17/07/2007

Les « dialogue politiques » : le bricolage élevé au rang de norme ?


La session hispanophone de la treizième Université d’été des droits de l’homme de Genève qui débute lundi prochain consacrera une bonne partie de son temps à former au « dialogue politique » . Notion relativement nouvelle, le «dialogue politique» s’insère dans un domaine où la priorité était donnée à l’expertise technique. L’éducation , la santé, ou la sécurité sociale étaient - sont encore - une affaire de spécialistes ou de Comités d’experts. Mais la 46ème Conférence internationale d’éducation (2001) a amorcé le changement de cap et a donné une pleine légitimité à la notion.

La mise en place des « dialogues politiques » signale donc la fin d’une manière de concevoir les politiques publiques qui faisait l’objet d’un consensus tacite: celle fondée sur la compétence des experts. Désormais, il semble acquis que la participation des parties prenantes et le consensus des différents acteurs est plus important que les solutions techniquement parfaites. Ce changement est plus important qu’il ne paraît.

A première vue l’idée d’instaurer des dialogues politiques pour la mise en place de politiques pourrait sonner le glas de la rationalité et de la science pour entrer dans une dynamique du « bricolage ». En effet, dire que le meilleur n’est pas la rationalité mais la participation peut sembler hautement suspect.

Mais on peut faire une lecture complètement différente de ce fait. Les dialogues politiques nous mettent en présence de l’épuisement de la conception moderne du monde. L’épistémologie de la modernité dont la finalité était de se rendre « maître et possesseurs de la nature » (Descartes) se fondait sur l’idée que le progrès des connaissances permettrait une gestion du monde et de la société strictement rationnelle et planifiée. Cette application de la rationalité à la réalité sociale permettrait à terme un monde « parfait ». Le rêve moderne était d’autant plus solide qu’il semblait s’identifier à la rationalité même et les progrès rapides de la science expérimentale sont venus conforter une conception du monde qui semblait s’imposer de soi.

Or la situation aujourd’hui a bien changé et le rêve de la perfection s’est brisé sur le cauchemar des totalitarismes et le spectre du nucléaire pour ne citer que deux faits majeurs. Dans le domaine de la philosophie politique, la chute du mur plus que signifier la fin d’une alternative politique au capitalisme a supposé l’échec de tout essai de planification rationnelle du système social et politique. Le retour en force du libéralisme après 1989, dans ce sens, va au-delà d’une idéologie politique. Inspiré du mythe de la « main invisible », l’épistèmê libérale actuelle prend acte de l’impossibilité de comprendre et organiser le système social. Faute de modèle parfait, mieux vaut trouver l’adhésion du plus grand nombre. Faute de solutions techniquement parfaites contentons-nous de la participation de tous à un projet commun. C’est loin d’être chose facile.

09:22 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (0)

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