoins essentiels à une vision humaniste.

Car, aussi important que le logement et la nourriture sont la liberté et l’éducation. C’est pourquoi il importe de changer d’optique et de prendre au sérieux l’indivisibilité des droits. « Tous les droits pour tous » était le slogan du 50ème anniversaire de la Déclaration universelle. Voilà l’optique juste.

L'ancienne Rapporteuse sur le droit à l’éducation a développé une conception culturelle, pourrait-on dire, des droits sociaux en parlant d’acceptabilité et d’adaptabilité du droit. Les prestations publiques doivent, en effet, être centrées sur les besoins de l’être humain et non sur le budget des Etats. Elles doivent être acceptables pour tous, préserver la dignité de tous.

10:11 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (0)

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